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LES AMOUREUX DE LA CÉLÉBRITÉ — LES HUMBLES

Les formes de l'amour-propre sont très diverses et les sentiments dérivés qui s'y rattachent sont nombreux. Au degré le moins élevé nous trouvons l'amour-propre vulgaire ; M. A. Naviïle l'a exactement défini en l'appelant « notre sensibilité à l'endroit des opinions sur la valeur de notre personne ^ ». L'amour-propre est, en effet, le désir de paraître, ou d'être

(1) Yéron, Eugène Delacroix, 34, 35.

(2) Coleriis, Vie de Spinoza.

(3) A. Naville, V amour-propre, étude psychologique, Revue philosopliiquc. tome XI.

(c'est-à-dire de paraître à nos propres yeux ^), supérieur ou égal aux autres, ou assez peu inférieur, car il y a des degrés, et tel homme qui acceptera bien qu'un autre se juge supérieur à lui souiïrira pourtant si celui-ci s'exagère cette supériorité. L'amour-propre ne conduit pas toujours à désirer un rang très élevé dans l'échelle sociale; l'homme que ce sentiment inspire t'ait choix de son échelon, et s'il n'aime pas à descendre, il met quelquefois son amour-propre à ne pas monter. L'amour-propre est la sensibilité à l'opinion, mais surtout le désir d'inspirer une certaine opinion. Celui qui veut ne pas se faire évaluer plus qu'il ne vaut, serait peut-être froissé de s'entendre dire qu'il se connaît mal. D'autres auront la prétention de n'avoir pas d'amour-propre, et c'est par là qu'ils seront sensibles à l'opinion d'autrui. 11 y a bien au fond de tout cela quelque désir de la supériorité ou de l'indépendance, qui est la négation de la supériorité des autres.

Le désir de la considération, le besoin d'estime et de respect sont des formes de l'amour-propre, combiné souvent avec d'autres sentiments : l'amour de la famille ou du métier, l'égoïsme, etc. L'amour de la louange peut être ainsi dérivé et puis se développer, exister en soi et pour soi.

Quoi qu'il en soit, l'amour-propre peut devenir excessif et dominateur au point de se subordonner toutes les autres tendances ; on peut tenir à l'opinion plus qu'à la vie. Le cas de Vatel est assez connu, on y trouve un mélange assez commun d'amour-propre et de sentiment du devoir professionnel. En voici un autre assez curieux que j'emprunte à Marc : « J'ai constaté il y a quelques années la situation mentale d'un homme de quarante ans qu'on venait retirer de la rivière où il s'était précipité. Quel motif, lui demandai-je, a pu vous porter à un pareil acte de désespoir? Je suis dégustateur sur les ports, me dit-il, et m'étant trompé sur la qualité d'un vin, fai craint que mes confrères ne me prissent pour une ganache. Jusque-

(1) En certain cas, lorsque rillusion nous serait impossible, ou si elle ne pouvait remplacer la réalité, dont elle n'aurait pas tous les effets, ou si nous tenons naturellement à la vérité, si nous avons l'habitude des observations exactes.

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