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PLURALITÉ DES TYPES DANS UN INDIVIDU

A plus forte raison trouverons-nous la pluralité des types en dehors des équilibrés et des unifiés. Elle est en somme la règle, et quand nous avons établi que telle personne appartient au type des maîtres de soi et en même temps qu'elle présente à un degré élevé l'amour de la richesse, nous n'avons fait qu'ébaucher notre œuvre; il faut déterminer encore les autres goûts qui se trouvent en elle en dehors de la passion principale et qui donneront, à côté du type principal, d'autres sous-types qui peuvent faire considérablement varier la valeur de l'ensemble. Pour les types abstraits la variété est aussi très fréquente. Et il arrive qu'elle coïncide justement avec la variété des types concrets : l'ampleur des systèmes psychiques, leur excitabilité, leur souplesse, tout cela varie à l'infini. Je pourrais citer telle personne assez bien équilibrée, chez qui une des tendances principales, se rapportant à la profession, est ample et très suffisamment souple, et qui à côté présente en même temps des goûts littéraires et artistiques assez raides et maigres; telle autre unifiée, assez passionnée, d'afi'ection vive, avec tendance au despotisme, au moins dans le petit cercle de son influence, qu'elle ne désire nullement élargir, présente en même temps une souplesse très remarquable qui lui fait éviter instinctivement les obstacles trop forts et s'adapter assez bien aux situations qui la contrarient ; telle autre, équilibrée, avec prédominance du sens du devoir, mais du devoir appliqué aux petites choses, ayant des règles absolues et immuables sur la façon de se comporter dans les plus petits détails, montre à côté de cette raideur qu'il n'y a pas à tenter d'amoindrir, des veines de fantaisie, de bizarrerie, et je dirai presque, malgré son âge, des goûts d'enfant. Presque toujours, en regardant de près, on trouve des coins d'esprit, quelquefois des parties considérables de l'âme, qui peuvent contraster avec le reste, mais qui souvent, tout en faisant bon ménage avec lui, donnent une allure diflérente à l'ensemble et influent notablement sur la conduite, sans qu'il se produise pourtant le véritable morcellement de l'esprit qui produirait le type impulsif ou incohérent.

Quelquefois ces divers caractères du même individu ne se révèlent pas facilement. Il faut fréquenter une personne réputée

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dure ou froide pour s'apercevoir de tel point sensible qui existe en elle et qui convenablement excité fera mouvoir l'ensemble de la personnalité. Aussi peut-on rarement être sûr des gens et se fier absolument à eux pour le mal comme pour le bien. Sans doute on arrive à des probabilités qui valent à peu près la certitude, mais la certitude même on ne l'atteint pas. Il y a toujours des doubles fonds à prévoir. Souvent telle tendance reste latente, invisible, jusqu'au jouroù se présenteront les circonstances qui lui permettront d'agir, et l'individu même en qui elle dort ignorera sa présence et ne s'en méfiera point. « Ne nous induis point en tentation », dit l'Oraison dominicale, et cette demande est sage. Il est toujours prudent sinon de l'éviter pour soi et de l'écarter absolument des autres, au moins, si c'est possible, de la mesurer, de la graduer, et d'être prêt à en suspendre les effets. Mais si la tentation est l'effroi du moraliste, elle est la pierre de touche du philosophe. On a beaucoup discuté sur l'expérimentation psychologique. Le fait est qu'elle est de tous les moments et de toutes les circonstances. Nous faisons ou nous ébauchons une expérience non seulement toutes les fois que nous proposons n'importe quoi à n'importe qui, mais à chaque demande que nous adressons, à chaque parole qui provoque une réponse, à chaque acte qui provoque un acte, nous pouvons ainsi modifier plus ou moins sérieusement dans un sens donné les conditions d'existence d'un esprit, et le nombre de ces expériences finit par suppléer à leur imperfection qui est grande.

Ainsi petit à petit on arrive à dégager de l'observation et de l'expérience une foule de petites constatations qui nous permettent de compléter la variété d'une physionomie. Il y a sans doute aussi des tendances qui ne se développent jamais. Déposées en nous par les hasards de l'hérédité ou d'autres circonstances, elles attendent pour se montrer une occasion favorable qui n'arrive pas ou dont elles ne peuvent profiter. La loi de la sélection naturelle s'applique rigoureusement à elles. Que serait devenu le génie de tel peintre si quelque accident l'avait rendu aveugle à sa naissance? Peut-être un autre art l'aurait-il tenté, peut-être aussi rien n'aurait réveillé la force anéantie. Que de

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