‹ Les caractères médicaux dans l'écriture chinoiseChapitre 6 sur 11 · LI : Dysenterie. Flux, diarrhée · texte numérisé non relu

LI : Dysenterie. Flux, diarrhée

(Figure 137)

Il serait en vérité imprudent de’chercher ici quelque explication étymologique. On s’égarerait volontiers On lirait l’élément épée (deux traits verticaux) comme faucille , et l’élément de gauche comme céréales , ce qui n’ajouterait pas grande lumière au sujet.

dans l’écriture chinoise 147

A moins que, non sans fantaisie, on ne prête aux anciens Chinois la pensée qui assimilerait au geste tranchant des faucilles parmi les récoltes, la douleur non moins tranchante, — la tranchée — qui accompagne le mal ici décrit. Mais, s’il nous est agréable de noter cette version, parce que nous-même et malgré notre parti pris de prudence, nous cédons à la tentation d’interpréter quand même, nous nous ferions reproche de ne pas prévenir le lecteur de tout ce qu’il y a de problématique dans une telle suggestion. A force de prêter de l’ingéniosité aux Chinois, nous ne voudrions pas qu’on nous fît le reproche d’en avoir plus qu’eux-mêmes.

MEI : Anxiété causant une maladie, mal provoqué par les soucis, langueur*

(Figure 138,)

C’est un emploi phonétique et qui n’appelle point de commentaires.

P I : Occlusion intestinale. Point de côté.

( Figure 139^

Ici encore, le désir d’expliquer à tout prix pourrait conduire à des déductions pour le moins osées. Nous en laisserons l’audace aux lecteurs à qui ne font pas peur les hypothèses sans fondement. A considérer que l’élément souscrit signifie négation, ne pas (la bouche avec le signe pou, ne pas), à se souvenir que la maladie p’i est celle de l’obstruction intestinale, chacun pourra imaginer à son gré en rapprochant les deux faits. Nous ne pouvons écrire à quelle conclusion rabelaisienne aboutira la confrontation des idées : mais chacun comprendra notre réserve.

P’i signifie aussi gastrite.

POU : Atrophie. Fatigué.

L’élément souscrit fig. 140, prononcé fôu, sert à désigner un homme qui est devenu père. Donc pas de

dans l’écriture chinoise

(Figure HO)

sens. Simple phonétique légèrement déformée, la prononciation fôu étant devenue pou après l’annexion au radical 104.

CHA : Choléra,

( Figure 141,1

Le signe souscrit chà, de même prononciation que la maladie elle-même, (figure 141) correspond à l’idée du sable, d’une grève découverte. On y voit en effet à gauche les deux gouttes d’eau qui, si fréquemment dans l’écriture chinoise, expriment l’idée de Veau, et à droite un groupe de traits signifiant sable (chào).

Par adjonction au radical m, cet élément ehà prend le sens de choléra. Ici encore deux possibilités : ou bien un emploi phonétique auquel on est venu par un raisonnement analogue à celui que nous avons exposé pour Kiào (figure 133) ou bien, le résultat d’une observation, consigné spirituellement. Le choléra, les maladies infectieuses et de caractère épidémique, se propagent avec une particulière rigueur lorsque les eaux sont basses dans les fleuves, c’est-à-dire (voyez le radical adjoint) lorsque Veau retirée laisse à découvert le sable. Alors, les miasmes, alors, les causes d’infection... l’explication est tentante à déduire. Les Chinois y ont-ils fixé leur pensée? Rien ne le prouve. Mais la présence d’un élément si descriptif encourage à croire qu’ils ont voulu associer, dans le caractère châ, l’idée de la maladie contagieuse et de l’une des causes qui la peuvent provoquer.

CHAN : Une souffrance qui fait frissonner.

Le frisson au début d’une fièvre.

Comment établir une analogie entre un mal de ce genre et le sens propre au radical souscrit, qui signifie : offenser son supérieur ? Un auteur élargit cette signification jusqu’à celle de peine , amertume , soit que l’offenseur ait regret de son acte, soit qu’il s’attende à en être châtié.

Mais encore ? Faut-il lier ce sens élargi : amertume , avec la nature du mal décrit par les Célestes dans la constitution du présent signe ? L’apparentement est possible. On voit en Chine, de déductions en déductions, marier des idées qui sont encore beaucoup moins cousines.

FAN îlBoutons de fièvre.!

(Figure 143)

Il n’y aurait pas d’étymologie possible si l’on considérait ici l’élément souscrit sous son sens de brave , hardi , vigoureux , ferme , vaillant. Mais n’est-il pas permis d’analyser le dit élément et d’y voir, fort

aisément, l’image même du mal que voulurent, par ce signe qualifier les Chinois ?

En décomposant on trouve en haut, trois petites croix qui dans l’écriture figurative répondent à l’idée de fleur , floraison. Deux suffisaient côte à côte pour exprimer cette idée. Dans la plupart des cas, toute évocation de la fleur se traduit par ces deux croix, dont le tracé n’est pas identique mais que, dans ce recueil, nous ne croyons pas devoir expliquer davantage. Les scribes, pour décrire plus complètement le visage où les petits boutons-fleurs, boutons de fièvre apparaissent, ont souligné l’idée de la floraison en ajoutant une troisième croix.

A la partie inférieure du signe, on voit un rectangle avec, intérieurement, deux traits horizontaux.

En dessous, solidaires de ce rectangle, deux petits traits obliques. C’est là une transcription moderne d’un signe antique qui représentait l’œil humain regardant de divers côtés, ainsi que l’exprimaient les traits obliques.

Si donc maintenant nous considérons l’élément souscrit dans la figure 143, nous y déchiffrons, d’ensemble, le sens suivant : Petits boutons , floraison épidermique que l’on voit sur le visage (lorsque l’on a de la fièvre). Avec adjonction du radical ni, le signe prend ainsi le caractère d’une maladie. Sans le radical ni, il recouvre son sens de brave, hardi, etc.

dans l’écriture chinoise

SIAO : Migraine, névralgie frontale.

(Figure \4A)

On a remarqué que, depuis un certain nombre de caractères, nous n’avons qu’assez rarement l’occasion de définir le sens du signe considéré, par la nature descriptive de l’élément souscrit. Nous ne prétendions point, au reste, forcer le génie des Chinois et, pour le plaisir de proposer à nos lecteurs des analyses plus ou moins pittoresques, décortiquer tous les signes de la clé 104 jusqu’à inventer pour chacun une explication figurative.

Qu’on veuille bien un instant généraliser la difficulté que nous éprouvons si souvent à expliquer autrement que par une phonétique. Il en va de même pour une multitude de caractères chinois, situés sous les 214 clés. Et c’est là une constatation qui détruit, insistons-y encore, une fable trop souvent répandue, selon laquelle l’écriture des Célestes ne serait qu’un ensemble de dessins expressifs, lisibles par l’image qu’ils portent en eux. Nous avons déjà eu l’occasion de constater

que bien des caractères ont été composés par l’utilisation d’éléments graphiques, possédant un sens profondément différent du sens qu’ils expriment lorsqu’ils sont conjugués avec d’autres éléments faisant le plus souvent fonction de radicaux. C’est le mécanisme, très souvent arbitraire, de la phonétique qui a servi les scribes embarrassés ou qui a confirmé sous le pinceau, la longue tradition consacrée par l’usage.

Nous avons cru devoir rouvrir ici cette parenthèse grammaticale pour bien faire comprendre à nos lecteurs qu’ils n’ont point lieu de nous taxer d’ignorance en nous voyant classer tant de signes dans la formation phonétique ; les obscurités que nous avons rencontrées sous la clé 104 et qui vont maintes fois encore revenir sous notre plume, sont communes à toutes les clés.

Pour en revenir au caractère siâo (migraine) nous y voyons, comme élément souscrit, un signe supérieur qui a pour sens petit (l’oiseau, petit, volant, ailes basses dans le ciel) puis, un signe inférieur qui est une dérivation d’un autre signe dont le sens est chair. Explication : petite chair (?) C’est-à-dire, par amplification... chinoise : petite chair pareille à grande chair. Exactement parlant : ressembler à son père, imiter, ressembler, pas dégénérer.

dans l’écriture chinoise

Voilà une hérédité singulièrement tirée par les cheveux. Et tous ces détours, nous conduisent... à un emploi phonétique, pur et simple.

SOUAN : Engourdissement, anesthésie, rhumatisme.

(Figure 145>

Phonétique. — • L’élément signifie : marcher avec dignité . Donc, aucun rapport avec la maladie.

TEOU : Petite vérole.

(Figure 146)

L’élément souscrit se prononce lui aussi téou , mais nous ne sommes pas ici en présence d’une phonétique puisque ce mot auxiliaire a la signification de haricot , petit pois. Sans qu’on puisse l’affirmer positivement, on peut prévoir une assimilation du haricot, du petit pois, avec les boutons de la petite vérole.

La formation antique du mot téou était celle d’un vase (figure 147) où l’on servait la viande, coupée en petits morceaux, et où l’on conservait les pois, les fèves, les vesces. Par extension, le terme affecté au

( Figure 147)

contenant a désigné le contenu. Le pois s’est appelé téou.

T OU : Calvitie.

(Figure 148 J

Voici une image expressive. A considérer l’élément

dans l’écriture chinoise 157

adjoint, on y voit (partie haute) le signe des céréales , et (partie basse) celui de l'homme. Et avec un peu de complaisance, on atteint à la pensée humoriste des Chinois.

Le signe des céréales, tel qu’il est ici présenté, prend généralement le sens de moissons finies , et par extension terre dégarnie de ses céréales.

Un homme qui offre l’aspect d’une terre dégarnie de ses céréales est assurément un chauve. Son crâne dénudé évoque ces prairies où est déjà passé le moissonneur. La calvitie est ainsi décrite fort joyeusement.

Le vocabulaire populaire français a imaginé une expression non moins comique, pour désigner le chauve, en faisant intervenir — on s’en souviendra — l’innocent cresson des fontaines.

T’ONG : Douleur.

(Figure 149)

L’élément souscrit se prononce yông. Ses sens prin-

cipaux sont : usage, se servir de, employer, parce que, au moyen de, — Dépense . Sa formation étymologique correspond à l’idée de l’éclosion des fleurs.

On ne peut s’expliquer quelle raison le fit adopter pour élément souscrit au radical ni, en correspondance à l’idée de la douleur. C’est une phonétique « par àcoup » peut-être, si l’on se souvient que le caractère yông, adjoint à d’autres éléments se prononce, dans plusieurs cas, Vông.

La ligne antique d’où est sorti l’élément qui accompagne ici le radical des maladies représentait, assez arbitrairement, une mèche de cheveux pincée à sa

partie inférieure par une boucle ou un lien. Il signifiait gonflement , renflement, en rappel du mouvement épanoui qu’affectent les cheveux maintenus, noués ensemble.

TCH’ANG : Gonflement

( Figure 150J

dans l’écriture chinoise

Médicalement, l’idée d’un gonflement — hydropisie, tuméfaction d’un abcès, etc... — a été transcrite par la conjugaison de ce signe lointainement descriptif et de la clé 104 (voir page 47, fig. 8).

TCHÈ : Stupidité, débilité mentale.

( Figure 151)

Nous avons, — notamment, en la figure 111, — eu l’occasion d’expliquer la formation du caractère correspondant à l’idée de flèche , javelot. Nous retrouvons ce caractère combiné avec celui de la bouche qui ne nous est pas moins connu. L’ensemble sous le radical ni signifie : stupidité. L’explication est ingénieuse. Quelqu’un qui est atteint de stupidité, s’exprime maladroitement, ne sait pas assembler ses idées, a un vocabulaire pauvre, et ne possède aucune sûreté dans la déduction. Ce qui sort de sa bouche manque le but, autant dire ne réussit pas à traduire ses pensées.

Cet infirme d’esprit est dans la situation d’un ar-

cher qui, tout en possédant la flèche, ne sait pas s’en servir.

Au contraire, l’homme mentalement sain possède une bouche d’où les paroles s’élancent comme des dards bien ajustés. Il persuade comme la flèche atteint la cible, en frappant l’adversaire par la justesse du raisonnement. Quiconque n’a ces qualités, est incapable de s’exprimer clairement, nettement. Et le « stupide » est, de tous ces mauvais manieurs du langage, le plus éprouvé, le plus caractérisé. Aussi le dit-on atteint de la maladie de la bouche inapte à décocher le mot.

TCHOUO : Engelure.

(Figure 152)

L’élément souscrit a le sens de : porc dont les deux pattes de devant sont entravées. Tout laisse entendre qu’il s’agit là seulement d’un emploi phonétique. Peut-être l’engelure fût-elle graphiquement représentée ainsi parce que les Chinois des campagnes,

dans l’écriture chinoise 161

pour atténuer la souffrance qu’elles provoquent, l’enduisent de graisse de porc.

Le signe du cochon , avec ou sans les pieds entravés, participe à la composition de beaucoup de caractères. On le trouve entre autres dans hoûn : cabinet d'aisances. Les porcs en effet, dans tout l’ex-empire, sont fréquemment chargés de certaines besognes de nettoyage. On retrouve le signe, sans entrave, dans le mot famille. Non qu’on puisse prétendre, ainsi qu’il a été assez naïvement écrit, que la présence du cochon dans le signe de la famille s’explique par le fait qu’une famille chinoise n’est pas considérée comme complète s’il n’y existe au moins un cochon (I) il convient de reconnaître que, chez les Célestes, le porc, dans la plupart des maisons, a le libre accès des appartements, ainsi qu’il advient du chien, en nos pays.

FEI : Enflure.

Fei est ici élément phonétique. C’est là une figure Asymétrique qui représente deux parties se tournant

le dos, et qui représente une idée d’opposition, de contradiction, de négation.

Kl: Indisposé.

(Figure 154^

Combiné avec le signe du cœur , l’élément phonétique kl signifie trouble. On peut admettre l’hypothèse assez vraisemblable qu’à une époque indéterminée, dans le travail de refonte générale des signes anciens, les scribes ont, pour exprimer la maladie d’ordre général : indisposé , utilisé le graphisme du signe rouble , en négligeant d’y adjoindre le cœur sous le radical ni.

(Figure 155j

dans l’écriture chinoise 163

Aucune explication plausible ne saurait être donnée de la formation du caractère k’iâng. On y voit l’ équerre qui, combinée avec un autre élément prend le sens de trou , vide , interstice.

K’IANG : Frisson.

(Ftgure 156;

Nous avons vu en étudiant le caractère lâo (figu re 37), que parmi les poisons les plus connus en Chine figurait l’or.

C’est ici le signe de l’or qui est souscrit au rad ical nt. Dans sa forme antique (figure 157) il représe ntait

(Ftgure 157)

quatre pépites enfouies sous la terre. Il n’est resté, dans le signe actuel, trace que de deux pépites figurées par les deux traits obliques.

La seule explication que pourrait, devant le mot: frisson, oser l’étymologiste, serait une généralisation à tous les frissons, de ce frisson mortel qu’éprouve l’empoisonné lorsqu’il a absorbé l’or. Nous ne donnons d’ailleurs cette formation que sous toutes réserves.

KO U : Mal invétéré.

( Figure 158>

Dans la figure 90, nous avons analysé le caractère : toute maladie chronique ou incurable. Une très grande similitude existe entre ce caractère et celui de la figure 158. L’élément de la figure 90 y est entouré d’un carré qui accentue, par son sens d'enclos, l’idée du signe circonscrit. Ce signe, on le sait, est constitué de deux parties : la croix dont le sens est dix et la bouche : ce qui a passé par dix bouches , ce qui est ancien, invétéré.

i> ans l’écriture chinoise

KOUAN : Mélancolie, lypémanie.

(Figure 159^

L’élément souscrit, signifie mandarin.

La mélancolie n’étant pas, que nous sachons, une maladie strictement réservée en Chine, aux seuls mandarins, il faut conclure à l’emploi phonétique.

LAI : Lèpre, eczéma.

(Figure 160>

Le signe lâi , — phonétique — représentait, aux temps antiques les épis barbus pendant autour de la tige, surtout lorsqu’il s’agissait d’une sorte d’orge dont le peuple alors se nourrissait presque exclusivement.

Le mot lâi aujourd’hui correspond à l’idée de venir , car, disent avec beaucoup de complaisance, les anciens

auteurs, les grains dont on se nourrit viennent eux

aussi du ciel. C’est une interprétation plutôt élastique que nous donnons comme curiosité, et aussi comme preuve de ce que certains philologues ne sont jamais embarrassés.

Si nous songions à adopter ici leurs souples méthodes, nous ajouterions bien volontiers : « Et la lèpre ? Elle vient aussi du ciel ? Et c’est bien pourquoi les Chinois l’ont désignée par ce caractère figure lâi ». Ce sont là des jeux charmants. Mais la version phonétique est de beaucoup plus rassurante.

Lin, fait excellemment image. Il signifie : bois , bosquet. On y voit en effet deux arbres côte à côte ; tronc, branches supérieures, branches retombantes. Avec le radical 104, ce bosquet devient la dysurie. Il y a là un

LIN : Dysurie.

(Figure 161;

dans l’écriture chinoise

mystère que nul ne percera jamais par les moyens du raisonnement le plus sagace. Nulle recherche à faire, d’ailleurs. Lin est phonétique.

MA : Grêlé. Engourdissement, anesthésie.

(Figure 162)

Nous voyons, en mâ, sous le radical ni, deux éléments semblables qui se traduisent par : filasse préparée, fibres textiles. Quel rapport avec l’engourdissement ? De plus savants que nous n’ont pu le préciser.

(Figure 163^

L’élément souscrit signifie colline , lettre explicative , conventionnelle . Il ne fait ici fonction que de phonétique et se prononce néue .

P EN G : Ménorragie, métrorragie.

(Figure 164)

La queue de l’oiseau fông — le phénix — était autrefois représentée par la figure 157. Cet oiseau

(Figure 165;

était appelé peng en certaines provinces. Depuis on a créé pour le désigner, plusieurs noms. L’élément ping a pris le sens de ami.

Il est ici phonétique uniquement.

dans l’écriture chinoise 169

WEI : Malade» infirme, impotent.

L’étymologie de l’élément souscrit est assez élégante. En haut, on y reconnaît les céréales et par extension la souplesse de la tige balancée par le vent. En bas, c’est la femme. D’ensemble le caractère signifie : le rôle de la femme est d’être souple et docile, et, par amplification : savoir souffrir, savoir endurer comme le fait la femme. Wëi est la maladie de celui qui est atteint depuis assez longtemps pour savoir souffrir sans s’étonner de son mal ni s’en plaindre. C’est l'infirme, c’est l 'impotent.

TS’OUEI : Affaibli, usé.

On rencontre sous la clé 104, en t'souéi , l’image, très déformée depuis sa formation primitive, du soldat, du satellite chinois, avec son uniforme composé d’un

( Figure 157>

habit ordinaire avec plastron qui, de loin désignait l’homme d’armes. D’où l’idée, d’uniforme et aussi, et surtout, celle d’accident subit, inopiné, de la fin inattendue, de la brusque mort, les guerriers étant exposés à trépasser dans le moment où ils s’y attendent le moins.

La maladie ts'ouéi est graphiquement représentée par l’emploi de ce signe aux sens si éloignés de l’idée d’affaiblissement et d’usure physique. Il faut la lire : maladie de quelqu’un, qui, tel le soldat, peut mourir d’un moment à l’autre. L’usure de ses organes, sa faiblesse ne condamnent-elles pas en effet le patient à une fin prochaine ?

YA : Enrouement, laryngite.

( Figure 168;

dans l’écriture chinoise

L’élément représente une équerre déformée en deux sens, d’où : laid , mal fait , difforme .

Phonétique.

Y U : Sang extravasé.

(Figure 169;

Yù souscrit est une contraction arbitraire du mot signifiant l’oiseau corneille. — Phonétique.

TCHONG : Ascite.

(Figure 170)

La formation très archaïque de l’élément

évoquait l’idée d’un homme debout sur le sol et s’efforçant de soulever la terre. Par extension : poids lourd. Faut-il en rester à la version phonétique ou supposer que les Chinois , décrivant l’hydropisie ont voulu se souvenir de cet homme décrit par le caractère d’antan, comme portant avec lui le poids d’un monde, en l’espèce, son ventre exagérément distendu?

FONG : Folie, manie.

( Figure 171)

Fông qui pourrait aussi, en ce caractère, être une phonétique représente l’enveloppe céleste avec, à l’intérieur, l’image stylisée d’un insecte. C’est : le vent , qui, selon les Célestes, engendre les insectes et les transporte d’un pays à l’autre.

Certains auteurs ont proposé pour justifier, dans le mot folie , fông , la présence du caractère vent , la version suivante : l’homme qui a du vent dans la tête, les idées en déroute, comme les insectes emportés par la bourrasque.

dans l’écriture chinoise

HEOU : Tache, verrue.

(Figure 172)

Héou est phonétique. Retenons en passant son sens propre : homme visant la cible avec une flèche lors du festival du Printemps (sens antique). Le sens moderne le plus généralement usité est celui de noblesse , marquis.

HO U AN : Souffrant, malade.

Hoüân souvent signifie changer , échanger . Il est phonétique à moins qu’on ne lise le caractère :

Situation d’une personne qui a échangé l'état ordinaire (santé) contre un autre état (maladie).

Kl : Rage, fureur.

(Figure 174)

Phonétique. — L’élément donne : entailler avec un couteau, une baguette aide-mémoire (analogue à nos baguettes de boulangers) et un homme. D’ensemble : homme présentant ses titres de propriété.

(Figure 175)

dans l’écriture chinoise

Kiâ , phonétique souscrite, signifie : faux , emprunté. Originairement, «avec deux peaux », avoir une peau d’emprunt.

LA : Mortel, funeste.

Figure très expressive. A gauche, dans l’élément, Y arbre lié à une certaine hauteur, et à côté de lui, deux traits verticaux qui sont une stylisation du couteau. C’est l’arbre que l’on a décidé d’abattre. Il est lié et déjà le bûcheron frappe à son pied. Encore un peu et le tronc s’abattra sur le sol. Il subit le sort funeste , il reçoit le coup mortel. La maladie mortelle est celle du patient qui, comme l’arbre symbolisé en la signe /a, verra bientôt s’approcher celle qui fauche sans pitié parmi les hommes.

P’IEN : Paralysie.

(Figure 177)

L’auxiliaire figure, sous une forme moderne très abrégée, l’inscription, la pancarte destinée à être placée au-dessus d’une porte. Ce signe prend aussi le sens d 'objet plat , ces inscriptions étant généralement gravées sur une tablette.

P'ien est ici phonétique.

T’OU : A bout de forces.

(Figure 178J

Le sens antique du signe souscrit, t'oû, n'a jamais

été expliqué. C’est l’un des assez rares caractères chinois où la science des analystes ait été complètement mise en déroute.

TSIOU : Ratatiné, contracté.

(Figure 179)

Ici encore l’image est des plus expressives. Nous connaissons, pour les avoir plusieurs fois rencontrés en quelques signes étudiés ici, les éléments des céréales et du feu. C’est eux que nous retrouvons accolés sous le radical nî dans le caractère qui signifie Tsiôu : ratatiné, contracté.

Le choix de ces éléments évoque l’idée des herbes recroquevillées aux mois d’été, lorsque sévit une excessive chaleur. Le feu du ciel brûle les céréales et, par extension, les végétaux. Un membre contracté est, dans l’esprit des scribes, assimilable aux brindilles désséchées sous le soleil estival.

YU : L'état d'un malade qui s’affaiblit.

De chaque côté d’un homme, représenté par deux écarts obliques et rejoints (figure 10), sont figurées deux mains. Ce signe, d’ensemble, a pour sens : tirer. Faut-il le lire ici : l’homme affaibli parce qu’il est émacié, tiré par le mal? Ou plutôt vaut-il mieux y voir la traduction de l’état épuisé d’un malade, assez privé de forces pour ne pouvoir se tenir debout qu’avec le secours de deux mains amies?

(Figure 186 >

YANG : Ulcère

( Figure 181 )

dans l’écriture chinoise

L’élément montre le soleil élevé au-dessus de l’horizon et dardant ses rayons. Il serait présomptueux de chercher à établir un lien entre ce signe et l’ulcère qu’il définit lorsqu’il est adjoint au radical 104.

Il ne joue ici, prononcé yâng lui-même, qu’un rôle phonétique.

YU : Guérison.

(Figure 182>

En ce signe, même difficulté que pour la figure 181. Le signe auxiliaire correspond à l’idée d’assembler quelques planches pour former un canot afin d’entreprendre un voyage sur l’eau.

Phonétique.

TCHENG : Nécrose, consomption.

Il y a ici à choisir entre deux interprétatio ns de l’élément adjoint. D’abord : aider , assister comme

(Figure 183>

ministre (les deux mains tenant la tablette de créance). D’où : dignité , règle , loi. Convenons que cette version, afférente à une forme très ancienne du signe tchcngt ne satisfait en aucune façon au problème posé.

Plus voisine de la vérité est la seconde hypothèse. Il y faut voir un objet tenu par deux mains et placé au-dessus du feu (les quatre petits traits accolés). Cet objet peu à peu se consume, se réduit, entamé par la flamme. Ainsi en va-t-il de l’os insensiblement rongé par la nécrose.

(Figure 184 >

dans l’écriture chinoise

Aucun sens défini. L’auxiliaire signifie grenier , magasin. Il y a là une origine phonétique : — ts'ang — évoluée en tch'ouang.

Kl EN : Angine.

(Figure 185;

Schématiquement figurée, c’est ici l’idée de deux brins de céréales, ou plus exactement de deux gerbes tenues par une seule main. D’où l’idée de fixer, de maintenir. Dans un sens encore plus étendu : réunion, ensemble.

Que viennent faire ces diverses significations dans le signe représentatif de l’angine? Il ne peut être question d’une phonétique puisque l’élément souscrit se prononce : ping.

Un missionnaire a cru possible l’explication suivante, qu’il a articulée devant nous et qu’il nous demande de ne publier que sous bénéfice de contrôle. Analogue à notre rhume des foins qui atteint les

moissonneurs lors des rentrées en granges, il existerait en Chine une sorte d’affection angineuse qui se propage surtout à la saison des moissons, parmi les travailleurs des champs (?)

KOUEI : Excroissance.

(Figure 186>

Le signe Kouèi , souscrit, a le sens de défunt , revenant, démon . Sa forme antique rappelait de très près l’image caricaturale d’un individu à très grosse tête, d’une sorte de diable légendaire. Le mot a pris aujourd’hui le sens de laideur et de malfaisance.

Il est, dans la figure 186, uniquement phonétique.

YI : Ensevelir.

A la partie supérieure de l’élément, on reconnaît l’homme, les bras écartés, emportant sous ses aisselles deux objets. La partie inférieure comporte le signe

(Figure 187)

représentatif de la terre. On ne saurait exactement définir la relation des deux signes dans cet ensemble. L’idée de sépulture y apparaît. Faut-il y voir aussi une allusion au transport à bras des cercueils jusqu’à la tombe?

Phonétique. — Kào signifie : pavillon élevé sur une substruction, le carré intermédiaire rappelant les dimensions et la forme de l’aire où est assis l’édifice.

KAO : Gale

(Figure 188)

K UE : Convulsions,

(Figure 189;

L'élément kûe pourrait être phonétique, cependant il comporte en lui-même des sens qui ne sont pas sans présenter quelque analogie avec la maladie : convulsions. Outre les sens : toux , asthme , il signifie suffocation. [On y voit à gauche une particule obstacle qui gêne, Yhaleine , figurée à droite. Il est présumable que les premiers scribes désireux de transposer sous leur pinceau l’idée des convulsions ont mal interprété — comme ils l’ont fait dans bien d’autres cas — la véritable nature de cette maladie, et qu’ils l’ont comprise comme une sorte de suffocation, de grave trouble respiratoire, provocateur, selon eux, des affections convulsives.

LIOU : Goitre, tumeur.

En soi-même, lioû qui peut être ici une phonétique signifie : s* arrêter, séjourner. Le carré inférieur repré-

dans l’écriture chinoise

( Figure 100;

sente un champ. Sa présence accentue l’idée : séjourner dans un lieu déterminé. On en peut déduire que les Chinois ont choisi ce signe pour exprimer figurativement le mal des goitreux et certaines tumeurs qui se prononçaient liou. De tous les caractères liou — et il en est un certain nombre — celui-là leur a paru le plus descriptif. Il exprime en somme le fait d’un dépôt produit sur un point du corps, soit sous la forme de tissus dans le cas du goitre, soit sous celle de pus dans celui d’un abcès.

KOUAN : User, épuiser*

( Figure 191 ;

Kouân, phonétique, se traduit par œillade , se faire signe des yeux, s’emparer de la pensée de quelqu’un en interrogeant son regard. La forme antique a été complètement dénaturée sous les pinceaux modernes. Il n’y a aucune relation avec la présente maladie.

Très complexe à l’origine, l’élément adjoint signifie: cruel , féroce... à la façon du tigre qui griffe Y homme (Le signe de l’homme a disparu du caractère actuel).

Les Célestes, pour qualifier la malaria, redoutable ennemie de l’homme obligé de vivre dans les marécages et les régions à eaux stagnantes, se sont souvenus du fauve qui, ainsi que la perfide fièvre palustre, vit caché sous les roseaux et griffe quiconque passe à son voisinage. Il n’est pas rare de voir représenter sur d’antiques peintures le génie des marais, par exten-

YAO : Malaria, Paludisme

( Figure 192;

dans l’écriture chinoise

sion, la fièvre malaria, sous l’apparence de quelques animal armé de griffes , rampant au milieu de bambous.

PAN : Cicatrice.

( Figure 193 J

C’est encore une phonétique. Pan signifie virer de bord au moyen de coups de rames répétés. Le sens le plus moderne est mode , manière.

SANG : Morve.

(Figure 194>

La phonétique sang est composée de trois mains et d’un arbre. Le sens en est : mûrier. Trois mains signifiant l’activité des femmes qui recueillent le feuilles de l’arbre pour les vers à soie. Pas de rapprochement possible, on le conçoit, avec la maladie de la morve, sang.

SAO : Démangeaisons, prurit.

(Figure 195/

Voici une amusante compensation de cette série de phonétiques. Dans la maladie sâo, nous voyons figurer comme élément souscrit le signe tsâo , qui représente la puce. En le décomposant on voit une main synthétisée sous la forme que nous venons d’étudier dans le mot sàng: morve. Mais cette fois le caprice ingénieux des Chinois y a ajouté, à gauche un point et à droite un petit trait vertical. Ce qui doit se lire ainsi : Le point, c’est l’endroit où l’on éprouve la sensation d’une piqûre. Mais déjà, au moment où l’on y regarde, la puce est plus loin,

insaisissable et rusée. Pour accentuer l’idée, au dessous est tracé le signe de l’insecte que nous connaissons pour l’avoir rencontré dans le mot fôngt fou (figure 171). D’ensemble, on doit lire : insecte qui se pose sur la main et qui pique.

Par extension, toute démangeaison, sdo, est traduite par ce graphique souscrit au radical ni.

CHEOÜ : Maigreur.

(Figure 196)

Ce caractère présente quelque analogie avec le caractère yù (figure 180) qui signifie l’état d’un malade s’affaiblissant. Mais ici le sens est maigreur et le graphique de l’homme est remplacé, entre les deux mains, par une verticale sous laquelle intervient l’autre stylisation de la main, celle des caractères sang et sào (figures 194 et 195).

L’élément ainsi composé se prononce seou et la recherche étymologique conduit au sens de : vieillard arrivé à Vâge où il faut faire du feu dans sa maison

La forme antique se configure en effet comme on le

voit en la figure 197. L’arcade représente la maison , les deux traits écartés et les deux points adjacents rappellent le /eu, et, en dessous c’est le dessin ancien de la main. D’ensemble : la main qui fait du feu dans la maison. Par amplification, le sens ci-dessus donné. Il faut mettre, sans doute, quelque bonne volonté à trouver un rapport entre cette transcription et le fait d’être maigre. Les Célestes associent souvent l’idée de grand âge et de grande maigreur. C’est là, vraisemblablement, la raison qui justifie la formation du caractère chéou.

SI : Excroissances charnues. Polypes»

(Figure 198)

dans l’écriture chinoise

L’auxiliaire, prononcé si, se traduit par respirer. Ce sens permet de croire qu’il n’y a point ici d’emploi strictement phonétique et que les scribes se sont souvenus de la théorie chinoise suivant laquelle ce qu’ils appellent « le souffle du cœur » sort et rentre par le nez. Nous voyons, en effet, à la partie inférieure, un élément qui représente le cœur : courbe rentrante et trois points (Longtemps en Chine on a cru, comme nous-même d’ailleurs, que le cœur ne comportait que trois cavités ; voir par ailleurs) .

A rapprocher cette étymologie de la maladie : polype , excroissances de chair , on découvre que cette maladie a été représentée par le graphique si, parce que les polypes du nez contrarient la respiration, empêchent la plénitude du souffle inspiré et expiré par les fosses nasales.

CHOUAI : Débile, caduc, cachexie malarienne.

L’élément représente,

à travers une série de

déformations graphiques qui ne permettent pas l’analyse, — un habit de paille que l’on revêt, dans certaines provinces de Chine, par temps pluvieux. La maladie chouài correspondant aussi à l’épuisement lent occasionné par les fièvres paludéennes, on est tenté de trouver son étymologie dans un rappel des maladies à caractère fébrile qui sévissent, en région marécageuse, parmi les paysans souvent vêtus d’un costume de roseaux?

TA : Tumeur, clou.

(Figure 200 >

Tâ , élément, se traduit par : pois, vesce , végétaux dont les rameaux s’unissent, s’enchevêtrent. Est-il fait allusion en ce caractère au travail des tissus poussant, se développant chaque jour un peu plus enchevêtrés dans la tumeur? — Ce n’est là qu’une hypothèse.

dans l’écriture chinoise 193

TIEN : Folie, frénésie.

Tchèn , élément, est un caractère d’origine taoïste qui signifie : le terme auquel aboutissent les pratiques taoïstes, c’est-à-dire, la purification de l’homme débarrassée de toute scorie, complètement éthérisé. On devient, par l’ascétisme, un tchèn jên , un homme pur. Ce caractère, dont la formation originelle est actuellement dissimulée sous les évolutions les plus compliquées représente la transformation de l’être humain en Génie, en modèle de Sagesse, en tabernacle de Pureté. Il a rapport à l’ascension vers le ciel pour y prendre place parmi les immortels, ascension obtenue par les moyens de la Vertu et... de l’Alchimie, notamment en faisant calciner du cinabre dont, au dire des Chinois, les vapeurs rendent immortels. Si l’on considère maintenant que cet élément est souscrit au radical ni, on peut donc le lire maladie du génie. Ce qui pourrait créer une sorte d’apparentement entre la conception que semblent se faire ainsi les Chinois de la folie, sœur du génie, et la

même pensée qui n’est pas sans avoir trouvé des échos fréquents dans l’opinion occidentale.

Le rapprochement est au moins curieux et valait la peine d’être retenu.

TSI : Amaigri, stérile.

( Figure 202)

À décomposer l’élément, on trouve : partie supérieure : les vertèbres emboitées en forme de colonne, et, partie inférieure : un signe qui est une simplification variante de la clé 130, jéou , signifiant chairP viande. Le sens figuratif est donc très clair. Maigre , amaigri : homme dont on peut voir la colonne vertébrale sous la peau. Par amplification, terre stérile; terre où l’on rencontre la roche à fleur de sol.

dans l'écriture chinoise 195

TS’OUO : Etat de maladie.

(Figure 2QZ)

T ch' à , élément adjoint, signifie désaccord. Sa forme primitive se ramenant à deux mains, l'une, les doigts dirigés en haut, l’autre les doigts retournés vers le sol, autant dire une main pendante, et l'autre ne l’aidant pas à se relever.

En conséquence : désaccord, manque d'union.

La maladie étant un désaccord dans l'individu, puisque l'un de ses organes ne consent plus à fonctionner régulièrement, d 'accord avec les autres organes, le caractère tch'à a pris place sous le radical 104 pour constituer le mot ts'oûo désignatif de toute indisposition, maladie, état de déséquilibre du corps humain.

YIN : Maladie du cœur.

Phonétique. — * Yin s'explique par : temps couvert, obscurité, ombre répandue sur le versant nord d’une vallée.

WEN : Maladie contagieuse, quelquefois

typhus.

(Figure 205 )

Phonétique. — Le sens de l’élément souscrit est : nourrir un prisonnier.

dans l’écriture chinoise 197

CHOU : Mélancolie.

(Figure 206.)

L’élément choù correspond à l’idée du rat, et généralement des rongeurs. Le caractère antique montrait d’une façon beaucoup plus précise la tête, la moustache roide du rat, et sa queue. Choù figure parmi les clés (clé numéro 208). Il fait aussi fonction de phonétique dans un seul cas usuel, celui qui nous occupe ici et qui signifie avec le radical nî : mélancolie. Pourtant certains auteurs expliquent mélancolie : mal secret de l’âme, caché profondément « comme un rat dans son trou ».

FEI : Mal incurable, estropié, décrépit.

L’élément souscrit se prononce fà. Il se traduit par décocher une flèche , et, par extension, a le sens de : toute émission , toute action d'une énergie latente.

Dans le caractère ancien original , il y avait effective ment une flèche.

(Figure 207)

Et le signe pouvait se lire ainsi :

Les deux éléments divergents supérieurs : idée d'écartement.

La ligne deux fois courbée à gauche : Tare.

La flèche remplaçant l’élément actuel droit : la flèche .

D’où : la flèche écartant le fil de l’arc avant d’être décochée.

Le mal incurable, le fait d’être estropié, la décrépitude ont-ils quelque rapport avec cette image déformée par les scribes? On ne peut répondre que par un hésitant : peut-être ! Toutefois il serait assez plausible d’admettre qu’un homme décrépit étant inapte à faire acte de force — notamment à tirer de l’arc, geste particulièrement expressif d’énergie — le complémentaire fà ait été donné au radical des maladies pour traduire son impuissance physique.

dans l’écriture chinoise 199

HOUANG : Jaunisse, ictère.

(Figure 208)

Comment désigner mieux la jaunisse que par l’emploi du signe houâng qui veut dire : /aune? Les Chinois ont adopté ce moyen fort simple et qui ne trompe pas. Ils l’ont renouvelé lorsqu’il ont voulu désigner le sou/re, où jaune est accolé à pierre. Quand ils ont voulu écrire breloque, ils ont écrit jaune et pierre précieuse, en souvenir sans doute de quelque tradition qui nous échappe. Nous comprenons encore moins quand ils désignent une anche, un ressort en associant les caractères jaune et bambou.

L’origine du houâng, jaune? Ce jaune est le ton de la terre labourée. Nous voyons donc dans ce caractère (partie inférieure) un carré avec transversales qui signifie le champ où a passé la charrue, la partie supérieure jouant le rôle de phonétique, se prononçant houâng, et représentant sous une forme antique, sans relation avec l’idée jaune : un homme portant une torche.

HOUO : Choléra.

( Figure 209 )

L’élément hoùo , ici phonétique, signifie pluie soudaine. La partie supérieure : pluie , constituée de 1° le firmament , V enveloppe du nuage , la verticale expressive de Vidée de tomber et les gouttes d'eau intervient dans beaucoup de mots chinois, tels que toutes sortes de pluie, le givre, le grésil, la neige, l’arc-en-ciel, le tonnerre, la rosée, le brouillard, la grêle, la foudre, l’empyrée, l’éclair, le nuage. C’est un caractère météorologique par excellence.

Quelle raison justifie sa présence auprès de tchouëi : oiseau à courte queuet sous le radical 104, pour correspondre à l’idée du choléra? L’introduction de cet élément complémentaire ne pourrait être expliquée sans commentaires superflus ici. Qu’on veuille bien retenir seulement que le scribe, fixant le graphique de la plus redoutable épidémie, l’a apparentée à ces maux qui tombent du ciel comme la pluie soudaine, sur les malheureux humains sans abri. Tous

dans l’écriture chinoise 201

sont atteints avant d’avoir pu se protéger. A rapprocher cette conception du caractère hoùo de celle qui détermina la formation de tels caractères relatifs aux épidémies et dont nous avons déjà parlé. La flèche traîtresse a été remplacée par la pluie dans la figure 201, mais le principe est assurément le même.

K’IUE : Boiter, boiteux.

(Figure 210;

L’élément en trois parties représente le radical de la force (clé 19), celui de la bouche (clé 30) et celui de la viande (clé 130). Ce signe viande peut être traduit : vase, enclos ou l’on met en petits morceaux de la viande boucanée, selon un antique usage chinois.

Dans l’ensemble, le caractère force prend le sens de muscle , de tendon. Ce qui nous conduit à l’interprétation suivante : distension (bouche), intervalle survenu, écart entre les tendons contrairement à

l’ordre naturel, eet accident ayant pour conséquence de déformer, de déplacer la viande, la chair et de provoquer la claudication.

LAI : Lèpre.

(Figure 211 )

L’élément lâi signifie s'appuyer sur , dépendre de, avantage , faire tort ou violence , nuire récuser. Il n’intervient comme phonétique que dans le mot lèpre.

LAO : Catarrhe. Phtisie.

( Figure 212 )

Nous avons déjà étudié (figure 37) le caractère lâo correspondant aux maladies de langueur et de

dans l’écriture chinoise 203

consomption. On a pu voir qu’à l’analyse il devait alors être lu : homme épuisant sa santé en travaillant trop longtemps sous la lampe deux fois allumée au cours de ses veilles studieuses.

Prononcé également lâo , ce même caractère afïère aux maladies catarrheuses, et aussi à la phtisie lorsqu’on y considère les deux lampes — exactement les signes du feu comme ils sont considérés d’autre part, dans le caractère t'ân (figure 35), avec le sens : pituite.

Il n’est plus, en ce cas, question que du crachat et de l’impression de brûlure que peuvent produire au passage de la gorge, certaines expectorations.

En outre, pourrait-on voir dans les deux signes du feu l’idée de consomption qui a valu aux phtisiques le nom d’ embrasés.

Par assimilation : la maladie lâo : catarrhe , phtisie , à cause des crachats qui y sont fréquents.

LE AO : Guérison.

(Figure 213)

Leâo peut aussi bien faire ici fonction de phoné-

tique que d’élément descriptif. Assurément il donne la prononciation et c’est, d’ailleurs une phonétique importante qui intervient dans des mots tels que soulever, cigale, circuit, phare, collègue, entraves, vue nette, camarade de promotion, Mandchourie. Mais ici, il y a quelque chance pour que leâo fasse image. Son sens exact est, en effet, sacrifice offert au Ciel, sur l’aire, après la moisson. On y retrouve, en effet, détruites plus qu’à demi, les formes antiques de l’aire, de la graine, et de la paille avec l’évocation du feu, le tout rappelant l’holocauste de prémices.

Et il n’est pas inutile de rappeler qu’en effet dans bien des cas, les Chinois font un sacrifice aux Immortels ou aux ancêtres lorsqu’ils relèvent de maladie. L’idée de la guérison put donc s’associer dans leur pensée avec celle du tribut d’hommages payé à la Divinité à la suite d’une heureuse circonstance, telle qu’un retour à la santé.

(Figure 214)

Lèi est une phonétique utilisée dans des mots tels que gros et grasf souliers ferrés , miroitement de l'eau , écureuily arbustef mulety etc. Il serait assez malaisé de démontrer les raisons d’assimilation qui ont pu faire choisir ce signe, dont le sens est : liert enlacer , pour la désignation des glandes scrofuleuses.

L’étymologie du mot lèi est de celles que nous pouvons, grâce à des éléments déjà étudiés ici, rendre claire en peu de mots. On y voit : partie supérieure : le champ avec ses canaux d’irrigation et partie inférieure ; le fil de soie. Le sens lier, agencer avec un lien découle de l’idée graphiquement exprimée : le lieu où s’exerce l’action du fil de soie utilisé pour rapprocher dans un même champ, dans une même liasse, des éléments divers.

LEO U : Fistule, notamment fistule à l’anus.

(Figure 215)

L’auxiliaire est composé de chè (clé 44) qui signifie corps et de gù (clé 173) qui signifie pluie.

L’élément chè , corps, participe à la composition de plus d’un terme relatif à des organes ou à des fonctions du corps humain. C’est ainsi que les excréments sont représentés par le riz inséré sur le signe chè. La force est insérée pour désigner le coccyx ; Veau, pour l’urine ; le poil pour la queue des animaux, etc... Ce chè représente, fort sommairement un homme assis.

D’autre part, c’est la pluie que nous connaissons.

Ceci acquis, quel est le sens descriptif de léou, fistule? Très vraisemblablement, celui d’une maladie localisée sous le corps en un point voisin de ceux que désignent les autres caractères où participe l’élément ché (clé 44) ; maladie qui s’accompagne d’un écoulement séreux, par extension d’une pluie,

P’I : Gastrite, affection, avidité, passion.

(Figure 216)

Pi, phonétique, se traduit par prince, loi, régir . Il

entre très fréquemment en composition. Originairement le signe se décomposait en : Celui qui ( k'èou , la bouche) prononce avec autorité sur les fautes commises par les criminels : d’où prince, juge, loi. Le signe a été très déformé, au moins dans son élément de gauche.

Il n’est plus ici que phonétique.

PIE : Ulcère.

(Figure 211)

Le sens de la phonétique pié est : use, hors d'usage , vil, sans valeur. La forme initiale représentait un haillon, une guenille par la figuration d’une étoffe criblée de solutions de continuité, de trous, une main (dessinée à droite) exprimant l’action de celui qui avait ainsi déchiré le tissu. Pié n’a ici qu’un rôle phonétique.

PIE : Contracté, atrophié.

(Figure 218)

La formation de ce caractère n’est indiquée ni par le dictionnaire de K’ang-hi, ni par aucun autre auteur.

Le seul caractère qui lui ressemble, dans K’ang-hi, est un caractère dont le sens est (pi, ou pei) : belle apparence, et nom de poisson. Ce caractère est le même que celui qui est souscrit au radical 104 (figure 218), avec, à droite en haut, l’adjonction des deux gouttes d'eau.

Donc, on peut admettre l’existence d’un ancien groupe, perdu aujourd’hui, et qui était représenté par l’élément souscrit dans le caractère qui nous occupe.

Ce groupe avait pour phonétique Y œil, et sa virgule à gauche en haut (partie supérieure de l’élément). Ce signe est la forme primitive de pi, nez (voir plus loin, chapitre relatif à divers organes page 260).

Pie n’est donc ici que phonétique.

dans l’écriture chinoise

SIE : diarrhée, déverser.

(Figure 210)

Sle dérive ici de yé et est probablement, en tant qu’élément-adjoint, l’image de sièt arranger, disposer les objets dans une maison, signe qui s’écrit de la même manière avec toutefois l’adjonction d’un toit (clé 40) qui a, sous le pinceau des scribes, disparu du présent auxiliaire.

Sans le toit, le signe a pour sens une pie. C’est dire qu’il fait fonction de phonétique en la figure 219.

SOU : Anesthésie.

(Figure 220)

Sôu, élément, se traduit par : paix, revivre. Il figure dans le présent signe pour lui donner divers sens dont le principal est anesthésie , engourdissement. Mais on peut le lire carie , nécrose , en de nombreux cas.

Etymologiquement, sôu est composé d’un épi , à droite, le poisson figuré à gauche n’ayant eu primitivement d’autre sens qu’un sens phonétique. C’est, dans le caractère qui nous occupe, comme phonétique qu’il intervient. Il est assez curieux pourtant de constater, sans se risquer à en tirer d’autres conséquences, que le sens paix correspond, bien que d’assez loin, au phénomène d’accalmie de la douleur qui se produit chez le malade, soit lorsque l’anesthésie est produite médicalement, soit lorsque le mal s’apaise, en un engourdissement momentané.

SOUAN : Alopécie séborrhéique.

Le caractère souscrit se prononce sien et est composé du poisson et du mouton , les deux sortes de

DANS L-’ÉCRUTIRE CHINOISE 211

chairs que les anciens mangeaient fraîches, tandis qu’ils boucanaient ou marinaient les autres. Le signe a donc pris le sens de frais. Est-ce à penser que les Chinois autrefois établissaient une relation entre le fait de manger des viandes non fraîches et celui d’être atteint d’herpès tonsurant? L’hypothèse n’est pas absolument contestable. Il est connu que dans la médecine des Célestes, certaines maladies sont réputées comme ayant une origine analogue, et comme provenant par conséquent, d’une alimentation défectueuse.

TAI : Leucorrhée, flux.

(Figure 222)

Rien plus qu’un sens phonétique. Tâi signifie ceinture, porter à la ceinture, porter sur soi. Les robes sont figurées par la retombée des lignes inférieures, et les lignes groupées au sommet représentant ou les rubans ou les colifichets. Tâi appartient à une série phonétique.

TAN : Consomption.

Faisant fonction de phonétique, fan s’explique par assaillir quelqu’un avec des cris. (Les cris sont représentés par les deux bouches) et une fourche (signe inférieur). Ce caractère a changé complètement de sens. Il répond aujourd’hui à l’idée de billet. Il entre, plus ou moins arbitrairement, dans la composition d’un certain nombre de mots tels que, saisir , épousseter, boulette , gris pommelé , craindre , corbeille , etc. C’est dire qu’il ne faut pas s’étonner de le voir ici prendre place, sans aucun rapport avec cette maladie, dans un caractère qui signifie consomption.

T* AN : Apoplexie, paralysie.

(Figure 224;

dans l’écriture chinoise 213

L’auxiliaire prononcé nân porte les sens de difficulté, peine, s'affliger. L’étymologie n’ajouterait rien de précis qui puisse nous servir à apparenter cet élément avec la maladie apoplexie. Il serait trop aisé d’écrire que, les apoplectiques ou les paralytiques éprouvant l’un et l’autre quelque gêne de leur état, les Chinois ont choisi nân pour qualifier t'ân. Le plus honnête est de reconnaître là encore une de ces nombreuses phonétiques qui, par leur présence, retirent aux amateurs d’étymologie pittoresque, le plaisir de découvrir, signe après signe, quelque amusante déduction. Le travail que nous avons entrepris sur le radical 104 nous a montré maints exemples de cette phonétisation. Et nous avons dit ça et là qu’à notre grand regret, il fallait que nous nous décidions à désillusionner ceux de nos lecteurs qui croyaient trouver une image parlante en chacun des caractères abordés. Il en va de même pour toutes les clés, de 1 à 214, et c’est bien la raison qui rend la langue chinoise si malaisée. D’ailleurs félicitons-nous. Sous la clé 104, les caractères figuratifs sont, en vérité, assez fréquents. Bien d’autres clés sont beaucoup plus déshéritées à cet égard. Si la clé ni avait été de celles à qui, dans la plupart des cas, est refusé l’agrément de « faire portrait d’idée », nous n’aurons certes pas entrepris ce travail.

TCHA : Croûte.

( Figure 225)

Tchà, phonétique, paraît dans les mots azerolier et son fruit , saisir , tenir , et dans croûte. Il n’a aucune relation de sens, pas plus avec l’un qu’avec l’autre.

TCHANG : Malaria.

(Figure 225)

L’élément tchang signifie page , pièce , morceau , élégant, règle, loi, paraître, manifeste. La partie supérieure représente un homme debout sur le sol, la artie inférieure, le matin .

dans l’écriture chinoise 215

TCHANG : Enflure, hydropisie.

( Figure 227 )

Nous avons déjà'vu tchâng , gonflement (figure 150) et expliqué que la ligne antique d’où est sorti l’élément qui occupe ici la droite du composé souscrit représentait une mèche de cheveux pincée à sa partie inférieure par une boucle ou par un lien. Il signifiait gonflement , renflement , en rappel du mouvement épanoui qu’affectent, disions-nous, les cheveux maintenus, noués ensemble.

Dans le présent caractère, et pour accentuer l’idée de Y enflure est ajouté le signe kông (clé 57), qui a pour sens arc, et intervient dans divers signes relatifs à l’acte de tendre , aux cordes de boyau , aux frontières , à^l 'arbalète, au verbe arquer , etc... Cet arc est, au reste, la figure même de l’ancien arc chinois, avec sa poignée médiane. Les graphiques antiques montraient l’arc bandé ou vibrant. On comprend son introduction dans le caractère tchâng , aux côtés du signe du gonflement. Il souligne l’importance de la dilatation

des tissus, distendus, en cas d’hydropisie, comme s’ils étaient tirés à la façon d’une corde d’arc.

TCH’EOU : Guérison.

(Figure 22S)

Leào , souscrit, se compose, en haut de deux ailes garnies de plumes, et en bas, d’une variante qui porte le même sens. En somme, trois ailes battant : battre des ailes, s’élever en volant. Il serait vraiment bien élégant que les Chinois, avec un esprit poétique exquis, aient intentionnellement associé ces trois ailes pour traduire l’idée d’une guérison. Guérir ? Pouvoir reprendre son essor vers la vie, vers la joie, vers le travail ! Et le reprendre avec un tel élan, avec un tel cœur que l’on se sente, comme l’on dit en Occident, « pousser des ailes » non point deux à la façon de tous les oiseaux, mais, miraculeusement, trois !!! Cette explication a ceci pour elle qu’aucune autre ne saurait

dans l’écriture chinoise

être offerte. Comme d’autre part leào n’est en aucune façon phonétique, ici, il n’est pas interdit de voir, en le caractère tch’èou , l’un de ces traits de génie qui rachèteraient, par leur beauté, bien des bourdes et des sottises imputables aux scribes trop pressés ou trop ignorants.

TCH’E : Stupidité.

(Figure 221)

L’élément yi, souscrit, se traduit par doute , soupçon, conjecturer , se défier. Faut-il comprendre : « Méfiezvous des gens stupides ? Doutez de ce qu’ils disent et promettent. Soupçonnez chacune de leurs paroles » ?

A considérer la moitié gauche de yî , on y voit en haut : volte-face, retourné, en bas : la flèche. Nous avons déjà vu la flèche figurer dans tsî (figure 111) calamités, afflictions et surtout dans tch’é, stupidité (figure 151). Quelqu’un qui est atteint de stupidité, fixions-nous, s’exprime maladroitement, ne sait pas assembler ses idées, a un vocabulaire pauvre, ne possède aucune

sûreté dans la déduction. Ce qui sort de sa bouche manque le but, autant dire ne réussit pas à traduire ses pensées. Cet infirme d’esprit est dans la situation d’un archer qui, tout en possédant la flèche, ne sait pas s’en servir. La présence, dans le caractère 228, de la flèche déjà rencontrée dans un signe qui est, lui aussi, relatif à la pauvreté de l’intelligence, permet d’expliquer dans une certaine mesure, et par assimilation, la formation composite de ce second tch’è.

TIEN : Démence.

( Figure 230>

Tien, phonétique, signifie verte x, sommet , secouer , tomber , ruine... et aussi, aller à Vamble. La démence peut-elle s’expliquer, à travers ces diverses traductions ? En poussant plus loin, on voit, à gauche dans cet élément : tchèn , vrai, et à droite : z/é, un homme , par extension : une tête. D’ensemble : tête de vérité. D’où tiiën : démence : tête qui n’a plus en elle la vérité, la raison (?)

dans l’écriture chinoise

TSI : Consomption.

(Figure 231 )

Le sens exact de tsî souscrit au radical ni est oblation, sacrifice. Dans la forme antique l’élément supérieur droit représentait une main prenant, à gauche, la viande pour l’offrir (partie inférieure) afin de faire descendre les influences d'en haut. L’intervention de tsl dans la figure 231 ne s’explique que par un emprunt phonétique.

T SI AO : Amaigri, décharné.

( Figure 232)

Ce mot prendmissi les sens de roussir , hâler, soucis , tristesse. Chacune de ces acceptions peut s’expliquer

par l’étymologie. On voit en effet, sous le radical 104, l’image du tchouéi (clé 172), l’oiseau à courte queue, par extension l’oiseau plumé , qu’accompagnent les quatre petits points représentatifs du feu. Par extension : flambé, roussi, cuit au feu, comme la volaille. D’où : tsiào : dans un état physique tel que la maigreur fait songer à l’aspect d’un oiseau trop longtemps maintenu sur le feu. Au moral, mélancolie, tristesse.

TSIE : Ulcère.

(Figure 233)

L’élément tsîe a pour sens : articulation, période, terme , tempérance. Il n’est ici que phonétique.

dans l’écriture chinoise

YANG : Démangeaison, prurit.

( Figure 284>

Dans yàng souscrit, on reconnaît, très ramassée sur elle-même, la figure du mouton avec ses cornes, ses pattes, son corps et sa queue qui se subdivise pour laisser place au signe inférieur. Ce signe inférieur est la forme contractée d’un caractère hiàng , signifiant la bonne odeur du riz cuit, et, plutôt encore, le grain de riz cuit.

D’ensemble ce signe soudé au signe mouton répond à l’idée de nourrir. Et un tel sens n’est pas sans donner quelque peu à réfléchir si l’on considère que dans la figure 234, l’élément auquel il correspond prend place pour désigner une maladie d’irritation de la peau, ainsi qu’une démangeaison, un prurit. On peut en effet croire que les Chinois, lors de la formation de ce caractère, avaient quelque vague idée de la nature parasitaire des affections de la peau, affections où des cryptogames rongent les tissus et, étymologiquement parlant, s’en nourrissent. Et cette simple constatation

ouvrirait des horizons plutôt inattendus sur les connaissances des antiques Chinois, jusques et y compris peut-être nos très modernes théories microbiennes.

Y IN G : Goitre, tumeur.

( Figure 235;

Dans l’élément souscrit, on voit, en haut, deux, figures semblables dont chacune représente un cauris , sorte de coquillage rond qui, enfilé, constitue des colliers, autrefois parure de toutes les femmes chinoises. Deux cauris côte à côte signifient donc collier et déjà cette explication serait suffisante pour justifier la formation de la figure 235, représentative du goitre. Mais l’adjoindre à l’élément inférieur lequel signifie femme enrichit admirablement le caractère que voici. En effet les deux cauris et la femme conjugués, signifient aussi, dans un sens très étendu, les tout petits enfants encore suspendus au cou de leur mère. Ainsi !•

dans l’écriture chinoise

goitre est-il poétiquement figuré par eet amas de chair informe et charmant, l’enfant nouveau-né, que la mère presse contre sa poitrine et jusque sous 6a gorge, comme un collier précieux.

YIN : Vice, passion invétérée.

( Figure 2St)

L’élément ytn signifie : retiré , caché , vie privée , énigme.

Ses sens plus étendus sont affection , compassion. C’est vraisemblablement dans les quatre premières traductions qu’il faudrait chercher un rapport d’idée avec le mot gin : vice , passion invétérée , si toutefois l’emploi de gin n’était uniquement phonétique. Il est possible que les Chinois aient utilisé cet élément pour désigner le vice, l’habitude plus ou moins honteuse que l’on dissimule de son mieux, que l’on cache au fond de soi, qui se donne libre cours loin de la vue des hommes, et qui pour beaucoup reste une énigme, une chose inconnue. L’étymologie encouragerait dans une

certaine mesure à cette interprétation. On voit, en effet, quelques éléments dans le signe yin qui s’apparentent à l’idée de passion , et notamment au mot ngâi , amour qui a en commun avec yin les signes de la griffe (partie supérieure) et du cœur (partie inférieure). On y voit aussi la main , élément plus que suffisant pour permettre la lecture, incomplète d’ailleurs.

Le cœur et la main conduits irrésistiblement par une griffe tenace vers les mauvaises actions qui caractérisent le vice, la passion invétérée.

YONG : Ulcère malin.

(Figure 237 )

Yong n’est que phonétique. Ses sens usuels sont bergeronnette , chant , harmonie.

dans l’écriture chinoise

SOU : Tousser, expectorer.

(Figure 2ZS)

L’élément sôu est généralement considéré ici comme phonétique. Il faut admettre qu’il donne aussi un sens au caractère de la figure 238. En effet, à le décomposer, on trouve, à gauche l’image d’un arbre entouré, ce qui signifie dans un sens élargi : lier , nouer. Et à droite, on trouve un complément dont le sens est souffle. D’ensemble, le signe se traduit, seôu , ou sôu , tousser, autant dire, souffle qui se dénoue, qui se libère. Lorsque la toux n’est pas accidentelle, quand elle est conséquence de maladie, on adjoint au graphique ci-dessus analysé, le radical 104 qui caractérise l’affection.

Les mêmes éléments, arbre entouré et souffle apparaissent dans le mot rincer. Il leur est alors adjoint ou le signe de la bouche , ou celui de Veau.

Par ailleurs ces éléments sont phonétiques dans crible , légumes , et le verbe se hâter.

T’SI : Etat maladif.

(Figure 239)

L'élément Vsi est la clé 210, avec, pour sens, ordre , harmonie , régularité , complet , parfait , ensemble . Le signe antique représentait trois épis d’égale hauteur dans un champ de blé. On peut juger par cette étymologie des modifications que subit le signe depuis son origine. L’état maladif est celui où quelque désordre est apporté à l’état harmonique du corps en temps ordinaire. Donc, ici comme dans le signe précédent l’élément souscrit a une fonction double : il est à la fois phonétique et descriptif.

CHOU AI : Faible à la suite de maladie.

Le signe chouai, par lui-même, représente l'idée des habits de paille que révètent les paysans en temps de pluie. Ces vêtements étant d’une durée plutôt courte, du fait même de leur constitution. Le signe s’est élargi jusqu’au sens de décrépitude, décadence. (Nous avons vu ce signe intervenir dans un mot relatif à la cachexie malarienne). L’état de faiblesse d’un malade se peut représenter parl’emploidece signe chouai souscrit au radical ni.

TSIE : Petit bouton.

(Figure 241)

Tste , nous l’avons vu, signifie article , articulation, et aussi période..., et encore tempérance. Les petits boutons dont il s’agit ici sont-ils le résultat d'éruptions qui se localisent autour des articulations, ou de nature périodique, ou encore provoqués par une intempérance dont nous ignorons la forme ? On ne peut que proposer sans répondre.

TCHENG : Maladie de l’abdomen Obstruction de l’intestin.

Tchèng se traduit : signe , preuve , effet, manifester , attester, prouver , exiger , /axer, citer , etc. Certains auteurs, outre les sens de maladie de l'abdomen et obstruction de l'intestin (dans le cas où ce tchèng est souscrit au radical 104) ajoutent les sens de calcul, pierre.

Tchèng est ici phonétique.

NI AO : Fièvres diverses.

(Figure 243)

Les sens du niâo souscrit sont : brutalité , tyrannie ,

dans l’écriture chinoise 229

féroce , cruel . Prononcé mdo ou ydo, cet élément est ici phonétique. On y voit la clé 141, qui est celle du tigre. Le caractère yao lui-même se lit : tigre griffant un homme. La griffe est en bas ; l’homme a disparu. Il est assez curieux de remarquer que plusieurs lois nous avons vu associer, en graphisme chinois, l’idée du tigre caché dans l’herbe, ou du tigre féroce, et l’idée de la fièvre, notamment lorsqu’il s’agit de fièvres paludéennes.

LEOU : Ulcère. Tumeur purulente.

( Figure 236 >

Maintes fois nous avons déjà rencontré des signes relatifs aux boutons, bubons inguinaux, abcès, ulcères, tumeurs purulentes, etc. A notre vif regret, il nous est impossible de préciser de quelles natures sont ces diverses affections. Sans aucun doute, chacun des signes rencontrés a trait à un mal déterminé. Mais les résidents eux-mêmes en Chine, les médecins européens, inter-

rogés sur ces variétés, déclarent n’avoir jamais su les différencier par leurs représentations graphiques. Les Chinois eux-mêmes, disent-ils, volontiers s’y égarent, pour la raison que tel signe dans telle région désigne telle sorte d’éruption, alors que dans la région voisine le même mal est représenté sous un autre aspect. Nous ne pouvons donc que donner un sens généralisé, laissant à de patients classificateurs le soin de tirer, sur place et s’il est possible, cette série d’obscurités au clair.

Leôa souscrit représente une femme séquestrée, enfermée dans la prison du gynécée, et désormais, oisive, inutile. Aucun rapport avec la maladie dont il s’agit. Cependant, il est certains cas où le signe leôu prend le sens de tumulus. Par assimilation les Chinois auraient-ils rapproché la forme du tumulus de celle de certains ulcères offrant des protubérances ? C’est une hypothèse, et rien plus. Nous inclinons bien plutôt vers un simple emploi phonétique.

MOUO : Détresse du peuple.

(Figure 245;

dans l’écriture chinoise 231

Moùo représente le soleil disparaissant à l'horizon, dans les herbes. Il faut lire pourtant ce caractère avec un sens plus étendu lorsqu’il est souscrit à la clé 104. Il signifie alors que les branches des arbres sont si peu garnies de feuilles, que les récoltes sont si peu abondantes, qu’au crépuscule, on peut voir, à travers la forêt, comme à travers les épis du champ, le soleil descendre à l’horizon. Dans les années fécondes, le soleil disparaît derrière le rideau épais des herbes hautes qui portent la nourriture du peuple. Dans les années de disette, au contraire les trésors de la terre sont si clairsemés que l’on peut, du regard, accompagner l’astre jusqu’à ce qu’il passe sous l’horizon.

Ajoutons que l’élément moùo a pris le sens moderne de la négative , et aussi celui de tarder à mûrir. Voici plus d’éléments qu’il nous en faut pour identifier la figure 245. La détresse du peuple est à son comble lorsque se réalise le moùo redoutable. Maigre récolte laisse filtrer les rayons solaires, et c’est la misère pour tous.

T’AN : Impétigo. Dartre.

( Figure 246,1

Tan représente le grenier qu’on peut examiner à la lumière du jour, c’est-à-dire dans lequel aucun grain n’a été volé. Par extension : honnêteté, probité.

T’ân est ici phonétique.

HO U El : Toute maladie dangereuse.

(Figure 241)

Houéi est ici phonétique. Son sens usuel est: réunir réunion .

TS’QUNG : Maladie des petits enfants Sorte d’indigestion.

(Figure 248)

Ts'ông signifie céder , suivre , se conformer. C’est dire qu’il est phonétique en ts'oûng indigestion.

dans l’écriture chinoise

HIEN : Convulsions, accès intermittent.

Le radical souscrit est des plus imagé. Prononcé Kien , il représente une porte dans la baie de laquelle brille la lumière de la lune. Clair de lune à travers une ouverture. D’où : intervalle. La maladie hiên ne se produit que par intervalles, par intermittences. C’est la convulsion. C’est tout accès. Le signe hien (figure 249) à Canton, est couramment employé pour qualifier Yépilepsie.

P’ AN : Prolapsus de Putérus. Obésité.

Et (à Canton) : Placenta.

(Figure 249 )

(Figure 250)

On ne discerne vraiment pas les raisons qui ont pu faire de fân , — sinon des raisons phonétiques — l’auxiliaire souscrit du caractère p’ân. Fân représente Y empreinte des ongles d’un animal augmentée de celle de la plante des pieds (d’un être humain, sans doute). P’ an au contraire, signifie prolapsus de V utérus , obésité, ou placenta. Fân a le sens de une fois , un tourt étran ger, barbare (1).

LEAO : Soigner, guérir, résister au progrès de la maladie par ses propres forces.

(Figure 251)

Phonétique.

(1) Après un mois, le fœtus ressemble à une goutte d'eau ; après le deuxième mois, il est comparable à une fleur de pêcher ; après le troisième mois, le sexe peut être discerné ; après le quatrième mois, le fœtus a une forme humaine ; après le cinquième mois, les os et les jointures se distinguent aisément ; après le sixième mois, les cheveux ont acquis un certain développement ; après le septième mois, la main droite remue à gauche du sein maternel, si c’est un garçon ; après le huitième mois, la main gauche remue à droite, s'il s’agit d’une fille ; à la fin du neuvième mois, lorsqu’on palpe le ventre, on voit qu’il se produit trois changements dans la position du fœtus » enfin, ajoutent les Chinois avec une certaine candeur, au commencement du dixième mois, l’enfant est complètement développé.

dans l’écriture chinoise 235

Le signe leâo se traduit : sacrifice offert aux immortels, sur l’aire, après la moisson. Ce signe est dérivé de /eu, et d’une forme ancienne du mot sincère , aujourd’hui très contractée. Ceci laisse entendre le sens : « En sacrifiant au ciel, la foi est le plus grand point ». Faut-il voir dans l’emploi de ce leâo une stricte phonétique ou bien — la version est séduisante : état d’un malade qui a assez foi en lui-même pour obtenir sa guérison à force de volonté ?

LEI : Scrofule, le mal du roi, écrouelle.

(Figure 252)

Phonétique. Lei signifie : lier , agencert avec un lien une quantité d’objets.

LONG : Infirme, retour d’âge.

(Figure 253)

L’élément long n’est pas ici que phonétique. Sa partie supérieure a pour sens : descendre , et sa partie inférieure : croître , monter. C’est-à-dire : ce qui est né venu au monde, est destiné à croître, à grandir, à s’élever, et à atteindre un maximum de perfection, après quoi survient le temps de la décroissance, du déclin. La maladie long marque le moment où ce déclin commence.

LEI : Petits boutons.

(Figure 254J

Le z, élément, figure le tonnerre .

C’est donc ici un emploi phonétique.

dans l’écriture chinoise

Page 1