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LES PROFESSIONNELS

particulières qui sont une sorte de succédané de l'amour du monde. Au reste, il est bien évident que ce sentiment même varie d'un individu à l'autre, dans une même société, avec les goûts qui s'y rapportent.

Le type négatif correspondant est celui des gens qui, n'aimant pas le monde, se contentent volontiers de rester seuls. Nous l'avons déjà rencontré, mais des états d'âmes très dilTérenls peuvent prendre une même apparence. On peut éviter le monde instinctivement, par susceptibilité pour des idées ou des sentiments qu'on craint de voir froisser, par indifférence, par timidité, tout en désirant les plaisirs qu'on y pourrait trouver, par ignorance des usages, par manque d'occasions, par distraction ou occupation. Tout cela ne donne pas un type bien net, sauf peut-être la sauvagerie instinctive, ou la force et la susceptibilité des passions.

I 2. — Les professionnels

Nous avons maintenant les types caractérisés par l'amour de la profession, et déjà, à propos des types unifiés, nous avons dû les mentionner. Ils comprennent plusieurs types psychiques : le type du soldat, le type de l'avocat, le type du prêtre et d'autres qu'il serait trop long d'énumérer, et qui sont créés par une spécialisation de quelques tendances générales, par la combinaison de quelques goûts naturels et de certaines habitudes que le cadre social a imposées. En cela, d'ailleurs, les tendances professionnelles ressemblent à toutes les autres. Une certaine audace naturelle, quelque insouciance, le besoin d'une certaine indépendance et, en même temps, d'une dépendance précise et nette, qui donne à la vie une allure régulière et sûre, l'ambition, une bonne santé peuvent fournir les bases d'une vocation militaire, s'il ne s'y joint pas de sentiments antagonistes. Il ne faut plus qu'une circonstance pour en déterminer la complète formation, la vue d'un général acclamé, une revue brillante, des angoisses patriotiques, un chagrin d'amour, des relations de famille ou d'amitié. D'autres tendances et d'autres circonstances formeront un prêtre ou un professeur, et généralement, Pauliian. — Les Caractères. 11

à moins d'une impérieuse vocation comme il s'en trouve quelquefois, la variété des tendances permet aux circonstances de déterminer dans un sens ou dans un autre l'orientation de la personnalité qui réagit ensuite et amoindrit ou laisse se développer les désirs selon leur accord avec la tendance dominante. Souvent même, une fois l'orientation fixée, les tendances inutiles ou nuisibles qui s'ébauchaient et auraient pu croître disparaissent spontanément.

Quand la tendance professionnelle est formée, elle peut devenir dominante. Elle donne le ton à l'esprit et dirige la vie. D'anciens employés, pouvant prendre leur retraite, restent en fonctions; un ancien officier, retiré du service et devenu amateur de lectures, étudie tous les auteurs « au point de vue militaire »; un ancien prédicateur garde l'habitude des phrases onctueuses et des allusions bibliques.

Cela entraîne généralement quelque étroitesse et quelque raideur dans l'esprit et dans le caractère. Le géomètre qui, voyant représenter une tragédie, demandait : « Qu'est-ce que cela prouve"? «n'est pas une exception. Tout homme qui n'est pas dégoûté de sa fonction sociale a une tendance à la considérer comme supérieure à toutes les autres. Les artistes ne font pas grand cas delà science et trop de savants ont assez dédaigneusement parlé de l'art. Le militaire n'a pas d'admiration pour le civil, et je pense que le prêtre, si l'esprit de ses fonctions ne le lui interdisait, considérerait peu le laïque. Il est permis de croire que quelques savants apportent un sentiment de ce genre à l'appréciation des travaux de ceux qui n'ont pas les titres officiels voulus pour traiter une question. Il se forme ainsi un ensemble de tendances, d'idées, d'émotions ; l'amour du métier, du devoir spécial, souvent le dédain d'autrui peuvent constituer un type assez marqué qui se subdivise avec les professions, et, naturellement aussi, avec les individus. Et chaque type professionnel, s'il n'apas son aspect physique propre — et il Ta naturellement jusquà un certain point, puisqu'il nous arrive de reconnaître un officier sous des habits civils, et de trouver à une personne l'air d'un prêtre, ou d'un magistrat — chacun de ces types a son idéal propre et sa morale particulière qui diffèie de

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