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TENDANCES SE RAPPORTANT A LA VIE ORGANIQUE

I 1. — Les gloutons — les sobres

Les tendances organiques qui se rapportent à la nutrition donnent, selon leur degré de développement, les types de la gloutonnerie, de la sobriété, de la tempérance. Il est des gens pour qui manger est la grande affaire de la vie. Encore ici fautil distinguer entre les gloutons qui mangent pour satisfaire une faim difficile à apaiser et les gourmands qui mangent pour le plaisir que le sens du goût éprouve. Les premiers seuls nous intéressent pour le moment, la gourmandise est une sorte de passion esthétique d'ordre inférieur que nous retrouverons plus loin, a Paris a vu, au Jardin du Roi, un garçon de la ménagerie se jeter avidement, pour apaiser la faim qui le dévorait sans cesse, sur les objets les plus dégoûtants et jusque sur le corps d'un lion, mort de maladie, lequel disparut en partie sous sa dent déchirante... ; cethommejouissait d'une bonne santé, remplissaitbien ses devoirs et a vécu bien au delà de soixante ans^ » Tarare, qui fut soldat à la fin du xvm® siècle, faisait les corvées et mangeait les rations des jeunes soldats de sa compagnie qui avaient le moyen de se procurer ailleurs des aliments. Un chi-

(1) Dictionnaire des sciences médicales, Article : Homophage, t. x.ki, p. 346.

rurgien-major le retint à rhôpital pour l'étudier : « Dès le jour de son entrée. Tarare recul une quadruple portion, qu'on lui prépara avec les restes de la cuisine et les aliments refusés par les autres malades ; mais il sen fallait bien qu'il y eût de quoi le contenter, et dès qu'il pouvait se glissera la pharmacie, ou à la chambre des appareils, c'était pour y mangerles cataplasmes et tout ce qui lui tombait sous la main. » Plus tard. Tarare fut soigné dans l'intention de diminuer sa voracité, mais il « avait tant de plaisir à manger, qu'il semblait craindre plutôt que souhaiter sa guérison. Comme on ne s'occupa plus autant de ce gouffre vivant qu'on l'avait fait dans le commencement, il fut obligé de pourvoir lui-même à ses énormes besoins, et ce fut souvent aux dépens des bergeries, des basses-cours et des cuisines d'autrui ; il allait aussi dans les lieux écartés disputer aux chiens et aux loups leur vile pâture, et ce trait acheva de le rendre l'horreur et l'effroi du voisinage. »

Denise L'Hermina, une ancienne institutrice, dont M. Letourneau nous a, dans un livre intéressant, raconté l'histoire d'après le D' Descuret, mangeait dans son enfance plus que quatre enfants de son âge. Plus tard, il lui arrivait de manger dans un jour trente à trente-deux livres de pain, a Denise pensait sans cesse à manger, ne pouvait parler d'autre chose, se figurait sans cesse des aliments et recourait à tous les moyens pour en trouver. A la seule idée de donner un pain, son œil étincelle, elle s'emporte. Cependant elle est charitable et donne volontiers de l'argent. Mourante, elle force sa sœur à manger près d'elle, et ses dernières paroles sont : « Puisque le bon Dieu ne veut « plus que je mange, que j'aie au moins le plaisir de voir man « ger. * » C'est un beau type d'unifiée ; on voit très bien ici la pas sion dominante se soumettant et dirigeant l'imagination, l'intel ligence et la volonté. Il est rare que le type du glouton atteigne celte intensité; à des degrés inférieurs il est beaucoup plus commun et Ton a assez souvent l'occasion d'entendre caractériser certaines personnes parla solidité de leur appétit et leur grand besoin d'alimentation.

(1) Letourneau, Physiologie des passions.

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