IV. — Autres sensations
Les odeurs ne paraissent pas déterminer des types notables. Qu'on aime ou non les odeurs, il est rare qu'on fasse de la satisfaction de l'odorat le principal but de sa vie. Le type négatif estpeut-ètre plus marqué que le type positif. Certaines gens ont une horreur véritable pour des odeurs, pour les parfums surtout. Les plaisirs du tact et ceux qu'on peut y rattacher, en dehors de ce qui touche à l'instinct sexuel, sont dans le même cas ; on sent avec plus ou moins de plaisir la fraîcheur de l'air ou de l'eau, on craint plus ou moins l'impression des surfaces rudes ou grossières et le contact de certains objets : cela ne tient généralement pas une bien grande place dans la vie mentale, quoique la délicatesse du tact ait cependant quelque importance. L'amour de la propreté peut jusqu'à un certain point s'y rattacher.
Le désir et l'habitude des caresses, s'ils ne forment pas en général un type psychique, peuvent devenir un trait de caractère assez notable. Ils se rattachent aux plaisirs du tact et à l'instinct sexuel d'une part, de l'autre aux sentiments d'affection.
Pour les plaisirs sexuels, il y a aussi des gourmands et des indifférents. « Il ne vous faut, disait-on à Duclos, que du pain, du fromage et la première venue. » D'autres sont plus délicats, et raffinent soit dans la recherche de la femme, soit dans la recherche du plaisir. Je n'insisterai pas sur ce type, ni sur le type opposé. Remarquons seulement qu'ici encore la gourmandise et la gloutonnerie ne se confondent nullement, parfois même elles s'excluent.
(1) JoiQviile, Uisloive de saint Louis, trad. de Natalis de Vailly, § Î2.
130 types formés par les tendances
§ 2. — Les intellectuels
L'exercice de la pensée est ici le but et le principe de la vie, le reste s'y subordonne ou s'efface.
Les types varient selon la prédominance de la tendance et ses rapports avec les autres éléments du moi, et aussi selon la nature intellectuelle de chacun. Il ne rentre pas dans le cadre de celte étude de passer en revue les différents types intellectuels. Je ne puis cependant me dispenser d'en indiquer très sommairement quelques-uns. L'un d'eux nous sera donné par les naturalistes collectionneurs, par exemple, dont plusieurs sont artistes autant ou plus que savants et se laissent charmer par la couleur ou la forme de leurs insectes ou de leurs coquillages autant que par l'exercice intellectuel qu'ils leur procurent. Dans ses formes inférieures ce type comprend des maniaques inoffensifs ; dans ses formes supérieures il peut comprendre les tailleurs de pierre de la science, les naturalistes observateurs et descriptifs, les collectionneurs de faits, certains érudits dont quelques-uns, au reste, évitent les généralisations, non par impuissance, mais par amour de la précision, et déploient des facultés supérieures ^ En allant du concret à l'abstrait nous trouvons ensuite une série d'esprits assez équilibrés qui présentent une sorte d'alliance du goût des premiers pour les faits, du goût des autres pour les théories, avec prédominance possible de l'un de ces goûts. Les savants qui analysent et synthétisent, les physiciens, les chimistes, les biologistes qui recherchent à la fois les faits et leur explication, Claude Bernard, Helmholtz, M. Berthelot, les naturalistes philosophes comme Darwin, les philosophes qui ont l'amour du fait et du détail comme Spencer, les historiens qui aiment également les faits et les théories, Fustel de Goulanges, y trouvent place. On peut y ranger aussi les romanciers et les auteurs dramatiques^ les poètes qui ont souvent recours à l'observation et à l'analyse ou se plaisent à combiner des sentiments, les commerçants et les industriels inventifs et entreprenants. La troisième classe
(i) Voyez par exemple, l'étude de Taine sur Frantz Wœpke.