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PREFACE DE LA DEUXIEME EDITION XI

classification des caractères à la mienne en critiquant non plus la place que je donne aux tendances concrètes, mais celle que j'attribue aux lois abstraites: « C'est essentiellement, ccrit-il, la volonté, la sensibilité et l'intelligence qui caractérisent les êtres, non la forme extérieure d'association qui fait qu'ils offrent, pour ainsi dire, tel dessin à la vue, régulier et harmonique chez les uns, irrégulier et inharmonique chez les autres. S'arrêter aux rapports abstraits, ce serait pythagoriser, ce serait prendre des nombres, des lois et des formes pour des causes. » M. Fouillée ajoute d'ailleurs que selon moi, les formes de l'association ne font qu'exprimer les directions prises par les élémentspsychiques, et, parconséquent, sa critique, en ce qui me concerne, me paraît s'affaiblir beaucoup si elle subsiste encore.

Mais ce n'est pas tout. Je ne vois pas bien pourquoi la forme d'association serait une chose « extérieure ». Il me semble, au contraire, qu'elle est une des choses les plus essentielles et que l'observation psychologique le démontre vite. Entre un équilibré, un maître de soi, un impulsif, un type de contraste, les différences ne sont pas superficielles, elles ne sont nullement extérieures, et elles ne tiennent qu'à la différence du mode général d'association des phénomènes. Il ne faudrait pas se laisser égarer par les idées qu'évoque — légitimement en certains cas — le mot «forme». Ici la forme n'est que l'expression du fond, elle montre ce qu'il a de plus essentiel, et en cela elle se confond avec lui. Ce qui distingue une machine à vapeur d'un amas de morceaux de cuivre, d'acier, etc., c'est sa « forme », l'arrangement et les relations deses éléments, et cette distinction n'est pas extérieure ni superficielle. Il en est de même des distinctions fondées sur la qualité des formes de l'association psychologique.

M. Malapert me critique comme M. Fouillée. Il juge qu'il est peu légitime de partir des formes de l'activité mentale considérée in ahslracto^ qu' «on se heurtera à des difficultés inextricables quand il s'agira d'y faire entrer ensuite les éléments concrets eux-mêmes » ; et que « ce qu'il y a d'arbitaire et d'artificiel en somme dans cette méthode aprioristique éclatera au moment où il faudra passer de la théorie à la détermination du

caractère d'un individu donné ». J'ai fait pourtant cette épreuve en appliquant mes principes à la détermination du caractère de Flaubert. Et le côté « arbitraire et artificiel » de ma méthode n*a pas éclaté, elle a résisté à l'épreuve, autant que j'en puis iiiger. M. Malapert ajoute : « Un caractère n'est pas un mode de relations entre des tendances psychiques, il est ces tendances mêmes en relation les unes avec les autres. Il ne faut pas aller pour ainsi dire du dehors vers le dedans, mais au contraire, du dedans vers le dehors ». Voici encore un cas où l'emploi des mots « dedans » et a dehors » peut, à cause des idées que ces mots évoquent, créer de véritables confusions Ce n'est pas prendre un individu par le dehors que de dire qu'il est « équilibré » ou « maître de soi », mais peut-être par ce qu'il a de plus intime. Et je suis convaincu qu'un caractère est certainement autre chose, mais qu'il est aussi « un mode de relation entre des tendances psychiques », car dire qu' « il est ces tendances mêmes en relations les unes avec les autres», c'est dire la même chose en complétant simplement l'indication des relations par celle des tendances, dont j'ai d'ailleurs recommandé et fait l'étude, loin de la considérer comme superflue. Resterait à établir l'ordre de ces deux études. Mais dire de quelqu'un d'abord qu'il est un maître de soi ou un impulsif et puis qu'il est un ambitieux ou un amoureux sensuel, au lieu de suivre la marche inverse, je ne vois pas en quoi cela serait moins positif et moins légitime etquellcs « difficultés inextricables » cela soulèverait. Il me semble même voir clairement que ces inconvénients n'existent pas.

§ 4. — Je crois donc que les classifications fondées sur la considération des grands ordres de faits psychiques comme la sensibilité, l'intelligence et la volonté méritent un double reproche. D'un côté elles négligent trop les lois abstraites et générales et leurs modes, de l'autre elles ne pénètrent pas assez profondément dans la réalité concrète. La sensibilité, l'intelligence et la volonté sont, elles aussi, des choses abstraites. En négligeant l'étude des tendances concrètes qui en sont les spécialisations synthétiques empruntant des éléments à chacune d'elles, on court risque « de prendre des nombre, des lois et

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