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LES VOLO.NTAIUKS^ LES OBSTINES, LES FAIBLES 9S

dances différentes. Chez un individu naturellemeiiL obstiné, on pourra trouver des tendances assez faibles, qui céderont sanspeine. Inversement, chez les plus faibles on trouve des désirs qui persistent invinciblement.

Les faibles sont ceux qui n'ont pas la force de persévérer ou qui ne savent pas s'obstiner ; les légers sont ceux chez qui le& désirs disparaissent spontanément pour faire place à d'autres. Au lieu que chez les premiers les tendances sont réduites par les obstacles extérieurs qu'elles rencontrent, chez les seconds, au contraire, elles s'évanouissent devant la formation d'un nouveau désir ou d'une nouvelle idée sans rapport logique avec la première. Chez les uns le désir cède à une opposition, chez, les autres il disparaît par distraction. Les irrésolus sont ceux chez qui deux systèmes opposés se remplacent alternativement et incomplètement. Un jeune homme ayant un parti à prendre et une réponse à donner se dirige vers la poste avec deux lettres, l'une qui dit oui, l'autre qui dit non ; il hésite beaucoup, puis se décide à mettre une lettre dans la boîte et prend immé* diatement le train pour donner lui-même une réponse contraire. 11 arrive quelquefois d'ailleurs que l'irrésolution n'empêche pasl'obstination ni la persévérance. Un homme en qui un désir, une tendance, a fini par s'installer après avoir été plusieurs fois repoussée, peut finir par y tenir beaucoup et la soigner avec amour.

L'inconstance se rattache à la légèreté. Cependant il est des personnes qui, sans être précisément légères, changent dégoût assez facilement sur des points assez importants. Souvent, au lieu que la légèreté est un symptôme de l'activité indépendante des éléments psychiques, l'inconstance peut se rattacher plutôt à l'association par contraste et indiquer une réaction plus ou moins utile de tendances assez fortes.

La lâcheté consiste dans l'abandon, par intérêt personnel^ d'une idée, d'un désir, d'une manière d'être quelconque, sans que cet abandon soit justifié par une conviction suffisante. Parfois c'est l'abandon même qui produit le changement de conviction ou bien le changement de conviction est un produit de la peur. C'est un cas de lâcheté essentielle et aussi un signe de

souplesse d'esprit et de prédominance du type équilibré. La lâcheté n'est guère qu'une exagération de la faiblesse ou une faiblesse qui se produit dans certaines circonstances, au cas où les obstacles rencontrés parla tendance peuvent faire courir quelque danger à l'individu. La lâcheté suppose aussi, bien entendu, un cas où le devoir ordonnerait la persévérance; nul ne passera pour lâche parce qu'il s'abstiendra, ayant projeté de faire une promenade, de persévérer dans ce projet s'il fait une forte averse. Assez souvent on la suppose chez un homme qui cède à un autre homme. La lâcheté est ainsi le nom qu'on donne à la faiblesse de ceux qu'on s'attend à trouver forts et à qui on impose le devoir de l'être. Ce que nous appelons faiblesse chez la femme ou l'enfant, nous l'appellerons lâcheté chez l'homme. La poltronnerie se distingue de la lâcheté, elle serait plutôt une exagération de la prudence, et consisterait à ne pas mettre en avant, à ne pas exposer des sentiments ou des idées qu'on aurait ensuite à défendre péniblement.

Il est assez singulier qu'il soit difficile de distinguer non seulement la lâcheté de la faiblesse ou de la poltronnerie, ce qui n'aurait pas de bien graves conséquences, mais aussi la lâcheté et la faiblesse du courage et de la persévérance. Refuser un duel, par exemple, peut être un acte de prudence légitime, de lâcheté ou de courage. C'est de la simple prudence si celui qui refuse juge le duel absurde, sans avantages pour lui, et odieux. C'est de la lâcheté, si, tout en estimant qu'il doit se battre, il recule devant l'idée de la souffrance ou de la mort, ou si la crainte l'empêche de juger qu'il doit se battre. C'est du courage si tout en se sentant poussé par la haine et aussi par les opinions de son milieu, il considère comme un devoir de ne pas avoir recours au duel, sachant bien qu'il sera blâmé par l'opinion qui n'admet guère alors que les scrupules religieux comme valables. Et le cas peut être très complexe car il est possible que, dans la dernière hypothèse, par exemple, le courage moral s'accompagne d'une crainte physique assez violente. Alors quelle que soit la solution qu'on adopte on montrerait à la fois un certain courage et une certaine lâcheté. Le dosage des éléments psychologiques est très difficile, et, à moins de pouvoir

LES VOLONTAIRES^ LES OBSTINES, LES FAIBLES il

reconstituer dans son ensemble la scène intérieure, on ne peut assez souvent porter qu'un jugement hasardeux.

Comme il est facile de le reconnaître, les types nouveaux que nous venons de voir peuvent se combiner plus ou moins facilement avec tel ou tel des précédents. Les équilibrés présentent une persistance généralement moyenne ou forte des tendances ; chez les unifiés elle est plutôt forte ; chez les types de contraste l'irrésolution est fréquente, mais la persistance de bien des tendances peut être considérable. Les impulsifs sont quelquefois volontaires et obstinés, les incohérents souvent légers, mais il y a des exceptions. Il faut rappeler ici ce que nous avons dit sur les différents types de la persistance qui peut être presque continue ou très intermittente, presque générale ou simplement nav'tielle. •

Paulhan. — Les Caractères.

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