LES FAIBLES, LES DISTRAITS
peu par la naissance et le développement de tendances antagonistes. L'harmonie et la subordination des éléments psychiques ont fait place de plus en plus à leur activité indépendante. En même temps nous avons remarqué que chacune de ces formes^ caractéristiques de l'association psychique donne naissance à des variétés différentes selon qu'elle s'associe avec tel où tel trait secondaire dont elle favorise l'éclosion et le développement, et nous avons reconnu en passant la nature de quelques qualités complexes qui impliquent une forme détermi^ née de l'association. Nous avons obtenu ainsi des équilibrés et des unifiés aux impulsifs et aux incohérents, une série de types très divers et suffisamment nets, quoique reliés étroitement les uns aux autres, au point que les démarcations précises soient impossibles. Ces types de transition rendent une classification rigoureuse assez artificielle, les types complexes la rendraient inexacte. On rencontre, en effet, bienfréquemmentdes personnes qui appartiennent à la fois à plusieurs des classes signalées, les types purs sont toujours très rares. Un homme assez généralement unifié ou maître de lui aura ses points faibles, ses discordances ou ses incohérences passagères ou portant sur des points assez peu considérables ; il se range ainsi dans deux séries de types, mais, souvent, il appartient plus à l'une qu'à l'autre.
Ainsi nos différents types se rattachent idéalement l'un à l'autre. Gela peut-il nous conduire à une classification historique? Je ne le pense pas. J'ai déjà dit que je ne pouvais voir dans le caractère impulsif, par exemple, un état primitif qu'à un point de vue très relatif et dans une évolution particulière. En fait l'équilibre se retrouve chez les êtres inférieurs ; dans les composés chimiques on peut encore distinguer des « équilibrés » et des « instables ». Les atomes des corps appelés simples, si, comme on a quelque droit à le supposer, leur simplicité n'est pas absolue, nous donneraient à la fois la plus haute antiquité soupçonnée et le plus solide équilibre. Il faut réunir la complexité à l'unité pour avoir le droit de faire de l'unité le caractère d'un degré avancé de l'évolution, et l'unité apparaît alors à la fois comme un point d'arrivée par rapport aux états de plus en plus rapprochés d'elle et dont elle termine la série, et
comme un point de départ pour une unité plus complexe atteinte encore au prix de bien des troubles et après bien des incohérences et des pertes d'équilibre. La systématisation croissante, c'est-à-dire l'accroissement du nombre des éléments psychiques et de leur finalité, donnerait donc la formule de l'évolution des types. Mais on aurait quelque peine à l'appliquer à l'histoire qui, bien qu'elle laisse soupçonner une évolution générale de l'homme, montre plutôt des séries et des ensembles d'évolutions et de dissolutions innombrables d'individus, de peuples ou de civilisations se compliquant ou s'unissant par des procédés 1res variés dans leurs apparences, quoique assez facilement réductibles à un très petit nombre de formes générales. Je ne saurais, d'ailleurs, aborder ici cet ordre de recherches.
Il nous reste maintenant à étudier les qualités des tendances dont nous avons examiné la forme d'association, et enfin les tendances mêmes. Nous aurons ainsi de nouvelles séries de types qui, en se combinant avec la première, pourront donner une idée des variétés psychologiques de l'espèce humaine et des difl'érentes concrétions, si je puis le dire, des grandes lois abstraites de l'esprit.