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LES INCOHÉRENTS, LE? ÉMIETTÉS

et paraît avoir montré un singulier mélange de sentiments vulgaires ou pervers et de confuses aspirations. Mais le talent est rare, et ce qui se montre fréquemment c'est la persistance de quelque instinct inférieur, vanité^ sensualité, désir de paraître, qui, sans parvenir à unifier le caractère, donne assez souvent une mauvaise direction aux nombreux sentiments variés ou contradictoires qui se succèdent rapidement.

Les hystériques présentent à un très haut degré le type de l'émiettement mental, et les descriptions qu'on a données de leur caractère peuvent nous aider puissamment à nous représenter ce type. Simulation, mensonges sans raison, variations excessives des sentiments, fausses apparences, incohérence des actes, changement complet et fréquent de l'orientation de l'esprit, guidé tantôt parles motifs les plus élevés et souvent parles pires tendances ; on retrouve chez certaines d'entre elles tous les traits du type et ils y sont très développés. Tous les auteurs qui se sont occupés dans ces dernières années de l'hystérie paraissent bi'en d'accord sur les faits, sinon toujours sur leur interprétation. Voici uu cas assez caractéristique et que j'emprunte à M. Legrand du Saulle : «Une jeune fille, déjà compromise par des aventures qui avaient causé autant de surprise que <le scandale, se sauve, erre sur les bords de la Seine, rencontre un militaire, lui raconte une histoire touchante, se fait remettre vingt francs, part pour Rouen, s'arrête à Mantes, revient sur Paris, est prise d'attaques graves d'hystérie à la gare Saint- Lazare et est dirigée sur un hôpital. Là, elle annonce qu'elle a été violée dans un wagon, qu'on lui a fait boire un « baume enivrant » et qu'elle veut se faire religieuse. Conduite à l'infirmerie spéciale, près le Dépôt de la Préfecture de police, elle s'accuse de mensonges, d'escroqueries et de fausses dénonciations. Elle était affectée d'hémi-anesthésie droite ^ »

Les hystériques peuvent présenter les apparences de la vertu comme les apparences du vice, et dans un cas comme dans l'autre on retrouve toujours le même manque de sérieux. Je ne puis mieux faire que de laisser encore la parole à M. Legrand

{Ij Legrand du Saulle, Les Ilysléiiques, état physique et mental, p. 380-381.

du Saulle. Voici le portrait de l'hystérique charitable: « Qu'une famille soit frappée dans son honneur, dans ses espérances les mieux fondées, dans sa fortune, dans son repos et dans son bonheur, et l'hystérique charitable, en pénétrant dans le milieu désolé, aura des élans surprenants et des spontanéités émouvantes. Elle pleurera avec celui-ci, séchera les larmes de celuilà, réconfortera les plus accablés, ouvrira des horizons inattendus à tout le monde. A la façon d'un apôtre, elle pare d'autant mieux aux douleurs d'autrui que celles-là sont plus poignantes. Vienne le calme et elle s'éteindra presque aussitôt. Essentiellement mobile et paroxystique, elle n'est point bienfaisante à froid. La vertu véritable se reconnaît, au contraire^ à des signes absolument opposés à ceux qui viennent d'être décrits. Le diagnostic différentiel est facile à établir.

« L'hystérique charitable est susceptible d'accomplir des^ traits de courage qui sont cités et répétés et qui deviennent même légendaires. Qu'un incendie éclate, et elle pourra faire preuve d'une présence d'esprit tout à fait supérieure, donnera des conseils excellents, fera mettre à l'abri les objets mobiliers et les bestiaux, ou se précipitera au milieu des flammes pour sauver un infirme, un vieillard ou un enfant. Qu'une insurrection se lève et attaque un édifice communal ou une caisse publique, et une névropathe, dans un élan tout pathologique, en imposera, les armes à la main, à une troupe de révoltés. Cela s'est vu. Que des inondations surprennent tout à coup une localité, et une femme pourra déployer la bravoure la plus secourable.

« Au lendemain de l'incendie, de l'insurrection ou de l'inondation, si l'on examine et si l'on interroge ces héroïnes, on les trouve complètement accablées et quelques-unes disent ave(r candeur : « Je ne sais pas ce que j'ai fait, je n'ai pas eu conscience du danger*. »

La voici maintenant singeant le vice. « Sera-t-il nécessaire.

(1) Même ouvrage, p. 384-38o. Voir aussi les conférences de M. Pierre Janetet son livre : Etat mental des hystériques. L'interprétation de M. Jaaet diffère sur plusieurs points de celle des auteurs qui l'ont précédé, mais^ pour ce qui nous intéresse ici, les conclusions restent les mêmes.

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