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LES IMPULSIFS

autant que pour le moi ; les éléments de la personnalité sont très forts parfois, mais ils ne s'unissent qu'insuffisamment et le moi ne se constitue pas tout à fait. Nous avons déjà une certaine indépendance des systèmes psychiques secondaires, mais chez les représentants supérieurs du type, cette indépendance est encore restreinte, et le moi ou du moins certains systèmes importants, croyances ou passions, gardent encore assez de puissance pour diriger, dans bien des cas, la conduite de Tiiidividu et lui conserver quelque unité.

Il faut bien s'attendre à ce que toutes les circonstances qui tendront à détruire ou du moins à affaiblir l'unité du moi feront apparaître le type impulsif, quelquefois jusqu'à inspirer une sorte de folie ou une folie véritable. Ces circonstances peuvent être sociales, elles peuvent être psychologiques ou physiologiques. Ce n'est pas seulement une force interne qui maintient et harmonise en nous les désirs, c'est aussi une contrainte extérieure, ou plutôt, comme cette contrainte ne peut être efficace qu'en devenant intérieure, nous dirons que la force interne est, jusqu'à un certain point, sous la dépendance des conditions extérieures. L'influence morale des supérieurs, la régularité, la routine même de la vie habituelle, les croyances et les pratiques religieuses, la peur du gendarme, le souci de l'avenir, sauvegardent l'unité morale de pas* mal de gens. Aussi, même lorsque ces freins commencent à être usés, est-il dangereux de les ôter trop vite, si l'on ne peut les remplacer. Quand ils se rompent, les passions se débrident, et le moi risque de se dissoudre. Pendant les temps de révolution des actes absurdes et atroces sont commis par des gens qui seraient restés inofîensifs sans grande peine en temps ordinaire. De même le pouvoir absolu, qui supprime pour un individu une grande partie du contrôle extérieur, risque fort d'afl'aiblir également le contrôle intérieur et de déchaîner des désirs que rien ne retiendra plus. Les folies, les débauches singulières, les crimes des Césars romains, peuvent, semble-t-il, s'expliquer ainsi, pour une part du moins, et peutêtre (bien qu'il puisse y avoir d'autres causes, et aussi des illusions à supposer) le changement de caractère de quelques-uns d'entre eux après qu'ils eurent pris le pouvoir.

b4 TYPES PROVENANT DES FORMES d'aSSOCIATION

Il semble que l'hérédité, pouvoir moitié social, moitié physiologique, puisse avoir une influence dissolvante, en ce sens que les caractères transmis par les parents ne garderont pas toujours leur cohésion, et que la coordination supérieure sera afi'aiblie, soit par l'usure chez les parents des tendances dominatrices qui ne seront pas transmises, soit pour toute autre raison ; mais l'hérédité est mal connue et ceci reste assez hypothétique^

En revanche l'action des troubles nerveux, passagers ou durables, n'est malheureusement que trop évidente. On sait assez l'efl'etdu vin, celui du café est remarquable aussi chez certaines personnes qu'il rapproche du type impulsif. M. Saint-Saëns s'aperçut qu'une tasse de thé qu'il prenait pour faciliter sa digestion lui donnait, à l'issue de son déjeuner, un accès d'humeur querelleuse. « Chaque jour, dit-il, je me mettais à table, bien résolu à ne m'irriter de rien ; mais j'avais beau faire, au dessert l'accès me venait fatalement, bien qu'on ne fit rien pour le provoquer^. » Quand la cause est plus sérieuse, le trouble est plus durable. Un enfant, par exemple, atteint d'un érysipèle de la face et du cuir chevelu, est affecté de crises nerveuses d'une violence extrême avec perte de connaissance. Après son rétablissement, le caractère de l'enfant resta quelque temps modifié. « G... était devenu méchant, hargneux, insupportable; il ne voulait plus rien faire, il ne voulait que jouer et encore à sa guise, c'est-à-dire en cherchant à détruire ses jouets. La moindre observation le mettait en fureur^. » L'irritabilité des gens nerveux, le caractère impulsif de quelques épileptiques, l'affaiblissement de la coordination du moi chez les malades atteints de paralysie générale, même avant que la maladie se soit déclarée, les changements de caractère qui annoncent l'invasion de la folie sont des faits de même signification.

Des conditions psychologiques qu'il est, du reste, difficile de séparer nettement des conditions sociales et des conditions

(1) Consulter l'intéressant ouvrage de Jacobi : Éludes sur la séleclion et l'hérédité chez l'homme. On sait que tout réceaiment on est venu à la négation de Ihérédité des caractères acquis. Voir à ce sujet les travaux de Weissmann.

(2) C.Saint-Saens,/.eiJ/e7;'onomee^Z'e5/)acece7e5^e.Revuebleue, 9août 1890.

(3) P. Moreau de Tours, La Folie chez les enfants.

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