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CE QUE SONT LES « CLÉS » CHINOISES

A mesure que s’accumulaient les nouveaux caractères dans la langue des Célestes, les lettrés s’inquiétaient des inconvénients qui devaient résulter d’une absence de classement méthodique parmi toutes ces images nécessaires à la transcription graphique d’une langue chaque jour enrichie. On se préoccupa donc d’un moyen de classification. Un ouvrage terminé en l’an 121 de notre ère, le Choûo wên codifia l’écriture, par le moyen des « clefs ».

L’auteur rassembla les 540 caractères primordiaux et en fit la base de son système. Il en dressa un tableau, en commençant par les plus simples, en finissant par les plus compliqués. Certains étaient idéologiques, d’autres idéo-phonétiques, d’autres encore purement phonétiques. Tels exigeaient un trait de pinceau, tels autres deux, trois, cinq, dix, quinze, dix-sep t traits de pinceau. Tous les caractères chinois étaient composés du mariage, plus ou moins complexe, de ces 540 signes essentiels. Dans la suite des temps, le travail de ce premier lexicographe fut retouché. On ajouta, on retrancha des clés. En l’an 1011, on ne

comptait plus que 206 clés, du fait ;du rattachement d’un bon nombre de clés anciennes à d’autres clés qui leur étaient parentes. Puis on revint à 543 clés, à 444, à 500, à 360, à 454, à 439, on monta à 707, on descendit à 85, on en vint à 93, on recula à 60. Enfin en 1616, on se fixa à 214 clés, et depuis cette époque, on s’en est tenu à ce nombre.

Pour bien faire comprendre les commentaires qui seront rassemblés ici au sujet de la clé des Maladies, il nous est indispensable de décrire ici quelques clés, parmi les 214 dont se servent les Chinois dans leurs dictionnaires depuis le xviie siècle. Citons la clé n° 7. Elle est composée de deux traits horizontaux superposés. Elle correspond aux idées de deux , — second, — répétition, etc. La clé de l’homme, clé n° 9, figure les deux jambes écartées d’un homme; la clé 17 : caverne, réceptacle est représentée par un carré dont le côté supérieur n’est pas tracé. La clé 30, qui est celle de la bouche, est composée d’un plus petit carré, déformation moderne du rond qui, jadis, figurait l’orifice d’une bouche prononçant notre lettre O; la clé 33 est composée du signe un superposé au signe dix. Elle a pour sens : lettré, savant , un homme qui en vaut dix. La clé 40, le toit , représente un toit de pagode. Elle signifie aussi couvert, asile, abri , refuge. La clé 46: montagne est l’image synthétique de trois cimes côte à côte. La clé 47, eau qui coule, s’exprime par trois rides aux brisures parallèles, en évocation

des rides de l’eau courante. La clé 48, qui signifie art , travail , artisan , c’est Y équerre des ouvriers; la clé 59, Zes plumes , orner s’exprime par trois traits obliques superposés : plumes retombantes. La clé 61, le cœur a la forme d’une enveloppe concave avec trois points alentour qui signifient trois ventricules (1). La clé 75, Yarbre représente le tronc, les branches horizontales et les basses branches inclinées vers le sol. La clé 85, Y eau figure, sous une forme différente de la clé 47, les rides de l’eau courante. La clé 86, le feu, ce sont trois flammes dansantes. La clé 102, c’est le champ : un carré avec deux transversales intérieures, évoquant les sillons et canaux d’irrigation, dans les rizières.

La clé 104 qui fait l’objet de la présente étude, est la clé des maladies : elle représente un homme couché dans son lit; la fclé 109, Y œil, fait image avec un œil et sa prunelle. La clé 118, le bambou, est exprimé par deux tiges de roseau et leurs feuilles pendantes. La clé 123, le mouton, est la dénaturation d’un ancien signe figuratif représentant l’animal désigné. La clé 128 est une oreille. Son sens est, en effet, oreille, anse de vase, entendre ; la clé 129, est une main tenant un calame : elle correspond à l’idée du pinceau pour écrire. La clé 130 nous montre de

(1) Longtemps, les Chinois, comme nous-mêmes d’ailleurs, estimèrent que le cœur ne comportait que trois cavités.

la viande coupée en petits morceaux dans un vase.

Elle veut dire chair , viande (1). La clé 140 qui exprime l’idée de Yherbe, de la plante est composée de deux brins d’herbe ramifiés. La clé 147, voir , regarder, etc., est constituée d’un œil d’où se détachent deux rayons. La parole, clé 149, est une bouche d’où s’échappent un à un, de petits traits horizontaux, les mots. La voiture , clé 159, c’est le corps carré d’un chariot, vu en plan, avec son noyau, et ses deux roues. La liqueur, clé 164,(2) c’est un vase avec son couvercle et, à l’intérieur, le niveau du liquide indiqué par un trait horizontal. Clé 173, la porte, figure les deux vanteaux de la porte chinoise. Clé 173, la pluie : le firmament, l’enveloppe céleste, et des gouttes de pluie tombant de part et d’autre d’un trait vertical. Clé 182, le vent : l’enveloppe céleste et un insecte, au souvenir des vents furieux qui, en Chine, entraînent dans les airs les petits animaux, insectes, etc. Clé 194, le démon, le fantôme , les mânes : l’image d’un être légendaire. Clé 203, noir , obscur , des flammes montant jusqu’à lécher le bord d’une fenêtre par où elles ressortent : le bord de la fenêtre reste noir après le passage de la flamme, etc.

(1) Les Chinois conservent de la viande boucanée dans des vases.

(2) Plus couramment : désignation d'heure chinoise (de 5 à 7 h. du soir).

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Ces diverses clés sont rangées par ordre de complication dans le tracé. Il suffit d’en avoir énoncé quelques-unes pour faire apprécier la nature de leur formation. C’est sous ces deux cent quatorze clés fondamentales que sont rangées les caractères chinois qui, tous, entrent en composition avec elles pour exprimer, avec une extrême variété graphique, la totalité des idées.

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