LES TYPES FORMÉS PAR LA PRÉDOMINANCE OU LE DÉFAUT D'UNE TENDANCE
Les tendances font partie du caractère. Prenons deux personnes appartenant au type unifié, supposons-les à peu près également riches en impressions et en idées, également vives, à passions également fortes; si l'une est orientée vers la gourmandise ou la luxure, l'autre vers la peinture ou la musique, nous avons deux caractères très différents bien qu'appartenant au même type général; nous allons donc, en étudiant les tendances, déterminer de nouveaux types qui pourront s'associer aux types déjà vus et former avec eux diverses combinaisons.
Ces tendances sont très nombreuses. Elles consistent essentiellement en des systèmes de phénomènes liés par une loi de finalité et s'unissant pour produire un fait organique ou psychique : satisfactions des besoins vitaux ou cérébraux. Les unes existent à des degrés divers chez tous les individus vivants sans exception ; de ce nombre sont celles qui se rapportent à la continuation de la vie, le besoin de nourriture, par exemple. D'autres ne se rencontrent guère que chez quelques-uns, par exemple le goût pour la poésie, la peinture, le mysticisme, etc. Les unes et les autres varient beaucoup en intensité, en richesse, etc , mais c'est là un point de vue auquel nous nous sommes déjà placés.
11 s'agira maintenant des types que peuvent produire le déve-
loppement particulier de telle ou telle tendance et son intensité relative. Nous allons trouver par conséquent des applications particulières des formes générales déjà déterminées. Nous négligerons les types équilibrés dont l'étude ne nous apprendrait pas grand'chose et au sujet desquels nous ne pourrions que nous répéter une fois le type connu. Les tendances ne produisent de types spéciaux que par leur domination presque absolue, par leur développement marqué, ou, si Ton peut le dire, par leur absence presque complète. Nous avons ainsi deux séries parallèles de types comme la gloutonnerie et la sobriété, la luxure et la froideur, l'orgueil et Thumilité, que nous poursuivrons à travers toute la série des tendances, il reste bien entendu que toutes les transitions existent ou peuvent exister entre ces types extrêmes et que beaucoup de tendances peuvent vivre avec une importance variable dans des types équilibrés.
Reste à établir la série des tendances. Le meilleur moyen est encore de suivre l'ordre de l'importance croissante des systèmes, qui se confond avec l'ordre de complexité croissante et de généralité décroissante (celui qui dans un autre domaine a inspiré à Auguste Comte sa classification des sciences). Nous aurons donc au plus bas degré celles qui se rapportent à l'organisme ou à quelqu'une de ses parties. Ce sont les tendances les plus essentielles et les plus communes, celles qui entretiennent la vie soit de l'individu, soit de l'espèce. Puis viendront celles qui se rapportent à la vie de l'esprit, à l'exercice de l'imagination ou de la pensée, ou du sentiment, considérés comme buts en soi et rapportés à l'individu comme l'égoïsme en général, l'ambition, etc., et aussi comme l'altruisme, l'amitié, les affections de famille, etc. Ensuite nous atteignons celles oi^i l'objet de la tendance est un groupe social : coterie, patrie, ou ensemble plus vaste ; enfin celles qui dépassent la société même et s'attachent aux principes plus élevés, ou aux plus hautes abstractions connues (tendances religieuses ou philosophiques). Nous aurons donc à peu près la série suivante ;
Organique
l'en (lances
se
lani'oi tant
à la vie :
Mentale.
Tendances
se rappoi tant
à des individus :
Tendances sociales :
Égoïstes.
Altruistes.
1° de l'individu
\ 2° de l'espèce
Sensorielles.
Besoin de nourriture.
— de boisson, de respiration, etc.
d' exercice musculaire, amour sexuel.
/ Amour des goûts (gourmandise), des odeurs, des couleurs et des formes (peinture, sculpture), des sons (musique, poésie).
Affecti- ( ve§. (
I Intellec- \ \ tuelles. \
l Egoïsme.
' Ambition.
Amour des émotions.
Amour des sciences.
— des lettres.
— de la philosopbie.
{ Amour-propre, orgueil, vanité, fierté.
( Sympathie.
( Pitié.
Amour des / Esprit de coterie.
< Amour de la famille.
— de la patrie.
groupes sociaux.
Amour des formes sociales.
\ Passions politiques.
Tendances suprasociales :
Passions religieuses.
Passions philosophiques et esthétiques.
— sociales.
( Amour de Dieu.
( Mysticisme.
(Amour de la perfection.
Amour delà moralité, du beau, du vrai .
/ Mysticisme intellectualiste, esthé- \ tique ou moral.
Cette classification, bien entendu, rend d'une façon seulement cipproximative les groupes réels qui se confondent et s'entre-
croisent de manière à rendre vaine toute tcnlalive de les exprimer simplement. Nous sommes exposés à trop séparer ou à tro[i rapprocher certaines tendances les unes des autres, quelque; divisions sont artificielles, mais on se perdrait dans le« détails et les distinctions si l'on voulait tout d'aboi d être trop minuLieux.