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LE DILETTANTISME PSYCHIQUE

grand souci d'arriver à la vérité, simplement par jeu, parce que le fonctionnement d'un esprit est pour lui un beau spectacle. Ce caractère est rare dans sa pureté, bien que beaucoup aient essayé, à une certaine époque, de le développer en eux. Le dilettantisme intellectuel sera bien souvent une simple distraction, un accident, une récréation en même temps qu'un moyen d'information dans la vie d'un penseur, et il restera subordonné. Dans d'autres cas il aboutit simplement au triomphe du goût personnel; on commence par d'ambitieuses tentatives pour tout comprendre; on finit, en l'absence d'idée directrice, par ne plus exposer que ses goûts propres, sous leurs formes parfois les plus insignifiantes, sans avoir tiré grand profit de ses vagabondages intellectuels.

Nous trouvons ensuite le sentimental par principe, celui qui cherche à exciter en lui tel ou tel sentiment. On comprend assez, sans que j'y insiste, la différence qu'il faut établir entre le véritable passionné, impulsif, emporté par ses désirs, et celui qui s'excite pour être ému, qui s'émerveille des plaisirs de la sensibilité morale, et vante leur élévation. Mais ici, comme pour les recherches intellectuelles, ce ne sont pas toujours les mieux doués qui montrent le plus de bonne volonté.

Un type plas nouveau et qui commence tout de même à passer de mode est celui de l'homme qui affecterait de jouer avec ses sentiments, d'y prendre plaisir comme à ceux d'un autre, sans se laisser dominer par eux. Il recherche froidement des impressions, et entrevoit comme but de la vie des séries de sensations rares et exquises. Le sentimental était facilement ridicule, celui-ci n'y manque pas, mais il peut être plus odieux. Il tourne assez aisément à la dépravation morale, au mysticisme à rebours de l'amour du mal, au plaisir de la cruauté, au désir de voir souffrir, comme le dilettantisme intellectuel peut conduire à la dépravation intellectuelle. Paul Bourget a tracé un intéressant portrait de ce personnage. Toute son ambition consiste à « adorer son moi », à le parer de sensations nouvelles. La vie religieuse de l'humanité ne lui est qu'un prétexte à ces sensations-là, comme la vie intellectuelle, comme la vie sentimentale. Sa corruption est autrement profonde que celle du jouis-

seur barbare, et le beau nom de dilettantisme dont il la pare en dissimule la férocité froide, la sécheresse affreuse i.

Le type objectif actif, opposé au dilettantisme psychique, est plus fréquent que lui. La plupart des gens, absorbés par les affaires, par les soucis de leur profession, même par le soin de préparer les conditions de leurs plaisirs, ou par l'exercice de leur intelligence, ne réfléchissent que peu ou point sur les phénomènes de leur vie intérieure. Leur existence est une suite à peine interrompue d'actions quasi réflexes. Çà et là quelquesunes se croisent et s'arrêtent, mais sans devenir le point de départ d'un travail notable de l'esprit qui pense plutôt aux choses extérieures. Ce type n'est évidemment pas inférieur à l'autre en intelligence pratique et scientifique.

(1) P. BoLirget, Le Disciple. Préface, X.

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