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PREFACE DE LA DEUXIEME EDITION IX

litédes aptitudes et desqualités du caractère, et leur rapport avec leurs objets, avec les tendances concrètes qui les manifestent. De plus, une fois que la tendance primitive s'est fixée sur une forme particulière, une fois qu'elle s'est attachée à un sujet spécial, le changement n'est plus toujours possible, elle s'est spécialisée et c'est comme telle qu'elle agit sur les autres éléments, qu'elle a son importance pour la constitution du caractère, qu'elle contribue à former des personnalités. On court donc risque de trop rester dans le vague et d'aller à l'erreur en ne la considérant que sous sa forme abstraite et générale.

§ 2. — M. Fouillée m'a reproché encore d'avoir écrit un « traité des passions », au lieu d'étudier réellement le caractère en m'occupant des diverses tendancesqui sont les éléments concretsde la personnalité. M. Malapert estime de même « que les aptitudes esthétiques de tel ou tel ordre (que j'ai étudiées avec les tendances) ne constituent ni des caractères ni peut-être même de véritables traits de caractère^ », et M. Henri Joly, dans une étude sur Vaclion^ le caractère et la volonté^ affirme que «c'est tout brouiller, — bien loin de tout expliquer, — que de confondre les caractères avec les goûts, avec les aptitudes, avec les talents », et se demande : « Qu'est-ce que le caractère a à faire avec le « type visuel » ou le « type auditifs ». Il me semble qu'il y a ici un malentendu. Le type auditif ou visuel, les aptitudes esthétiques ou même une passion quelconque ne constituent pas, par eux-mêmes, un caractère, mais leur prédominance, leur influence sur la conduite, leurs rapports avec les autres tendances et l'ensemble de l'esprit peuvent donner un caractère, ou en être au moins d'importants éléments. Ce n'est pas, évidemment, le type visuel ou auditif comme forme spéciale de l'intelligence qui peut importer surtout ici, c'est ce type en tant qu'il influe sur les actes, sur la subordination des sentiments, et qu'il dirige la vie. Ce n'est pas de même une passion quelconque mais l'empire qu'elle prend sur une personnalité. On ne peut nier l'importance possible des aptitudes esthé-

(1) Malapert. Les élémenls du caractère et leurs lois de coordination, p. 195. Paris, F. Alcan.

X LES CARACTtUES

tiques dans le cai'actère quand on les voit produire des passions durr.!)Ics, diriger une vie entière, faire le centre d'une personnalité et se subordonner les autres tendances. Voudra-t-on prétendre que la tendance littéraire, l'aptitude esthétique n'a rien à voir, par exemple, avec le caractère de Flaubert ? Le connaîtrait on vraiment ce caractère, si Ton ne parlait de l'amour de l'art qui l'a dominé? Et n'est-ce pas un trait de caractère, au moins^ que d'être adonné à la gourmandise, à la sensualité, à l'ambition, et délaisser sa vie s'harmoniser pourla salisfaclion de la tendance maîtresse ? Toute passion peut ainsi devenir la caractéristique d'une personnalité, si, devenant le principal élément de celte personnalité, elle la domine et la conduit. C'est la considération de ces rapports decoordination et de subordination des tendances dans un même individu qui différencie une partie de l'étude du caractère d'un traité des passions, ou d'une étude de l'intelligence. Un fait concret assez général nous indiquera bien du reste la différence des deux points de vue. Il arrive que ce n'est pas toujours la tendance la mieux cqnstituée qui tient la plus grande place dans le caractère de deux individus différents. Par exemple certainsesprits, fortmal doués pour la littérature, éprouvent une très vive passion pour l'art littéraire, lui consacrent leur vie, et lui subordonnent tout le reste. D'autres, au contraire, mieux doués cependant, ne supportent pas ainsi ou ne provoquent pas la prédominance des mêmes facultés. Au point de vue des aptitudes intellectuelles, ces derniers sont bien plus « littérateurs » que les autres ; au point de vue du caractère, c'est exactement l'inverse, les premiers sont bien plus littérateurs que les seconds. Il se peut aussi que chez une personne l'amour soit bien plus compliqué, plus dévoué, plus affectueux et peut être aussi vif que chez une autre, mais la première, de personnalité plus riche et mieux équilibrée, ne s'abandonne pas à sa passion, lui donne une place dans sa vie tout en la subordonnant quelquefois, l'autre s'y laisse entièrement aller et ne réagit jamais. Au point de vue de l'étude des passions, le premier est mieux et même peut-être plus « amoureux » ; au point de vue du caractère, c'est certainement le second. § 3. — M. Fouillée oppose d'autre part sa conception de la

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