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IV. — Les facteurs sociaux

Comme il fallait le présumer, un certain nombre de facteurs d'ordre exclusivement psycholoiiique, interviennent pour renforcer les caractères nationaux. Au premier rang, il convient de placer rimilation, l'intimidation sociale et la suggestion.

L'intluence de limitation a été bien mise en relief dans le livre si personnel de Tarde sur Les Lois de F Imitation.

Il n'est pas nécessaire d'insister sur le rôle joué dans la constitution des mœurs par cet instinct d'imitation si développé chez l'enfant.

On peut y trouver la source des réactions sociales les plus diverses. Elle exerce son action dans tous les domaines, qu'il s'agisse des habitudes et des pratiques riluéliques consacrées par l'usage ou des modes relatives à l'usage des meubles, des vêtements ou de la parure.

La valeur de l'éducation dans la formation du caractère a été plus tliscutée. D'après de nombreux exemples contemporains, il n'apparaît pas i[u'elle ait réalisé les espérances de ceux qui en attendaient la transformation des sentiments et des tendances des peuples qu'ils avaient annexés.

Les instituteurs allemands ne sont arrivés à modifier ni les croyances, ni les tendances, ni les réactions répulsives des enfants alsaciens, polonais ou danois qui leur étaient confiés.

Les éducateurs hongrois n'ont pas obtenu de résultats plus probants en Transylvanie. C'est que l'éducation n'est douée d'une réelle elïicacité que si elle se propose le développement et la culture des aptitudes naturelles, conformes aux besoins et à futilité de la race. L'éducation scolaire, quand elle se heurte à des caractères si antagonistes, loin de les atténuer, semble au contraire avoir pour principal résultat de les renforcer.

La seule éducation profitable est celle dont le but est désintéressé. Par contre, l'intervention des éducateurs est radicalement impuissante quand elle se propose de modifier chez l'enfant le tempérament et le caractère de la race. Quelle chimère que d'espérer triompher par des interventions scolaires des tendances profondément enracinées qui émanent des instincts spécificjues !

Il en est de même de la langue, qui ne sutfit |)as pour assurer la compréhension réciproque de races opposées, parceque aux mêmes expressions ne correspondent pas les mêmes sentiments. Quelques exemples suffiront à le démontrer.

Ainsi, de l'allemand Land, qui signifie terre cultivable, nous avons fait landes, pays stérile. Le mot Ross, en allemand, désigne un cheval de race ; il est devenu, en français, le cheval etïlanqué que l'on qualilie de rosse. De Heir, un seigneur, et par extension un monsieur, nous avons fait le pauvre hère. Délicatesse est devenu chez les Allemands les Delicatesseîi, grossiers aliments de gourmandise.

LES CARACTKKKS NATIONAUX o7

Quant à riiitimidalioii social(% dont la production apparaît soumise aux mêmes lois que celles qui président à la production des étals de rhy|)Fio(isme, il n'es! pas «louleux qu'elle conslilue une manifestation importante de l'inMuence de la masse sur les individus (jui la composent.

Les conditions de l'intimidation sociale et celles de l'hypnotisme, comuK^ je l'ai démontré dans un travail paru en 1908, sont analogues en ce qu'elles n'exigent pas seulement de l'hypnolisé ou de l'intimidé le consentement mental, mais aussi le consentement organique (1). C'est ce qui explique la puissance de la résistance opposée par les individus d'une race déterminée à toute iniluence mentale exercée par ceux d'une race hostile ou antagoniste. On ne saurait donc concevoir la possibilité d'une suggestion hypnotique de la part d'un Anglais sur un Sinn-Feiner irlandais, d'un Serbe sur un liulgare, d'un Allemand sur un Alsacien, d'un Turc sur un Arménien.

De toutes les races, celle dont la puissance d'hypnolisation à l'égard des autres est le plus limitée est assurément la race allemande. A aucun point de vue la nature n'a doté l'Allemand du pouvoir d'hypnotiser, pas plus que de charmer. C'est justement par ce qu'il s'en est rendu compte qu'il a mis l'intimidation par la cruauté au premier rang de ses procédés d'action.

Les études scienlifi(|ues sur l'hypnotisme, dont l'origine ne remonte pas à i)lus d'un demi-siècle, ont fait connaître un nouveau mode d'action sociale dont l'importance ne saurait passer sous silence. En révélant la facilité avec laquelle on peut provoquer chez la grande majoritédes êtres humains (dans la proportion de 80 0/Oj, par l'hypnotisme, la suspension d'activités mentales, d'où résulte l'apparition d'un état d'automatisme spécial, elle nous a démontré le mécanisme de l'intimidation sociale.

Si des suggestions imposées par nous à des individus isolés peuvent produire de tels effets, quelle ne sera pas la puissance des suggestions émanant de la société tout entière.

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