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LES FAIBLES, LES DISTRAITS C

impulsif OU incohérent et peut, selon les cas, se ranger dans les plus élevées ou dans les inférieures. Il résulte de la prédomiïiance marquée et successive d'impressions diverses et quelque j)eu incohérentes. Du reste, le sens que l'on donne en général à ces mots de bizarrerie ou de fantaisie n'a aucune précision, on les applique également à ceux qui seront en désaccord avec eux-mêmes ou à ceux qui sont en désaccord avec leur milieu ; et cependant, dans le dernier cas, la personne appelée bizarre peut être très logique. C'est l'ensemble de la société avec ses éléments mal harmonisés qui pourrait paraître bizarre à un observateur du dehors.

La distraction et l'étourderie doivent être rattachées au même type, elles marquent un affaiblissement singulier de la force de l'attention, c'est-à-dire de la coordination générale des éléments psychiques. Bien entendu, il ne saurait être question ici de la distraction qui est due, au contraire, à la concentration de l'esprit sur un même objet. Tout en distinguant les deux genres de distraction, il faut remarquer seulement que tous les deux nuisent à l'équilibre général de l'esprit, l'un par excès de concentration, négligence, inhibition des impressions qui tendent à s'éveiller sous l'excitation du monde extérieur, le second, au contraire, par abandon complet de l'âme à ces impressions et défaut de concentration. Ce dernier état seul nous intéresse ici. Archimède ne saurait représenter le relâchement de la coordination générale. Il s'agit du distrait qui se laisse aller toujours à la dernière impression, qui n'a guère que des émotions fugitives et des idées peu stables, chez qui ni un raisonnement ni un sentiment ne peuvent se développer avec ampleur et s'établir d'une manière durable, et qui oublie continuellement ce qu'il veut ou même ce qu'il est en train de dire, de faire, ou de sentir. Ce type, comme les types analogues, se retrouve aisément dans les deux cas opposés, quand la coordination n'est pas encore établie dans l'esprit ou quand elle commence à se défaire, chez les enfants et chez certains vieillards. Elle persiste parfois dans l'âge mûr, et alors elle est une caractéristique de l'individu, non de l'âge ou de la maladie. Le Ménalque de La Bruyère est le type du distrait, le comte de Bran- Paulhan. — Les Caractères. 5

cas qui contribua à l'inspirer à La Bruyère, Racan aussi et La Fontaine furent des distraits. Racan, dit-on, allait voir un jour un de ses amis, seul et sur un grand cheval. Il dut mettre pied à terre, et ne trouvant plus de montoir pour se hisser sur sa bête, il continua sa roule à pied, arriva jusqu'à la porte de celui qu'il allait visiter, et là, trouvant ce qu'il cherchait, remonta sur son cheval et retourna sur ses pas. Brancas, arrêté par des voleurs, s'obstina à les prendre pour ses laquais jusqu'à ce qu'il eût le pistolet sur la gorge. On dit qu'il se coucha un jour à quatre heures parce qu'il trouva sa toilette mise. La Fontaine, chargé par son père d'aller s'occuper d'une affaire pressante, sort de chez lui, oublie tout, rencontre des amis, va à la comédie avec eux. Sa femme l'accusait de rêver tellement qu'il était quelquefois trois semaines sans croire être mariée

Je n'insisterai pas davantage sur les diverses apparences que peut donner au caractère l'indépendance exagérée des éléments psychiques. Il faut bien remarquer que ces qualités dérivées n'impliquent pas un degré général très précis de cette indépendance. L'étourderie, comme la distraction, peut être amenée par une concentration d'esprit très grande, car la concentration de l'esprit nuit à l'équilibre des tendances et la légèreté peut se trouver chez un impulsif, comme chez un incohérent. Au reste, ces caractères secondaires et dérivés ne sont pas tous de même apparence. L'audace, le courage, chez bien des individus, — nous avons eu l'occasion d'en parler déjà — ne sont pas tant l'expression d'une volonté ferme ou d'une passion forte, que le signe de l'irréflexion et de l'incohérence. De même parfois la générosité, la prodigalité surtout.

Notre série des types, considérés au point de vue de la forme générale de l'association des éléments qui composent une personnalité, est maintenant complète. Partant de l'unité théoriquement parfaite, nous avons vu cette unité décroître peu à

(1) Les Historiettes de Tallemand des Réaux, éd. Monmerqué, t. III. On ne peut pas trop se fier aux conteurs d'historiettes en général, entre autres à Tallemand, mais celles-ci sont assez vraisemblables et cela nous sutïit pour le moment. On peut ne leur attribuer, si l'on veut, qu'une valeur symbolique. Le type du distrait est réel et tout le monde a plus ou moins pu le remarquer.

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