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LES VIFS LES IMPRESSIONNABLES — LES FROIDS LES MOUS

Une autre qualité élémentaire et essentielle qui peut servir à différencier les types, c'est la facilité plus ou moins grande avec laquelle les sentiments, les passions, la personnalité ellemême peuvent entrer en activité.

Il ne faut pas confondre la personnalité, la synthèse des systèmes psychiques, avec leur somme. Nous pouvons supposer une personnalité qui ne pourrait se décider à penser, à sentir ou à agir, composée d'éléments très sensibles, il suffirait que ces éléments se fissent exactement équilibre. En ce cas, la somme des systèmes indiquerait une grande sensibilité que la synthèse ne présenterait pas. Cette hypothèse se réalise assez souvent dans une certaine mesure. Aussi est-il nécessaire de s'entendre quand on parle de lenteur et de vivacité. Parfois il arrive que la grande impressionnabilité même des éléments de la personnalité donne à leur ensemble une apparence de lenteur. Vous demandez à une personne de quelle couleur sont les cygnes, elle répondra immédiatement qu'ils sont blancs. Une autre hésitera, réfléchira: ce n'est pas une preuve que son esprit soit plus lent, il peut au contraire être beaucoup plus vif, seulement plusieurs idées se sont éveillées à la fois et sont quelque peu entrées en conflit : « les cygnes sont blancs, — il y en a qui ne sont pas blancs, ils sont alors de couleur plus ou moins foncée, — il y en a qui ont une partie du corps blanche, une autre foncée ; il y en a peut-être d'autres que je ne connais pas; — on ne veut sans doute parler que

lÛS QUALITÉS DES TENDANCES ET DE l'eSPRIT

des blancs ; — il est ridicule de réfléchir ainsi pour une pareille question. » Tout cela retarde la réponse. Souvent elle nen est pas meilleure. Le retard peut être dû à la richesse de l'intelligence ou du caractère, il peut être dû au manque de coordination, et nous avons eu plusieurs occasions de remarquer que les deux choses pouvaient facilement se trouver ensemble. Les personnes qui paraissent lentes sont parfois celles chez qui les idées et les sentiments se développent le plus vite, trop vite pour se bien ordonner, d'où trouble, hésitation, lenteur apparente. L'abondance du cœur ou de l'esprit peut rendre la bouche muette et les membres immobiles; d'un autre côté, il n'est pas rare que les gens qui frappent par leur semblant de vivacité et de sensibilité soient simplement des imbéciles irréfléchis. Mais on ne peut même prendre le contre-pied des impressions communes. Une assez grande facilité, au moins partielle, pour entrer en activité, est une condition des types vif, susceptible, expansif, irritable, emporté. A l'opposé sont les lents, les mous, les tranquilles, les flegmatiques. Bien entendu nous ne nous préoccupons plus ici de la force de la tendance, de la violence de l'émotion, mais seulement de la facilité avec laquelle elle peut être excitée. Les deux qualités ne sont pas sans rapport. Toutes choses égales d'ailleurs, une tendance forte sera plus facilement excitée qu'une faible, cependant il y aurait à discuter là-dessus, et quoi qu'il en soit, on trouve aussi bien des personnes excitables dont les sentiments ne sont pas très forts que des flegmatiques à passions riches et profondes.

L'impressionnabilité est une qualité qui difl"ère beaucoup selon les hommes et aussi selon les races ou les peuples. Le Hollandais et l'Italien contrastent à cet égard. L'époque et la mode ont leur influence aussi : au xvin^ siècle, par exemple, il fallait faire montre de sensibilité, et sans doute cette sensibilité n'est pas faite seulement d'impressionnabilité nerveuse, la pitié, la sympathie y prennent part comme elle, mais elle en est une condition. On en trouvera d'amusants échantillons dans les lettres de Diderot. Il raconte, d'après le récit d'un voyageur qui revenait du Danemark, une scène touchante où le peuple acclame son roi, où le roi « partageant aussi tout à coup le trans-

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