LES FAIBLES, LES DISTRAITS
ments suggérés s'établissent et prospèrent quelque temps. Ce qu'on appelle un caractère faible dérive de là. Les idées ne s'assemblent un peu, les sentiments ne se coordonnent, les actes ne s'accomplissent que sous l'impulsion d'une volonté étrangère, et l'orientation de l'esprit changera quand cette volonté sera remplacée par une autre. Ici encore les systèmes psychiques ont agi indépendamment, sans être rigoureusement synthétisés entre eux, car souvent le S3'stème qui l'emporte est encore très faible, et ne doit sa force relative qu'à la personnalité extérieure qui le soutient et agit par lui et de laquelle il fait réellement partie plus que d'aucune autre.
La faiblesse de caractère est ainsi une tendance à se laisser influencer excessivement par les circonstances de la vie, conseils, ordres, situations particulières, dangers, etc. 11 faut distinguer cette faiblesse de la souplesse que nous retrouverons plus loin : dans la souplesse le lien qui unit les divers sentiments peut se plier ou se détendre, dans la faiblesse tout est rompu. Les goûts, les désirs changent avec les circonstances, sans plan d'ensemble et même sans préoccupation bien suivie delà conservation personnelle, par adaptation spontanée, fragmentaire et peu solide.
L'incohérence, qui produit la suggestibilité, peut également produire son contraire, l'opiniâtreté aveugle, et cela par un mécanisme assez simple. Dans la personne idéale tout étant coordonné, il suffirait, par exemple, de faire entendre à quelqu'un une idée juste pour que les sentiments et les actes fussent aussitôt mis en harmonie avec cette idée. Avec une personnalité incohérente, il n'en est pas de même, les éléments n'ayant, pour ainsi dire, plus de prise les uns sur les autres, l'idée juste ou l'impression salutaire, à supposer qu'on aitpula faire accepter, ce qui n'arrive pas toujours, et qu'elle se maintienne, ce qui est rare, ne sera pas efficace, elle n'agira pas sur le reste des tendances qui continueront à se comporter comme il leur plaît. On pourra bien, en agissant sur quelques-unes de ces tendances, faire accomplir quelques actes, mais il faut pour cela agir constamment et, de plus, agir dans le sens de l'activité de quelque élément. L'influence rationnelle et durable
64 TYPES PROVENANT DES FORMES d'aSSOCIATION
devient aussi difficile à exercer que l'influence irrationnelle et passagère est aisée. Ainsi les deux efl*ets dilTérents ne se contredisent en rien, l'un et l'autre dérivent d'une même cause agissant dans des conditions différentes.
Un autre trait secondaire du type incohérent c'est l'imprévoyance, la légèreté, le manque de sérieux, l'oubli facile des ^'.hagrins ou des fautes. En efl*et, la prévoyance, la prudence, toutes les qualités de cet ordre sont le résultat d'une coordination exacte des phénomènes, de l'équilibre, cherché et réalisé plus ou rnoins^ des tendances diverses et du désir de faire à cha- •cune la part qu'elle doit avoir pour maintenir l'harmonie générale. C'est un trait qui se trouve chez les maîtres de soi et chez les types de contraste, comme chez les équilibrés, mais avec la •conscience et la recherche en plus. Ici, rien de semblable, chaque tendance agissant à peu près pour soi et la confédération ■des tendances étant très relâchée, les conditions essentielles •de la prévoyance et de la prudence font complètement défaut; •de même pour le remords, de même pour les espoirs soutenus, pour les hésitations et les longues luttes, pour tout ce qui implique des rapports exacts entre les éléments psychiques. A leur place parfois un certain entrain, une spontanéité apparente, du laisser-aller, et cette gaieté qui ne provient pas de la satisfaction harmonique des tendances, mais du libre jeu laissé à la tendance que le moment présent trouve en activité ^t qu'aucune considération, aucun sentiment ne vient gêner.
Gependantcette mobilité peut être assez superficielle et laisser subsister l'unité des grands sentiments et de la vie, elle peut aussi constituer l'essence du caractère; le jugement à porter sur un individu différera beaucoup selon le cas. Il peut arriver même que l'oubli soit un moyen d'harmonie générale. Si nous •étions sans cesse occupés à regretter les fautes que nous avons pu coiMinettre, nous ne ferions jamais rien de bon. Il y a donc à tenir compte de la nature de l'oubli et à voir s'il est simplement ilù à la mobilité incohérente de l'esprit, ou bien s'il est produit [)ar la logique générale qui fait rejeter, après en avoir profité, ce qui est désormais inutile ou nuisible à la vie mentale.
Le caractère bizarre, fantaisiste, est une des formes du type