LES INCOHÉRENTS, LES ÉMIETTÉS
<lit M. Legrand du Saulle, après avoir parlé des nymphomanes, sera-t-il nécessaire, après les développements dans lesquels nous venons d'entrer, d'insister longuement pour dissiper la «i-egretlable confusion qu'ont faite malencontreusement quelques médecins entre la nymphomanie et Thystérie? Dans quelques •cas les deux névroses s'associent, nous l'avons dit, ou du moins l'hystérique peut spontanément présenter une surexcitation des -organes génitaux qui la pousse à rechercher les rapports sexuels. Mais le fait est beaucoup moins fréquent qu'on ne l'a cru, il ne faut pas l'oublier. D'ailleurs, dans ce cas, les appétits sensuels ne sont jamais aussi impérieux que dans la nymphomanie vraie. Nous dirons volontiers qu'il s'agit là d'une pseudo-nymphomanie, mobile dans ses désirs et ses penchants comme elle l'est dans ses goûts, ses affections et son humeur. L'hystérique sa jettera aujourd'hui dans les bras d'un amant, avec la même -ardeur, souvent plus apparente que réelle, qu'elle mettra demain à s'abîmer dans la contemplation, la mélancolie ou la prière ; mais comme tout est différent ici de cette fixité d'idées, <le cette continuelle obsession des mêmes désirs impérieux et ardents qui caractérisent le délire systématisé de la nymphomanie ^ »
On a dit que le caractère hystérique est une exagération du caractère féminin. Il est en réalité l'exagération d'une manière d'être, un peu plus fréquente probablement chez la femme, mais qui n'est pas rare chez l'homme : l'instabilité, l'inconstance, l'incohérence se remarquent assez souvent.
L'émiettementde lapersonnalité, l'éparpillementde la volonté peuvent aller très loin. A l'un des bouts de la série on voit le bohème encore brillant parfois ou l'hystérique plus ou moins passionnée ; à l'autre bout, l'imbécillité avec ses différents degrés, la démence et la mort. Et la mort peut être amenée Indirectement assez vite par l'imprévoyance et le manque de précaution qui proviennent de l'incohérence générale, si la société n'intervient pas pour subvenir tant bien que mal à l'incohérence du moi.
r'i Id., p. 612. Voir aussi Ribot, Les Maladies de la volonté. Paris, F. -Aie an.
I 4. — Les suggestibles. — Les faibles. — Les DISTRAITS. — Les étourdis. — Les légers, etc.
L'incohérence de la personnalité se manifeste, selon les individus, par des manières d'être assez variées dont le principe est toujours le même : le manque de systématisation générale des éléments psychiques et leur indépendance excessive.
Une des conséquences fréquentes de cette disposition c'est la suggestibilité, la facilité à subir, dans la vie normale, et à suivre les impulsions communiquées par le milieu. La tendance à l'imitation est parliculièrement forte chez certains individus sans personnalité bien caractérisée qui veulent « faire comme tout le monde » ou se laissent particulièrement influencer par quelques personnes de leur entourage. Toutefois la réciproque est moins exacte et cette tendance peut se rencontrer chez des équilibrés, beaucoup plus nette que chez des unifiés ou des maîtres de soi, mais sous une autre forme, avec moins d'abandon et plus d'équilibre. Tout relâchement de l'unité synthétique du moi peut faciliter une suggestibilité irrationnelle ; bien entendu je ne parle pas de la suggestibilité de l'hypnotisme, mais de l'aptitude à se laisser influencer. Dagonet note que chez les alcooliques « la volonté et la force de caractère sont, déprimées à tel point que celui qui est atteint d'alcoolisme chronique n'est plus en état d'opposer la moindre résistance aux influences qui, de près ou de loin, viennent porter atteinte à ses facultés morales. 11 subit avec une déplorable facilité les entraînements, les sollicitations, les impulsions dont à un moment donné il peut être l'objet. Ce n'estplus un homme, c'est plus qu'un enfant, c'est un vieillard ^ »
Tout à l'heure nous voyions l'esprit changer, en quelque sorte, par lui-même et réagir avec incohérence contre l'excitation du dehors. Ici, c'est l'esprit d'autrui qui s'empare de lui, le remplit et le dirige ou le remplace. A cause de la débilité des sentiments ou des idées existant déjà, des idées apprises, dessenti-
(1) Dagonet, De l'Alcoolisme, p. 8i.