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PREFACE DE L\ DEUXIEME EDITION V

qualité du sensitif; mais il faut tenir compte oussi de ce qu'ils ont de difîérenl et c'est ce que nous ferons, par la classification analytique, en indiquant chez tous les individus, àcôtédes qualités qui les rapprochent de certains autres, celles qui les en dislinguent et les unissent, d'autre part, à de nouveaux groupes bien distincts. Nous ne préciserons pas la nature d'un individu en le rapportant à un seul type, mais en le rangeant dans un certain nombre de groupes, plus ou moins considérable, toujours assez élevé. Ou bien, ce qui revient au même, au lieu de former des groupes de types, nous considérerons plutôt lescaractères abstraits qui serviraient à ces groupes de base et de principe de différenciation, et ces caractères abstraits étant systématiquement ordonnes en série, nous déterminerons la nature d'un individu en retrouvant chez lui un certain nombre de ces caractères et en examinant quels sont les rapports qui les unissent en lui pour former sa personnalité, quel est leur état d'évolution ou de fixation, etc. C'est la méthode analytique de classification des caractères que j'oppose à la classification par ensembles concrets, le défaut de formes régulières de corrélation des qualités me semblant rendre celle-ci impraticable et illusoire. Je reviendrai tout à l'heure sur ce point et tâcherai d'éclaircir ce qui peut y rester d'obscur

Musset, par exemple, est un sensitif. Mais si nous nous bornons à le considérer et à le classer comme tel nous ne le connaissons pas assez. Nous pourrions aussi bien dire qu'il est un type de contraste ou qu'il est un amoureux, ou encore qu'il est un poète, et nous l'aurions chaque fois caractérisé aussi bien ou presque aussi bien. Ce sont là, en effet, pour ne pas aller plus loin, des traits essentiels de la personnalité de Musset. Nous ne pouvons ni les négliger sans être forcément trop incomplet, ni les indiquer d'un seul mot en classant Musset dans les sensitifs, parce que la sensibilité n'implique pas forcément la tendance au contraste, la passion amoureuse, et l'amour de la poésie. Réciproquement il est des amoureux qui ne sont pas poètes, on trouve des types de contraste qui ne sont pas des amoureux. Nous n'aurons réellement la caractéristique de Musset qu'en retenant et en subordonnant de notre mieux les divers

traits de caractère qui existent en lui etdontil est l'arrangement. Et c'est ainsi que nous aurons chance d'atteindre, à mon avis, « le fond même de la vie intérieure ». Je crains que ce ne soit rester trop près de la surface que de classer simplement quelqu'un comme sensitif.

Avec la méthode analytique, non seulement nous pourrons classer un individu comme sensitif, non seulement nous devrons reconnaître les autres traits qui peuvent le différencier et le faire classer dans d'autres groupes, mais nous déterminerons avec précision la nature de cette sensitivité. Nous voyons, par exemple, que, chez Musset, elle s'accompagne d'une disposition très marquée à l'association par contraste qui se traduit par des sautes brusques de sentiment, par des inversions soudaines dans l'allure de l'esprit, nous voyons aussi qu'elle s'applique en particulier à certains objets, qu'elle prend des formes spéciales, la forme amoureuse par exemple, avec une fréquence notable et une vivacité significative. '

En conséquence je ne vois pas pourquoi les principes que j'ai établis ne permettraient pas d'aller au fond de la vie intérieure, il me semble même que la méthode analytique nous permet de l'atteindre et de l'explorer plus aisément. Je pourrais faire sur tous les types proposés par divers auteurs l'opération que je viens de tenter brièvement sur les sensitifs, montrer que tous ces types rentrent dans le système de cadre que j'ai adopté. Les intellectuels et les volontaires de M. Fouillée, les vifs, les lents, les ardents, les vifs-ardents, de M. Bernard Pérez, les sensitifs et les actifs de M. Ribot s'y retrouveraient également. Je n'insiste pas, car cela ne me paraît offrir aucune difficulté. Et la méthode analytique nous permet de mettre mieux en évidence la complexité de la personnalité et du caractère, comme aussi de préciser davantage la nature spéciale des qualités dominantes de chaque individu. Nous ne dirons pas seulement qu'un individu est un « vif » ou bien un (c volontaire », mais nous tâcherons de voir de quelle manière il l'est, à quoi s'applique surtout sa vivacité ou sa volonté, et aussi ce qu'il est encore, ces qualités mises à part. Et souvent ce qu'il peut être de plus que « lent » ou « volontaire » : c'est

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