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LES COMPOSÉS

physiologiques, et qui; à un certain point de vue, englobent toutes les autres, peuvent agir de même. Tout fait psychique qui tend à affaiblir le moi et son pouvoir de contrôle risque de faire apparaître le caractère impulsif. Une violente passion, une préoccupation trop forte, le développement exagéré d'un sentiment, en rompant l'équilibre du moi sans le refaire immédiatement, peuvent rendre à eux-mêmes les éléments psychiques. Le sujet devient alors d'humeur inégale, irritable, et ce sont là des manifestations de l'affaiblissement du moi et de la tendance impulsive. Inversement la diminution d'une affection très forte ou d'une croyance importante qui assurait l'équilibre mental peut conduire au désordre, à l'incohérence relative.

§ 2. — Les composés

Les changements d'orientation de l'esprit ne présentent pas toujours cette vivacité, cette brusquerie que l'on remarque dans le type impulsif. Nous pouvons voir chez bien des gens la prédominance successive de plusieurs sous-personnalilés, de plusieurs groupes différents de tendances qui ne se ressemblent pas et qui sont assez diversement orientés. Ces personnes diffèrent des équilibrés en ce qu'il n'y a pas harmonie chez elles entre les différents groupes de tendance ; elles diffèrent des types de contraste en ce qu'il n'y a pas non plus opposition directe, les groupes divers étant plutôt juxtaposés ; elles diffèrent aussi des impulsifs en ce que chaque groupe peut être assez bien coordonné en lui-même et fonctionner sans trop de heurts. Au reste, le type composé est un type assez normal puisque l'équilibre complet n'existe pas, et ses formes les plus nautes surtout peuvent se rencontrer chez des personnalités éminentes, en qui l'on voit alterner la domination de plusieurs tendances différentes, sans harmonie. Dans les cas les plus marqués nous aurions le dédoublement de la personnalité, et l'hisloire de Félida X... ou de Louis V... peut nous donner une idée du type composé. On sait que dans ces cas, outre que les tendances concrètes et les goûts peuvent varier d'une personnalité àl'autre, l'allure de l'esprit change aussi. Félida, par exemple, est à l'état

56 TYPES PROVENANT DES FORMES d'ASSOCIATION

normal triste, morose, sérieuse, de volonté ferme, avec beaucoup d'ardeur au travail et des sentiments affectifs peu développés. Dans son état de condition seconde, au contraire, elle sourit, devient gaie et vive, son imagination s'exalte, elle devient sensible à l'excès : pour le moindre motif elle éprouve des émotions de tristesse et de joie^ Les six états de la personnalité de Louis V... nous lemontrent tantôt doux, tantôt violent, tantôt convenable, tantôt obéissant, soumis ou timide^. Ces différentes synthèses psychiques se retrouvent à l'état normal sous des formes affaiblies, et avec des causes sans doute assez différentes. J'ai développé ailleurs ce point et je n'insisterai pas ici davantage. Retenons seulement que ce dédoublement, ce contraste entre les diverses personnalités que tant de gens portent en eux-mêmes, est beaucoup plus marqué chez les uns que chez les autres et peut servir de caractéristique. Il n'est pas très rare qu'un débauché se cache dans un homme d'apparence austère, et même réellement vertueux à de certains moments et par une autre de ses personnalités, un chasseur ardent et sans pitié, un amateur de courses de taureaux dans un homme paisible et doux. Cela suffit parfois pour diviser une personnalité en deux portions qui vivent côte à côte, sans se confondre, sans s'unir, sans s'imiter et sans se combattre. Chacune d'elles, tour à tour et selon les circonstances, a sa part dans la vie et devient, pour ainsi dire, un moi transitoire; plus exactement elle détermine d'une manière passagère l'orientation du moi qui conserve évidemment beaucoup de ses anciens éléments. Les passions qui composent ces sous-personnalités, tout en étant assez vivaces, peuvent différer beaucoup par l'apparence des éclats de Cellini comme des apaisements complets et des fureurs soudaines de Chramnisinde. Mais il y a entre ces types différents une ressemblance qui permet de les ranger dans la même catégorie générale, ils supposent égalementl'existence simultanée, latente ou visible, et la prédominance successive de groupes de tendances opposées ou différentes et Fans rela-

(1) D"" Azam, Hypnotisme, double conscience et altérations de la personnalité, p. Go et 68. Paris, F. AlcaQ.

{2} n. Bourru et P. Burot, Variations de la personnalité, p. 80,

LES INCOHKRENTS, LES ÉMIETTES 137

lions d'harmonie OU de combat. Quelquefois un prodiiïue et un avare sontgreirés sur le même tronc organique. Les biographesde Rubens ont remarqué une opposition très nelle entre ses goûts et quelques-unes de ses habitudes. « Tout était réglé dans sa maison comme dans un cloître, nous dit l'un d'entre eux. Quoique sa demeure parût un lieu de plaisir et de dépense, il y régnait un ordre inflexible. Son caractère et son talent formèrent donc toujours un parfait contraste. Dans la vie réelle, i\ était tranquille, adroit, positif et rangé ; nulle véhémence, nulle impatience. Son imagination semblait endormie, ou plutôt semblait morte; il avait le regard limpide et sûr d'un homme d'affaires. Prenait-il le pinceau, tout changeait. Une fermentation tragique embrasait son esprit : les lignes, les couleurs^ les types, les expressions, les mouvements formaient dans son cerveau une mêlée ardente. L'inspiration débordait comme une lave du fond de sa pensée*. » Au reste, je ne donne pas Rubens comme présentant le type joi^r des composés. On pourrait le ranger peut-être aussi bien dans les équilibrés, mais il est, à certains égards, un composé, et les types purs sont trop rares pour qu'on s'y tienne.

I 3. Les incohérents. — Les émiettés

Ces caractères peuvent encore conserver quelque unité. Si la décoordination est poussée plus loin, si la personnalité se dissout un peu plus, si l'indépendance des éléments psychiques augmente, nous avons un dernier type d'association générale,, et, ici, dissociation serait plus exact. C'est le type hystérique. Il peut s'accompagner ou non de troubles sensoriels ou moteurs, c'est-à-dire que la division des systèmes psychiques peut ou non s'étendre aux groupes de perception qui constituent les données de nos sens (:2). Dans le premier cas le type est tenu pour morbide, dans le second pour normal, mais ceci ne nous

(1) A. Michel, Rubens et l'Ecole d^ Anvers, 4« édition, p, 255.

<2) Voir à ce sujet les intéressantes conférences de M. Pierre Janet sur l'anestliésie hystérique et l'amnésie hystérique, ainsi que son volume : V Automatisme psycholofjique. Paris, F. Alcan.

intéresse pas pour le moment ; au point de vue de la psychologie la dirférence n'est pas essentielle.

Le système psychique est alors très faible, très instable, les éléments de l'esprit sont mal organisés eux-mêmes, ils naissent et se dissolvent promptement. Il en résulte, chez toute une classe des personnes du type incohérent, une singulière dilTérence entre l'apparence superficielle et la réalité du caractère qui peut faire illusion assez souvent aux observateurs non prévenus et trop crédules. Des individus sans nulle consistance morale expriment de beaux sentiments, parlent constamment de loyauté, de désintéressement, de devoir, non pas dans le but arrêté de tromper celui qui les écoute, mais naturellement, sous l'intluence d'un sentiment passager qui ne les empêchera nullement de commettre, à d'autres moments, les pires indélicatesses. On les voit s'indigner naïvement contre les auteurs d'actes bien moins blâmables que ceux qu'ils ont commis ou qu'ils sont prêts à commettre. Ils ont cette particularité d'être très menteurs avec de belles apparences de franchise, racontant sans la moindre hésitation des faits absolument faux, selon l'idée qui les anime ou le sentiment qui les pousse, mais sans calcul profond, pour le plaisir, par une vanité sans portée, assez ennuyés, — pas pour longtemps, — si quelqu'un les prend trop au sérieux. Les demi-résolutions généreuses ne leur manquent pas, ni des fragments de bons sentiments, de vagues éclairs d'intelligence, des intuitions avortées, des élans aussitôt arrêtés. Si quelques conditions du talent se joignent à cela, on a le type du bohème, quelquefois le génie vient fleurir sur ce sol mouvant et produit une des formes les plus élevées du type. Tel homme aux sentiments multiples et divers passe, dit-on, de l'amour conjugal à des passions que nos habitudes morales jugent sévèrement. Coupable et puni, il se repent, il est transformé en apparence par une conversion complète, mais ne cesse de chanter Dieu et la Vierge que pour célébrer des plaisirs morbides ou pervers. Il vit au jour le jour, et, conservant dans son existence agitée un fond de simplicité et de candeur, il se sauve de l'odieux par l'inconsistance et du ridicule par le génie. Dans les siècles passés Villon eut, lui aussi, une existence troublée

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