‹ Les caractèresChapitre 47 sur 86 · LES MUSICIENS · texte numérisé non relu

LES MUSICIENS

fortes vocations, peut-être particulièrement précoces. Mozart fut extraordinaire à cet égard. Dès son enlanceon voit se dessiner la puissance de son génie et aussi l'influence prépondérante de sa faculté musicale. Dès l'âge de trois ans toute son attention se concentre sur le clavecin : « Il y cherchait souvent seul des tierces et les principes du doigté. » A quatre ans il joue avec un goût et une expression remarquables de petites pièces qui ne lui coûtaient qu'une demi-heure d'étude, et déjà il composait des menuets et d'autres morceaux K A quatorze ans, deux auditions du Miserere d'Allegri lui suffirent pour écrire de mémoire ce morceau dont il était défendu de donner des copies. Un trait de sa vie, rapporté également dans la Biographie universelle de Fétis, nous présente chez lui une alliance, qui n'est pas très rare, du goût pour les impressions visuelles et du goût pour les impressions auditives 2, et nous montre comment la tendance dominante profite de tout pour s'exercer : «Il éprouvait de vives émotions à la vue d'une riante campagne, d'un site pittoresque, et lorsqu'il était en voyage, il faisait quelquefois arrêter la voiture pour se livrera la contemplation des tableaux ; alors il regrettait de ne pouvoir écrire les idées musicales dont il était assailli. » Beaucoup de compositeurs ont ainsi montré de la précocité. M. Saint-Saens nous dit que dans son enfance on s'amusait à lui faire désigner la note rendue par un objet quelconque, un verre, une sonnette^. Il faut surtout remarquer comment le type visuel ou auditif peut intéresser la psychologie du caractère lorsqu'il donne ainsi naissance à une tendance dominante qui se subordonne les autres et acquiert une importance qui peut être capitale, non seulement pour l'individu même qui la possède, mais pour le milieu social auquel appartient cet individu. Et tout cela ne s'applique pas uniquement aux compositeurs, mais aussi aux exécutants, et même aux simples amateurs.

Le manque de goût pour les sons ou pour la musique n'est

(1) Fétis, Biographie universelle des musiciens, article : Mozart.

(2) Oa peut citer comme l'ayant présentée à des degrés divers : Delacroix, Ingres, Donizetti, Weber, Gounod, bien d'autres encore.

(3) Saint-Saens, Harmonie et mélodie.

132 TYPES FORMÉS PAR LES rENDA:>CES

pas rare. Le chant des oiseaux n'est pas agréable à tout le monde, et la musique paraît avoir, plus que la peinture, suscité de vigoureuses anlipalhies. Ces antipathies ont été fréquemment constatées chez les littérateurs. C'est bien Gautier, je crois, qui appelait lamusique « le plus cher de tous les bruits ». D'ailleurs ce type n'a pas d'importance particulière.

Pour les sensations auditives comme pour les sensations visuelles, les types pourraient être subdivisés, et d'abord on pourrait aimer d'autres bruits que la musique. Dans la musique même il y aurait des distinctions à faire selon le genre de musique ; lune cherche surtout à charmer l'oreille, elle est plus proprement sensuelle, l'autre s'attache à l'expression des passions ou même à déterminer une excitation qui peut arriver à l'extase et dont profiteront des sentiments abstraits ; mais ceci nous fait entrevoir un type déjà difTérent du type sensoriel, supérieur et plus complexe.

Page 1