VII. — Instinct de combativité
L'instinct de combativité se rattache au groupe des instincts que j'ai désignés, dans une classification, sous le nom (ï instincts d'accroissement personnel. Ils peuvent être, d'après leur apparition, rangés dans Tordre -Suivant :
a) Instinct de vanité ou d'approbation ;
b) Instinct de propriété;
c) Instinct de combativité ou de domination.
L'instinct de combativité a de particulier qu'il est, dans toutes les espèces supérieures, un des apanages les plus caractéristiques du sexe masculin. Il est donc en rapport direct avec l'intégrité et l'activité de la fonction sexuelle.
Pour Darwin, la « loi du combat » par laquelle le mâle est tenu de lutter pour s'assurer la possession des femelles, se retrouve dans toute la grande classe des mammifères. Il considère, avec un grand nombre de naturalistes, que la supériorité reconnue du mâle par sa taille, sa force, son courage, ses armes offensives spéciales, ses moyens particuliers de défense, a été acquise, puis fixée par la sélection sexuelle.
Il n'est pas douteux que pendant d'innombrables générations, la principale fonction du mâle, après la lutte pour la possession des femelles, a du être de combattre pour défendre ses femmes et ses entants contre les ennemis de tout genre. A la force il a dû nécessairement associer le concours de toutes les facultés mentales supérieures, l'observation, la comparaison, l'invention. C'est ainsi qu'il est arrivé à éviter les pièges de l'onnemi, à inventer et à fabriquer des armes, à utiliser les accidents du terrain et les constructions favorables à la résistance.
Parallèlement à l'évolution qui s'opérait chez l'homme, les autres mammifères du sexe mâle, soumis aux mêmes obligations, ont vu se développer les attributs de la force, du courage et de l'endurance.
L'influence excitante des glandes séminales est si puissante qu'elle donne lieu, aux époques du rut, à des combats furieux entre les mâles. Ces luttes s'observent particulièrement chez les cerfs et les autres animaux pourvus de défenses ou de cornes. Les conducteurs d'éléphants, de dromadaires, de chameaux, ont fréquemment à se plaindre, dans les mêmes périodes, des accès de fureur de ces animaux.
Ces dispositions n'ont cessé d'être utilisées en vue de certains spectacles ou de jeux du cirque. Dans les combats d'ours, de matins, de coqs, si fréquents autrefois en Angleterre et en France, les champions étaient choisis parmi des mâles sélectionnés et entraînés pour la lutte. Il en est de même, en Espagne pour les courses de taureaux.
Les explorateurs et les chasseurs connaissent le danger qui résulte de la rencontre des mâles, lorsqu'ils sont excités par des blessures qui ne paralysent pas leurs moyens de défense.
LES CARACTÈHES NATIONAUX 33
La vue et l'odeur du sang agissent comme des excitants spéciaux de l'instinct de combativité. Certains aliments sont doués de la propriété de provoquer une exaltation passagvre de ce même instinct.
Les Allemands ont eu les premiers l'idée de recourir à un excitant artificiel pour augmenter la puissance agressive de leurs soldats dans la bataille. Au moment des grands assauts, les généraux ordonnaient la distribution de rasades d'un dop[)ing inspiré de la liqueur d'Hoiïmann. Cet excitant composé d'un mélange de rhum, d'étlier et d'arrak, était désigné sous le nom de «. mélange du kronprinz ».
Des stimulants plus honorables et plus légitimes de l'instinct de combativité résident dans les interventions d'ordre suggestif, telles que les exhortations des chefs, les proclamations, les évocations à l'honneur et les chants de guerre.
Après les élégies, les poésies guerrières de Tyrtée et les odes de Pindare, le Chant du Départ, de Marie-.Joseph Chénier, et la Marseillaise^ de Rouget de l'Isle, ont réalisé, à ce point de vue, ce qu'il y avait de plus éloquent et de i)lus entraînant.
Dans les concours sportifs et dans les luttes d'adresse et de force, la présence et l'approbation des femmes constituent également un stimulant des plus puissants.
C'est que, venant s'ajouter aux lauriers et aux bénéfices matériels que comporte la victoire, la conquête du sexe faible ne constitue pas la récompense la moins recherchée des vainqueurs. A ce point de vue, dans l'espèce humaine, les résultats ne sont pas dilTéreiits de ce qui se passe chez les oiseaux et chez les autres mammifères. Des femmes normales et de bonne race ne sauraient éprouver d'attrait affectif que pour des hommes robustes, nobles et vaillants. ^
Malgré divers exemples historiques, la manifestation, chez la femme, de l'instinct de combativité, ne doit être considérée que comme un fait exceptionnel. Cet instinct est essentiellement |»lacé sous la dépendance de la fonction sexuelle de l'homme, etdié aux attributs physiques et psychologiques de sa virilité (fig. i4).
Le terme de « poilu )' si spontanément attribué aux plus héroïques de nos défenseurs n'a fait que consacrer la persistance indéniable, dajis notre race, d'un des caractères les mieux fixés de la vaillance combative.
Il n'en pouvait être différemment. Les faits d'ordre expérimental ont d'ailleurs toujours confirmé, de la façon la plus explicite, les observations des naturalistes.
Chez les individus soumis, avant l'âge de la puberté, à l'émasculation totale, le plus souvent dans un but d'utilisation sociale, chez les Chanteurs castrats, de la Renaissance, et chez les Eunuques, de l'Orient et de la Chine, on a toujours constaté, avec la régression des attributs physiques et mentaux de la virilité, l'abolition complète de l'instinct de combativité. On a également signalé la disparition des qualités de noblesse, de dignité, de résistance et de courage qui s'y rattachent.
EDGAR BtRlLLON
La castration des animaux raàles. courante dans la pratique vétérinaire, cuntirme la dépendance réciprorpie de l'instinct de combativité de celui de reproduction.
Il n'y a pas d'expérience psycholoizique dont la rigueur soit plus scientifique que celle qui consiste à réaliser l'extirpation des glandes séminales
FiG. 13. — Le Poilu fianrai^ de 1018. Dessin 'le Simon, extrait île Vlllustratioii.^
chez les mammifères. 11 n'en est pas dont les résultats soient plus constants ni plus probants.
Dès qu'ils ont subi ro[)ération de l'émasculation, les animaux tendent à se rapprocher, par leurs formes, leurs attributs et leurs dispositions mentales, des femelles de leur espèce. Leurs tissus se libèrent de l'imprégnatioD séminale et, par suite, de l'odeur si pénétrante qui les rendait impropres à la consommation: mais en même temps, ils sont dépossédés des qualités décourage et de combativité.
Par l'atrophie chirurgicale de ses organes générateurs, l'étalon le plus indomptable est transformé en un hongre docile et dépourvu de réactions agressives. Le taureau châtré devient le bœuf placide, fonctionnaire honnêtement asservi à ses obligations coutumières.
LES (ARACTKRES NATIONAIX
lieduutable par sa vaillance autant que par la soudaineté de ses attaques, le bélier, dépossédé de ses organes sexuels, revêt la physionomie si déconcertante et si stupidement apeurée du « pacifiste hélant ».
Emasculés, le chien et le chat, après la dispaiilion do. Icuis instincts de courage ou de chasse, ne représentent plus que de nonchalants [)arasites. La crête du coq chaponné se décolore et se fléliit ; ses é|jerons s'atrophient, sa voix de clairon s'éteint. Privé des attributs dont il tirait tant de présomption et de gloire, il s'abandonne à l'eui^raissement, n'attachant plus aucun prix à la considération des poules.
La valeur de l'instinct de combativité liée, chez le mâle à l'intégrité des fonctions génératrices, dépend également de la pureté de la race.
L'impoitance des qualités organiques pour la l'éalisalion (^t la pi'olongati(jn de certains efforts imposés par les conditions de la guerre ne pouvait manquer de frapper les officiers. Un certain nombre d'entre eux m'ont coimnuniqué avec empressement les observations qu'ils avaient été à môme de faire à ce sujet.
Un conuTiandant de chasseurs à pied me disait à un des moments les plus décisifs de la guerre : « A l'heure actuelle, il n'y a plus dans mon bataillon que des Celtes pur sang. Ues hommes de sang mélangé n'auraient |)as été capables de résister aux éjjreuves auxquelles nous avons été soumis. Ils se sont éliminés d'euxmêmes depuis longtemps. » (fig. 14.)
Un autre commandant m'exprimait la même idée sous une autre forme : « Celui, disait-il, qui n'a pas vu un bataillon de Bretons, tous de pur sang celtique, tenant ferme sous un interminable ouragan de fer et de feu, ne peut avoir une noti(m complète de ce qui constitue une véritable race d'hommes ».
11 résulte de celtf observation que les hommes qui tiennent sous le feu, résistant aux souffrances physiques et morales les plus intolérables, capables de supporter les plus allreuses privations, ceux, en un mot, qui se comportent en hommes de devoir et en héros, sont tous des gens de race déhnie et de sang pur. La résistance, le courage, et surtout la continuité dans relîorl ne sauraient émaner que d'une longue persistance dans la fixation des tendances héréditaires se rattachant à des qualités supérieures.
Fig. 14. — Le (*it|jur;il Fo.ntalvikh,
Chevalier de la Légion d'Iioniieui
ide pure race eeltique».
36 EDGAR BÉRILLON
Comme le sort d'une nation dépend, avant tout, de la mise en jeu d'aptitudes ancestrales spécialement ada|)tées à sa défense, la principale préoccupation des biologistes ne devrait-elle pas être de veiller sur la pureté de la race, en la protégeant contre toute immixtion de sang <( impui' » et ennemi ?
VITI. — La dégénérescence physiqvie des métis.
L'étymologie du mot race, qui le fait déiiver de la racine sanscrite rag, arg (se mouvoir en ligne droite) implique l'idée d'une continuité ininterrompue dans la transmission des caractères acquis. Cette transmission ne saurait être réalisée dans son intégrité et dans sa normalité que par le rapprochement de deux êtres appartenant à la même race.
Il en résulte que le croisement d'individus appartenant à deux races différentes aura nécessairement pour efïet d'interrompre, au moins momentanément, la continuité de la race en ligne directe. Le métissage devrait donc être considéré comme un accident^ comme un déraillement. Il sera même légitime de l'envisager comme une véritable violation des lois de la nature.
Un désigne sous le nom d'hybridation ou de métissage la fécondation résultant du croisement de deux espèces ou de deux races différentes.
L'hybridation, du mot grec Injhris, qui signifie viol, indique que le croisement des espèces ou des races différentes a été considéré, depuis les temps les plus reculés comme une véritable violation des lois naturelles. Le terme de métissage, d'usage plus courant implique l'idée de la création d'un produit mixte.
Chez les Romains, les individus issus de races différentes constituaient le mixtum genus, la race mélangée.
Les individus issus de ces croisements anormaux reçoivent, selon les pays l'appellation d'hybrides, de métis, de sang-mêlés, de mulâtres. Dans le langage courant des populations des colonies espagnoles, portugaises, françaises on ne trouve pas moins d'une centaine de termes pour qualifier les divers degrés de métissage.
D'une façon générale, frappé surtout par l'opposition des caractères très visibles et très apparents, tels que la coloration de la peau, le public ignorant considère particulièrement comme des inétis^ les individus issus de croisements entre les races blanche, noire, jaune et rouge.
Cette opinion était explicable lorsqu'on pensait qu'il n'y avait sur la terre que les quatre groupes d'hommes caractérisés par la couleur de leur peau.
Mais aujourd'hui, il est admis par les anthropologistes, et en particulier par de Quatrefages, que le nombre des races humaines formant des variétés nettement distinctes s'élève à plus de cent cinquante. On doit
donc considérer que le terme de métis est applicable à tout individu provenant du croisement des races auxquelles on reconnaît une personnalité distincte.
La couleur de la peau, malgré sa visibilité, ne constitue [las un élément plus important que les autres caractères. Entre individus ayant la même coloration cutanée, il existe de tels écarts, aussi bien au point de vue physique qu'au point de vue psychologique, qu'il est impossible de les considérer comme appartenant à la même race.
A l'état de liberté, le croisement entre races animales différentes ne se réalise jamais. Ce croisement ne s'effectue que lorsque. les animaux sont emprisonnés ou réduits à l'état de domesticité.
FiG. 15. — Atrocités contre les Gantois, par les Impériaux allemands, en 1789.
(Gravure du temps.)
C'est en vain que l'on cherchera une justification au métissage dans l'attraction passionnelle qui s'exerce, souvent, entre personnes de races différentes.
Ces attractions ne sont que le résultat d'une déformation intellectuelle et d'un affaiblissement de l'instinct. Elles tendraient à prouver que la civilisation ne libère pas les hommes autant qu'on le pense des asservissements de la servitude. J'y verrais même la démonstration que sous les apparences d'une liberté qu'ils n'ont pas, les êtres humains subissent les mêmes déformations instinctives que celles qu'ils provoquent chez leurs animaux domestiques.
Jusqu'à ce jour, les anthropologistes, dans la question du métissage, se sont surtout préoccupés de la fécondité résultant du croisement entre
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individus de race différente. La constatation que les unions pouvaient être fécondes leur a suffi pour en admettre la légitimité. Leur observation ne s'est pas étendue à la qualité des produits.
Cependant lorsqu'il s'agit de l'espèce humaine la question de la qualité ne devrait-elle pas l'emporter sur. celle de la quantité? A toutes les époques le principal souci des moralistes et des législateurs a été d'assurer la continuité des générations fortes. C'est seulement de nos jours que, sous l'influence d'un humanitarisme maladif on ne vise plus qu'à obtenir le nombre aux dépens de la valeur. 11 ne s'agit pas uniquement d'augmenter le chiffre d'une population, mais aussi d'avoir des enfants sains, robustes et résistants.
La préoccupation de garantir les races de tout mélange s'est révélée chez les législateurs, dès la plus haute antiquité.
Au nombre des lois de Manou se trouvent les suivantes : « Quelque distinguée que soit la famille d'un homme, s'il doit sa naissance au mélange des races, il participe à un degré plus ou moins marqué au naturel pervei's de ses pareils.
» Toute contrée où naissent ces hommes de race mêlée qui corrompent la pureté des races est bientôt détruite ainsi que ceux qui l'habitent. »
Chez les Spartiates, la reproduction des Ilotes était limitée par des lois sévères. 11 était interdit de s'unir à eux par les liens du mariage.
Les États-Unis d'Amérique, par des mesures législatives prudentes, procèdent systématiquement à l'élimination des indésirables. Les mœurs du même pays élèvent également de nombreuses barrières contre les , métissages, dont les conséquences sociales sont, avec juste raison, considérées comme absolument déplorables.
Parmi les auteurs dont les observations ont abouti à la conclusion quedans beaucoup de cas les métis sont faibles et mal constitués, il faut signaler Waitz. Il a constaté que les enfants nés des Arabes et des femmes du Darfour sont débiles et peu Tivaces ; qu'au Sénégal, chez les métis de Foulahs et nègres, il y a beaucoup de bègues, d'aveugles nés, de bossus et d'idiots. 11 déclare également que les enfants nés d'une Européenne et d'un nègre sont rarement robustes. Nott, dans un mémoire paru en 1842 conclut que les mulâtres vivent moins longtemps que toute autre classe d'hommes.
Long et Lewis admettent que les mariages entre mulâtres sont stériles ou dans tous les cas ont peu de vitalité.
Yan Amring. Hamilton Smith assurent que sans l'union avec les deux races mères, les mulâtres s'éteindraient bientôt. Pour Boudin, les métis sont très souvent inférieurs aux deux races mères, soit en vitalité, soit en intelligence. Les Topas, les métis de Pondichéry ont une mortalité beaucoup plus considérable que le reste de la population. Les Lipplapen, métis de Java, sont si peu intelligents qu'ils ne peuvent être utilisés dans aucune fonction administrative.
Dixon, qui a étudié les métis de toutes les parties de l'Amérique, nous
donne les renseignements suivants : « Un père indien et une mère nègre produisent un c/iù/o ; un père noir et une mère indienne produisent un zambo.
« La couleur du chino est d'un rouge sale; celle du zambo est d'un brun sale. Le chino est un individu décharné el mal formé; et son demi-frère, le zambo est encore plus laid. 11 serait difficile de trouver sur terre une population aussi baroque de forme et de couleur que les nains zambos qui se couchent et se vautrent dans les ornières ».
En Australie et en Tasmanic, le croisement des Anglais et des femmes indigènes n'a donné que de rares produits.
Dans l'ensemble, on doit considérer les métis comme doués, organiquement et physiologi(iuement, d'une fécondité, d'une robusticilé et d'une longévité inférieures.
« Dans l'article (( Dégénérescence » du Dictionnaire des sciences médicales, des auteurs autorisés se sont ralliés à ces conclusion^ : Charles Robin j)ense que « les croisements re])résentent un élément de dégénérescence en rapport avec la distance anthropologi(|ue des races ».
Dans quatre mémoires sur les croisements ethniques, J. Perrier a démontré que le métissage aboutit toujours à la dégénération.
Dans l'Inde, les mélanges d'Anglais et d'Indous, désignés sous le nom de Half Caste, Middle Caste, Country Born, d'après Warren, ne dépassent pas le nombre de 40.000 (1). Il affirme qu'associant les défauts des deux races, il en résulte une fm prématurée et sans reproduction.
Enfin, l'anthropologiste Daily résume la question en disant : « Les croisements ethniques que l'on représente comme un moyen d'éviter cette dégénérescence nous en offrent le plus sûr moyen. Comment a-t-il pu venir à l'esprit, en dehors de l'inspiration dogmatique, que l'humanité pouvait gagner quelque chose à fondre des races supérieures avec les inférieures, de façon à peupler la terre de métis ? »
Ce qui caractérise le dégénéré, c'est qu'il ne ressemble pas à ses parents. L'hérédité, dont la fonction essentielle est de transmettre la ressemblance, est troublée.
Depuis déjà plusieurs années, j'ai acquis la certitude, par mes observations cliniques que, dans notre milieu européen, le croisement de races antagonistes, bien qu'elles aient la même coloration de peau, telles que la race allemande et la race française, donne des produits d'une infériorité certaine.
Les métis, issus du mélange de ces deux races, que j'ai eu l'occasion d'observer, présentaient tous des signes accentués de dégénérescence physique. Ils éUient de stature anormale, traversaient avec les plus grandes difTicultés la période de croissance. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils étaient atteints de ces arrêts d'évolution par lesquels se caractérisent les enfants anormaux.
(1) Sur 260 millions d'habitants.
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De toutes les conséquences organiques du métissage, une des plus fréquentes est la disproportion des formes. Lorsqu'on se trouve en présence de nains, de géants, ou de ces individus auxquels leur disproportionnalité fait attribuer les qualificatifs de « longue perche », de « pots à tabac », il y a lieu de présumer qu'on se trouve en présence de métis de races de même couleur.
L'antagonisme des deux races se traduisait par la dégénérescence de leurs métis. Il en est d'ailleurs de môme pour tous les enfants issus de races ditlerentes, alors qu'elles sont de même couleur, pour peu que des dissemblances existent dans leurs caractères ethniques.
FACTKURS PSYGHOLOOIQUKS
L — Disparité des caractères psychologiques des races humaines.
Depuis les époques les plus reculées, les différences que présentent les dispositions mentales propres à chacun des peuples de la terre ont attiré l'attention des observateurs.
Les principaux traits du caractère, chez les peuples de l'antiquité, étaient déjà si saillants qu'ils ont doté le langage d'expressions demeurées classiques.
Aujourd'hui encore le laconisme évoque la brièveté du langage des Lacédémoniens ; Tatticisme, la délicatesse du goût des Athéniens ; le sybaritisme, la mollesse des habitants de Sybaris; l'ilotisme, la dégradation des Ilotes; le vandalisme, la fureur destructive des Vandales.
Il en est de même d'un certain nombre de formules romaines inettant en relief les caractères physiques ou moraux propres à certaines races ; telles sont : la fides pimica, stigmatisant la mauvaise foi des Carthaginois ; le furor teuionicus, qui met en garde contre la colère agressive des Germains; le fœtoî' judaïcus révélant l'odeur spéciale des Juifs.
A ce qui précède on peut ajouter la liste assez longue des locutions par lesquelles on s'est appliqué dans les temps passés à enregistrer les imperfections et les méfaits d'une humanité barbare : la grossièreté du Philistin, r incompréhension artistique du Béotien, la félonie du Parthe, la cupidité du Phénicien, le mensonge du Cretois, Vivrognerie du Scythe, la puanteur du Goth et du Lombard, la férocité du Hun, la duplicité du Germain.
Il est vrai qu'à ces qualificatifs inspirés par la haine ou le mépris, il convient d'en opposer d'autres qui tirent leur origine d'un sentiment d'estime ou d'admiration; par exemple : la sobriété Spartiate, le civisme romain, le courage gaulois.
LES CARACTKUES NATIONAUX 41
A l'époque contemporaine, les traits caractéristiques de difTé rentes nations ont été éj^alemenl définis par le juiiement universel. On les retrouve notés dans les formules suivantes : la morgue castillane, le flegme anglais, la galanterie française, la susceptibilité italienne, le mercantilisme hollandais, l'ivrognerie russe, la subtilité grecque, farrogance prussiemie, la servilité saxonne, la goinfrerie munichoise, le fatalisme arabe, la zwanze bruxelloise, L'impassibilité du Peau-Rouge, etc.
L'esprit de's populations opprimées est prompt à signaler les défauts physi(|ues ou moraux du conipiérant. C'est ainsi que l'une des caractéristi(|ues les plus franchement spécifiques de l'Allemand du Nord, la bromidrose fétide, est fixée par deux mois jaillis de l'ironie alsacienne : stinkstiefel y dont la traduction littérale serait pue-bottes et stinkpreisse qui sii^^nifie Prussien puant.
Quand les nationalités sont constituées par le groupement d'individus de races diverses, les différences de caractère de chaque race s'accusent de la façon la plus nette. De l'autre côté de la Manche, il est courant d'opposer la ténacité résolue de l'Anglais à l'insouciance primesautière de l'Irlandais. L'humour gallois, de même que l'hospitalité écossaise y sont considérés comme des caractères psychologiques très accusés.
En Espagne, l'activité laborieuse du Catidan fait contraste avec l'indolence andalouse, aussi bien qu'avec la paresse honorée du Castillan.
En Belgique, la comparaison de la vivacité d'esprit des Wallons avec la lenteur intellectuelle des Flamands nous offre une antithèse non moins frappante.
Mais, en dehors des constatations populaires, la plupart des historiens ont apporté, sur les caractères des peuples, des renseignements d'une assez grande précision.
Ainsi, les descriptions qu'Hérodote nous a transmises sur les mœurs des habitants de l'Asie Mineure sont si rigoureuses, qu'un archéologue contemporain, le comte de Potocki, dans son Voyage au Caucase, par l'observation des peuples actuels, en a reconnu la parfaite exactitude.
Les observateurs anciens, vivement frappés par les différences qu'ils constataient dans la mentalité des divers peuples, se sont parfois appliqués à en rechercher l'explication.
C'est ainsi que Solon avait attribué la constitution grossière des Thébains à la lourdeur de l'air de la Béotieet la vivacité des Athéniens à l'air subtil de l'Attique. Cicéron avait également adopté cette opinion.
Plutarque, auquel on doit sur cette question les observations les plus ingénieuses, nous apprend que le peuple d'Athènes, par exemple, est naturellement colère, mais sensible à la pitié; prompt à juger sur de simples soupçons au lieu de s'instruire lentement de la vérité des faits; empressé à protéger les citoyens obscurs ; aimant les plaisanteries et les bons mots: vivement affecté des louanges qu'on lui donne, il ne s'offense point des railleries; redoutable à ses magistrats, il est humain pour ses ennemis mêmes.
42 EDGAR BÉRILI.ON
^^ Le caractère des Carthaginois est très différent : austères et sauvages dans leurs mœurs, tremblants sous leurs magistrats, durs et sévères envers ceux qui leur sont soumis, bas et rami)ants dîins la crainte, cruels jusqu'à l'excès dans la colère, fermes dans leurs résolutions, ils ne se permettent jamais ni plaisanterie, ni gaieté. On ne les eût pas vus, à la prière d'un Cléon, (jui leur eût dit qu'ir avait fait un sacrifice et devait traiter ([uelques-uns de ses amis, rompre l'assemblée en^ riant et en battant des mains. Si un Alcibiade, en haranguant le peuple, eût laissé échapper une caille de dessous sa rol)e, ils n'auraient pas couru après cet animal pour le rattraper et le lui rendre. De pareilles libertés auraient passé })Our des insultes et auraient coûté la vie à leurs auteurs. »
« Je ne crois pas que les Thébains se fussent abstenus d'ouvrir les lettres d'un ennemi qui leur seraient tombées entre les mains, comme firent les Athéniens qui, ayant arrêté un courrier de Philippe chargé de dépêches pour Olympias, ne les ouvrirent pas, et respectèrent les secrets qu'un mari absent écrivait à sa femme. Les Athéniens, de leur côté, n'auraient pas supporté patiemment la généreuse fierté d'Epaminondas qui refusa de répondre à une accusation qu'on lui avait intentée devant le peuple et qui, se levant en présence de tout le monde, traversa l'assemblée et se rendit au gymnase. Les Spartiates non plus n'auraient eu garde de souffrir l'insolente plaisanterie de Stratoclès, qui persuada aux Athéniens de faire un sacrifice d'actions de grâces pour une victoire dont il leur annonçait la nouvelle. Et quand ensuite le peuple, informé de la perte de la bataille, lui en témoigna son indignation : « de quoi vous fâcliez-vous, leur dit-il, ne vous ai-je pas donné du plaisir pendant trois jours! »
Les Romains avaient reconnu de bonne heure la différence de race qui sépare les Gaulois des Germains.
« Les Gaulois, dit Galon, aiment à combattre avec courage et à parler avec intelligence; ils sont combatifs et glorieux, mais légers et inconstants. ».
Strabon leur attribuait les mêmes dispositions de courage, de fierté, de confiance et de mobilité du caractère.
« Confiants dans leur force, ils se rassemblent pour combattre en masse et en désordre. On les trompe aisément, et l'on est sûr de les faire combattre où l'on veut et quand on veut. Faciles à émouvoir, ils s'indignent contre l'injustice et prennent le parti de leurs voisins opprimés. »
Dion a également signalé la grande mobilité affectée de nos ancêtres dans les phrases suivantes : « La race gauloise, plus que les autres, se prend avec une grande vivacité à ce qu'elle désire et d'une force extrême s'attache à tout ce qui va à son gré ».
» En peu de temps, elle se porte d'un mouvement rapide aux partis les plus contraires, ne. trouvant dans le raisonnement aucune garantie pour aller dans un sens ou dans l'autre. »
Quant à Jules César, c'est en termes indélébiles qu'il a gravé les traits dominateurs de nos ancêtres.
Il nous les a dépeints mobiles au sujet des décisions qu'il faut prendre et disposés à attacher de l'importance aux faits nouveaux. Une de leurs habitudes est d'inviter les voyageurs à s'arnHer et de leur demander ce qu'ils ont entendu ou ce qu'ils savent. Il sullit souvent de Téuioi que leur causent ces inlorinations [)our leur Caire prendre des résolutions importantes, dont ils ont nécessairement à se repentir, parce ([u'ils agissent sous l'influence de nouvelles incertaines, et que la [)lupart de ceux ([u'ils interrogent leur donnent de faux renseignements.
Horace oppose au Germain qui aime le sang, le Gaulois qui n'a [)as peur de la mort.
La disparité dans les différentes race des caractères psychologiques d'où résulte la formation de leurs caractères nationaux découle dun grand nombre de conditions au premier rang desquelles se trouve le besoin irrésistible de rapprochement des êtres identiques.
L'affinité des semblables traduite par le proverbe « qui se ressemble s'assemble » n'est que l'expression d'une tendance biologique universelle. Mais de cette tendance résulte également le défaut d'affinité des contraires et la répulsion des dissemblables.
Dans toutes les espèces animales, la plus légère dissemblance entre les groupes suffit pour amener une altération dans les rapports de sociabilité.
Les membres des sociétés animales, s'ils pratiquent entre eux la solidarité, ne rétendent pas au-delà du groupe ou de la tribu. Cela est particulièrement apparent chez les insectes, chez les oiseaux et chez les singes.
Dans les foires de l'Andalousie, les manades de chevaux se traversent sur les routes sans jamais se mélanger.
Les troupeaux d'éléphants ne tolèrent au milieu d'eux aucun individu d'un autre groupe.
Les différences psychologiques de races dans les races humaines aboutissent aux mêmes effets, et elles constituent par-là un facteur important de leur conservation.
« En effet, tomme le dit si clairement Voltaire, chaque peuple a son caractère connne chaque homme; et ce caractère général est fonné de toutes les ressemblances que la nature et l'habitude ont mises dans les habitants d'un même pays, au milieu des variétés qui les distinguent. Ainsi, le caractère, le génie, l'esprit français résultent de ce que les différentes provinces de ce royaume ont en eux de semblable. »
La ressemblance des Français entre eux faisait dire à Diderot : « Pas de nation qui ressemble plus à une seule et même famille. » Ilelvétius exprime la même idée lorsqu'il écrit : « Les étrangers n'aperçoivent d'abord aux Français qu'un même esprit et un même caractère. »
Un homme d'État allemand, Karl von Moser, auteur d'un certain nombre
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de com})ilations parues vers 1785, me paraît avoir bien saisi ce qui caractérise le ressort de chaque nation :
« En Allemagne, écrivait-il. c'est l'obéissance:
» En Angleterre, c'est la liberté;
» En Hollande, c'est le commerce;
» En France, c'est le point d'honneur national. »
On trouvera dans un certain nombre de formules courantes, de dictons, de proverbes ou même d'observations facétieuses, la révélation de cette disparité des caractères nationaux.
On m'excusera d'en citer quelques exemples, car ils apportent à ma démonstration un élément qui n'est pas à dédaigner.
Je rappellerai d'abord le mot célèbre de Charles-Quint disant qu'il « fallait parler en espagnol à Dieu, en italien aux femmes, en français à ses amis, en anglais aux oiseaux et en allemand aux chevaux. »
La plupart de ces dictons se rattachent à la manière dont les différents peuples réagissent à l'égard des diverses circonstances de la vie.
En Italie, un proverbe ancien dit : Les nations supportent diversement la peine : l'Allemand la boit, le Français la mange, l'Espagnol la pleure et l'Italien la dort ( i).
L'n autre proverbe indique que l'on reconnaît l'Italien à ce qu'il aime à chanter, le Français à danser, les Espagnols à leur fierté, les Allemands à boire (2).
Un dicton très répandu nous apprend par quelles phrases se révèlent, dans les diverses races, les préoccupations dominantes des individus. Ainsi, quand on annonce la mort d'une personne, la question du Français est : de quoi est-il mort? L'Allemand demande : quel âge avait-il? L'Anglais interroge : était-il marié? Quant à l'Américain, il dit simplement : Était-il assuré ?
Dans un ordre d'idées plus plaisant on raconte que, si dans un café, une mouche tombe dans le verre du consommateur, l'Anglais se fait remplacer son verre de bière ; le Français se contente d'enlevei* la mouche avant de boire; quant à l'Allemand, il avale tout, la mouche et la bière.
La différence essentielle des caractères de nos voisins d'outre-Manche se trouve signalée par la facétie qu'on raconte en Angleterre : « Quand dans un compartiment de chemin de fer se trouvent réunis un Irlandais, un Anglais et un Écossais. Avant l'arrêt du train l'Irlandais, pressé, est déjà sur le quai, mais il a oublié son parapluie. L'Anglais met pied à terre immédiatement après l'arrêt complet, il n'oublie rien. L'Écossais ne descend que quelques minutes après et il emporte le parapluie oublié par l'Irlandais.
(1) Le nazioni smaltiscono diversamente il dolore : 11 Tedesco lo beve, il Fraiicese lo mangia, lo Spagnuolo lo piange e l'Italiano lo dorme.
[2j L'Italiano al cantare, i Francesi al ballare, i Spagnuoli al bravare, i Tedeschi allô sbevacchiare ; si cognoscono.
Mais, de tous les peuples de rEui'0|)e, ceux dont le caractère présente le plus d'opposition sont le peuple allemand et le peuple français. Alors que la clarté et la précision du langage caractérisent essentiellement l'esprit français, par contre, la lourdeur et Tobscurilé sont l'apanage de la pensée allemande. Je n'apprendrai rien à i)ersonne en disant que les Allemands parlent par énigmes, que leurs écrits sont incom[»réhensibles. J'insisterai surtout sur ce fail que, pour l'Allemand, les mots les moins importants sont au commencement de la phrase et que, pour le Français, ils sont à la fin. Ce qui peut s'exprimer ainsi : dans le langage français les mots régissants avant les mots régis et, dans la langue allemande, c'est le contraire.
Et, pour terminer par une observation très précise, je dirai que si les Français et les Allemands connaissent également la défiance, ils ne la pratiquent pas de la même façon.
Tandis que le fonds du caractère allemand est la méfiance à l'égard de l'étranger et la préoccupation de ne pas être sa dui)e, en France, il en est tout autrement. C'est seulement à l'égard de ses propres compatriotes que le Français se montre méfiant; sa confiance et sa bienveillance étant particulièiement réservées à l'étranger.
II. — La constance héréditaire des caractères psychologiques.
La constance des caractères psychologiques n'est pas moins frappante que leur diversité selon les races.
C'est que la personnalité des peuples repose sur des bases organiques dont la transmission doit nécessairement assurer l'unité et la stabilité des tendances qui résultent des propriétés mêmes de l'organisme.
La notion de cette continuité à travers les temps est reconnue par tous les hommes qui ont appliqué leur attention à l'étude générale des mœurs.
Plutarque dans ses Préceptes d'administration publique, expose que les plus grandes difficultés de diriger les yjeuples tiennent à ce qu'on ne se préoccupe pas assez des différences essentielles de leur caractère. 11 indique la nécessité de connaître les qualités dominantes qui sont les plus sensibles dans le gros des citoyens. C'est seulement après cette étude qu'on pourra utilement les diriger : « Vouloir changer tout d'un coup le caractère et les mœurs d'une multitude, c'est une entreprise aussi hasardeuse que difficile, une pareille résolution demande beaucoup de temps et une grande autorité. »
Horace a nettement exprimé la fixité du naturel dans le vers célèbre : Naturam expellas fiitxa, tamen usque recurret.
Parlant du caractère, Voltaire a dit : « C'est ce que la nature a gravé en nous. » A cette définition qui implique l'immutabilité, il ajoute : « Peuton changer de caractère ? Oui si on change de cori)s ! Tant que les nerfs
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d'un homme, son sang et sa moelle allongée seront dans le même état, son naturel ne changera pas plus que l'instinct d'un loup ou d'une fouine. »
>ul, mieux que Voltaire, n'a exprimé l'idée de l'immutabilité des caractères des races. Les lignes suivantes relatives à notre race suffiront à en donner la preuve.
« Le fonds du Français est tel aujourd'hui que César a peint le Gaulois : prompt à se résoudre, ardent à combattre, impétueux dans l'attaque. »
0 En général, l'impétuosité dans la guerre et le peu de discipline furent toujours le caractère dominant de la nation. »
La prédilection des Français pour le vin, considérée comme un caractère de race a été mentionnée dans les temps les plus lointains.
Dans la vie de Camille, Plutarque rapporte qu'un Toscan nommé Aruns, ayant fait goûter aux Gaulois de la région représentée aujourd'hui par le département de l'Yonne, du vin qu'il avait apporté d'Italie, ils trouvèrent cette boisson si agréable et furent si ravis du plaisir nouveau qu'elle leur avait donné, que, prenant aussitôt leurs armes et emmenant avec eux leurs femmes et leurs enfants, ils se portèrent du côté des Alpes pour chercher cette terre qui produisait de si bons fruits et auprès de laquelle toute autre terre leur paraissait stérile et sauvage. Dans cette anecdote, on peut retrouver l'origine de la vocation si invétérée que nous constatons encore aujourd'hui dans une partie de la basse Bourgogne, pour la culture de la vigne.
Diodore de Sicile a également signalé le goût manifesté par les Gaulois pour le vin. Il raconte que, pour une mesure de cette boisson, ils consentaient quelquefois à céder un de leurs prisonniers, de sorte que « en échange d'un broc de vin, il n'était pas rare, dans les Gaules, d'acquérir un échanson ».
On a pu être surpris de la préoccupation, au cours de la guerre, d'assurer à nos poilus la distraction de représentations théâtrales, de séances données à l'arrière du front par des bardes, des improvisateurs, des chansonniers. Si nous en croyons Prosidinius d' A pâmée cette habitude dérive des plus anciennes traditions celtiques ; il raconte en effet que « les Celtes emmènent avec eux, même à la guerre, de ces commensaux. Ils chantent les louanges de leurs chefs devant des assemblées nombreuses. Ces personnes qui se font entendre ainsi sont ceux qu'on appelle bardes )>. Ils ont eu pour continuateurs les trouvères et les troubadours. Au cours de la dernière guerre, les chansons et les poèmes de nos poètes populaires ont contribué à fortifier la confiance de nos soldats.
Bichat, avec la clairvoyance de son génie, avait compris que le caractère de l'homme est ce fond absolu qui échappe à toute action des influences extérieures. C'est ce qu'il exprime dans les termes suivants: « Le caractère est, si je puis m'exprimer ainsi, la physionomie des passions, le tempérament est celle des fonctions internes ; or, les unes et les autres étant toujours les mêmes, il est évident que le tempérament et le caractère doivent
être soustraits à l'empire de l'éducation. Vouloir dénaturer le caractère, adoucir ou exalter les passions, est une entreprise analogue à celle d'un médecin qui essaierait d'abaisser de quelques degrés et pour toute la vie la force de contraction du cœur, ou de précipiter ou ralentir le mouvement naturel des art«'res. . . . Nous dirions que la circulation, la respiration ne sont point sous l'empire de la volonté. Faisons la même observation à ceux qui croient qu'on change le caractère et par-là même les passions, puisque celles-ci sont le produit de l'action de tous les organes internes. »
Pour peindre les Allemands d'autrefois, je n'aurai recours qu'à des documents empruntés à l'art allemand.
AVogelmuth, peintre et graveur (1434-lol9) nous a dépeint la cruauté, la férocité des Allemands de son temps dans le tableau du Musée germanique de Nuremberg, dans lequel il représente le martyre de saint Barthélémy. Ses modèles ont été pris parmi des gens de son époque. Ils écorchent un homme tout vif sans que la moindre émotion de pitié, de sensibilité se reflète sur leurs visages. Leur physionomie, dans ce travail de bourreau, exprime la satisfaction de faire du mal à son prochain; c'est le Schadenfreude traduit par l'art.
La constance héréditaire des caractères psychologiques a été mise en relief par Ribot dans son remarquable travail sur V Hérédité psychologique. Par un grand nombre de faits, il s'est appliqué à démontrer que toutes les formes de l'activité mentale sonttransmissibles. La mémoire, l'imagination, les goûts esthétiques, les aptitudes aux sciences et aux études abstraites, les sentiments, les passions se continuent par legs héréditaire, dans la suite des générations.
L'idée exprimée par Napoléon dans la formule souvent citée : « Grattez le Russe et vous trouverez le Tartare » révèle sa conviction que les races demeurent tributaires de leurs influences ancestrales.
Ampère, après avoir comparé les habitants de la Grèce actuelle avec leurs ancêtres a pu dire : « A travers tant de vicissitudes, le fonds du Grec n'a pas changé, il a les mêmes qualités et les mêmes défauts qu'autrefois ».
Pouqueville en retrouvant en Morée les modèles d' Appelle et de Phidias a aussi constaté la transmission des traits principaux du caractère et des habitudes.
« Ainsi les Arcadiens mènent encore la vie pastorale et les habitants de Sparte ont la passion des combats, Thumeur instable et turbulente. »
La ténacité des caractères psychologiques des races a frappé tous les observateurs, mais rien ne la dépeint mieux que la boutade du maréchal Bugeaud: « Prenez un Français, un Juif, un Arabe; faites-les bouillir dans la même marmite, au bout de cinquante ans les trois bouillons seront encore séparés. »
Les Scythes, les Parthes, les Gètes, les Germains, les Celtes, les Grecs et les Étrusques d'autrefois, sous l'appellation de Russes, d'Allemands, d'Anglais, de Français, d'Italiens, avec des tendances instinctives analogues, avec des mœurs invariables, se retrouvent. Les noms seuls ont
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changé. 11 en est de même des mots à l'aide desquels s'expriment les idées, les désirs, les besoins, les sentiments et les passions, mais ces divers étals atïectifs sont restés exactement les mêmes, avec un sens propre à chaque mentalité de race.
De tous les caractères psychologiques de race, celui dont la transmission héréditaire s'ellectue avec le plus de constance est la duplicité.
Cette diposition mentale, née de l'intention de tromper et par conséquent de nuire, est si naturellement invétérée chez certains animaux, que la ruse apparaît comme la manifestation de leur instinct dominant.
Cet instinct de duplicité se transmet par l'hérédité. Il se développe par les leçons des parents et des maîtres. L'habitude et l'exercice constant en facilitent la mise en pratique.
Chez l'homme, la tromperie intentionnelle repose essentiellement sur l'art de dissimuler ses sentiments et surtout d'exprimer par son attitude et par ses paroles le contraire de ce qu'il pense véritablement.
Dès les temps les plus reculés, certains peuples se sont acquis, par leurs hal)itudes de ruse et d'indélicatesse, des réj)utations justifiées de mauvaise foi.
Les Scythes et les Parthes étaient fourbes, menteurs, dissimulés, cruels et pillards. Les Romains avaient le plus grand respect de leurs serments, mais les Carthaginois ne manquaient aucune occasion de ne pas tenir les leurs.
La fides jmnica, la mauvaise foi punique, est demeurée à travers les âges l'expression du manquement systématique à la parole donnée.
Dès leur premier contact avec les peuples de la Germanie, les Romains furent frappés de leur perfidie et de leur disposition à ne tenir aucun compte de la foi juré^.
Jules César, dans de nombreux passages des Commentaires, s'indigne contre leur duplicité .et leur dissimulation toujours associée à de l'obséquiosité. Il nous les montre s'appliquant par la tromperie et les embûches (per dolum \itque insidias) à triompher des Romains. Il n'est pas de circonstances où ils n'aient recours au même esprit de perfidie et de simulation (eadem et perfidiâ et simulatioue usi Germonij.
Ce fut i)ar fraude et par surprise que les tribus des Usipètes et desTeuct('Tes attaquèrent les Romains. En toutes circonstances, il les trouve animés du même esprit de perfidie et de ruse.
Les traits de fourberie des Germains se retrouvent à chaque instant dans les péripéties de leurs guerres avec les Romains. Si le sort des armes leur est défavorable, ils implorent humblement leur pardon, mais dès qu'ils en ont la possibilité, ils violent leurs engagements les plus solennels.
Ensuite c'est Velleius Paterculus qui, ayant participé sous Tibère aux guerres de Germanie, écrit que le caractère des Germains est composé d'un mélange de ruse et de férocité; c'est une race née pour le mensonge, à tel point qu'il faut l'avoir constaté pour le croire (at illi, quod nisi expertus vix credat, in summa feritate versutissimi, natiim que mendacio gemis).
Stiabon insiste également sur ce point que « les Germains sont sans respect pour la loi jurée ».
l*our eux. le mot de « trahison » n'a pas de signification. A l'égard de ces peuples on ne saurait pi'endro trop de précautions; ceux à qui les Homains s'étaient fiés sont justement ceux qui se sont montrés les plus dangereux. »
Il ajoute que même après la promesse de soumission, le serment solennel de respect, les Germains demeurent les ennemis acharnés des Romains; « ennemis cpii wo cessent la guerre que pour s'armer de nouveau. »
D'après Ammien Marcellin, les Romains n'arrivaient pas à conq)rendre cette duplicité des l)arl>ares germains « tantôt humbles jusqu'à la bassesse, tantôt poussant Tiusolence et les menaces jusqu'aux dernières limites. »
Varus, Hvant commis la faute d'accorder quelque crédit aux démonstrations d'amitié des Germains, fut entraîné par eux dans un piège où il trouva la mort, ainsi que la totalité de ses trois légions.
Le chef germain Arminius, par cette ruse déloyale, acquit la plus grande popularité aux yeux de ses compatriotes. 11 n'a cessé depuis lors d'être considéré comme un des héros de Germanie. La commémoration de sa perfidie est célébrée par les Allemands comme une fête nationale.
Annnien Marcellin nous apprend encore que, quand ils en éprouvent la nécessité, les Germains n" hésitent pas à recourir aux promesses, aux supplications, aux larmes. De l'orgueil le plus arrogant, ils passent aux démonstrations de la plus dégradante. soumission.
Il insiste sur ce point que leur astuce et leur fourberie sont à peine croyables, qu'ils ont le culte de la force et qu'on ne les tient que par la menace du châtiment.
Tacite avait résumé la mentalité des Germains en disant : Le Germain n'est mû que par le sentiment de l'envie (propter invidiam).
Telles sont les appréciations des auteurs anciens sur la duplicité des Germains, ancêtres directs des Allemands d'aujourd'hui. Il est vrai que les mêmes dispositions d'esprit dominent dans toutes les vieilles légendes où sont célébrés les anciens héros germaniques.
L'annaliste d'Augsbourg qui, en lit", déclarait avec cynisme que « ni la paix de Dieu, ni traités faits avec serments ne sont observés par les Allemands », justifiait les appréciations des Romains.
Depuis Frédéric II, qui, relativement à l'exécution des traités, formulait l'aphorisme suivant : « Ne rougissez pas de faire alliance en vue d'en tirer un avantage poin' vous seul. » « Ne faites pas la faute grossière de ne pas les abandonner quand il y va de votre intérêt ».
A ces formules déjà si expressives, on pourrait en ajouter un grand nombre du même souverain :
« Ne former des alliances que pour semer des haines. »
« Toujours promettre des secours et n'en point envoyer. »
EDGAR BÉRILLON
« J'entends par politique qu'il faut s'appliquer à duper les autres; c'est le moyen d'avoir l'avantage. »
Ces maximes ont d'ailleurs été consacrées par un certain nombre d'Allemands autorisés, comme Treitschke qui n'hésite pas à écrire:
« Tout État est en situation de dénoncer selon sa volonté les traités qu'il a conclus. »
« La guerre est une nécessité naturelle : les sociétés humaines n'ont pas de conscience : Tout moyen est bon qui conduit au but. »
yncij'^re zj/ui^fv/ ^ '/•^riVr,
/-sr.-.,...
FiG, 16. — La duplicité germanique symbolisée dans une gravure allemande
du xvi^ siècle.
Le professeur Lasson n'est pas moins explicite lorsqu'il dit :
« Le faible se fie à l'inviolabilité des traités. Mais la guerre survient et démontre qu'un traité a pu être mauvais ou que les circonstances ont changé. »
La même idée de la violation de la parole se retrouve dans la phrase suivante du général von Bernhardi : « Aucun État ne peut risquer son intérêt pour un traité qu'il a signé si, en violant ce traité, il sauve sa situation mondiale ».
Si de ces opinions on rapproche les faux de Bismarck et la théorie du chiffon de pajjier de Bethmann-Hohvegg, on constate que la duplicité germanique n'a point changé.
Gomme le disait Metzche : « Il faut faire honneur à son nom, on ne
s'appelle pas en vain das « tiusche » Volky c'est-à-dire das Tœusche Voîk, le peuple qui trompe. »
Un fait assez singulier, c'est que loin de se défendre de l'accusation de duplicité, les Allemands seraient plutôt |)ortés à en tirer un sujet de gloritication.
Le professeur Daniel n'hésite pas à écrire : « Le peuple allemand a dans son caractère de merveilleux contrastes. On pourrait dire de l'Allemand qu'il est une sorte de bicéphale. 11 pense avec une tête ; il agit et se conduit comme s'il possédait une autre qui le complète. »
Une gravure rlu xvn*^ siècle [fuj. /6'j traduit ce dédoublement d'une façon aussi naïve (ju'expressive. Des trois personnages allemands qu'elle représente, l'un, pieux évéque par le côté droit de son corps, est un pécheur incorrigible par le côté gauche. Le sujet du milieu se vante de pouvoir, selon l'occasion, jouer le rôle de femme aussi bien que celui d'homme. 11 évoque l'idée d'un vice dont la fréquence en Allemagne, aussi bien à la cour que chez les particuliers, peut être considérée comme une tendance de race. Enlin, le troisième type, associant dans sa personne la double face de prédicant et de reitre, nous rappelle les diversités d'aspects sous lesquels Guillaume II s'offrait à l'admiration de ses sujets.
Chez son aïeul Frédéric II, l'art de la dissimulation n'était pas moins développe. Le souverain qui avait bombardé la cathédrale de Prague, et s'était montré sourd aux cris des enfants égorgés par ses soldats, avait de fréquentes crises de sensiblerie humanitaire. La seule vue d'un tableau où Chodovicki avait exposé les inal heurs de la famille Calas avait sulïi pour lui tirer d'abondantes larmes. Il avait demandé à l'artiste de le peindre dans une attitude d^attendissement, si contraire à son caractère fait d'égoïsme et de dureté (fig. 17).
Le sentimentalisme allemand nous réserve de ces surprises. Bismarck à l'heure où les canons prussiens bombardaient le Muséum d'Histoire naturelle et détruisaient la bibliothèque de Strasbourg se préoccupait de la santé de ses petits enfants.
Le reître dont les mains sont encore rouges de sang humain se met au piano. Il déclame avec attendrissement une romance où il est question de petits oiseaux, de clair de lune, des enfants blonds et de la douce fiancée. De la goinfrerie, de la salacité, de l'incendie, du viol, du massacre, de la débauche organisée, il passe sans transition à la célébration de l'idéal, de l'amour et de la poésie.
Seuls les Carthaginois ont pu prétendre à un tel degré dans la mauvaise foi. Après la première guerre punique, ils avaient accepté des Romains la suppression des éléphants de guerre, qui représentaient les gros engins de guerre.
Quand Annibal envahit l'Italie, il n'en amenait pas moins d'une quarantaine. A l'insu des Romains, les Carthaginois avaient reconstitué leurs armements d'éléphants et il s'en fallut de peu, après la bataille de Trasiméne que Rome ne fut complètement vaincue.
EDGAR BERILLON
Après léna, la négligence de Napoléon permit à la Prusse, en violation lie ses engagements, de reconstituer l'armée qui le vainquit en 1815.
Moins de deux ans après sa défaite, le roi de Prusse avait déjà cessé d'ellectuer les payements, auxcpiels il s'était obligé ])ar traité. Alors qu'il employait toutes les ressources de son royaume à l'organisation de la revanche, il écrivait à Napoléon à la fois pour le féliciter de sa victoire de W'agram et pour l'apitoyer sur le sort de ses. malheureux sujets « dont la misère était au combie ».
FiG. 17. — Frédéric II, roi de Pi'usse, pleurant devant le tableau de Chodowieki représentant les malheurs de. la famille Calas.
Après de tels exemples, n'est-il pas permis de craindre que le traité de Versailles ne soit lettre morte et que la nouvelle artillerie lourde des Allemands apporte sur les cham[3s de bataille la même surprise que produisit la réapparition des éléphants d'Annibal.
La constance héréditaire des caractères psychologiques constitue l'élément dynamique dont la constance des caractères physiques est l'élément statique. Elles sont donc fonction l'une de l'autre. De leur combinaison résulte, par l'adaptation organique et mentale à un même milieu, la constitution d'un caractère national définitif, tellement spécifique dans ses réactions sociales et ses manifestations collectives, qu'il ne sera plus possible de le confondre avec celui des autres peuples.
ill. — Antagonisme spécifique des races.
Si les croisements entre individus de races différentes avaient dû aboutir à la formation de races mixtes, il y a longtemps qu'il ne devrait plus y avoir à la surface de la terre qu'une seule race d'hommes.
Or, nous assistons au spectacle de races nombreuses qui, tant au nom de leur pureté que de leurs aspirations instinctives spécificiues, exigent la reconnaissance immédiate de leur autonomie.
En réalité la pureté de ces races a été entretenue non seulement par les facteurs biologiques, mais aussi par un certain nombre de facteurs psychologiques au premier ])lan desquels se place Tanlipatliie instinctive résultant surtout de l'incompréhension.
L'instinct procède par attraction ou par répulsion, et le rôle joué dans Téclosion de ces sentiments allectifs est essentiellement lié aux conditions de ressemblance ou de disparité.
Dans tous les pays où surgissent des conflits de races, le premier fait qui s'impose à l'attention, c'est que le degré d'aversion est en rapport direct avec l'intensité des différences aussi bien organiques que physiologiques ou psycliologiques.
Tel est le cas des Etats-Unis, où quatre races se disputent la possession du sol et des richesses naturelles, sans compter les complications qui résultent de l'immixtion croissante dans la politique des inlUiences de la population de race germanique.
Il en est de même de l'Europe Centrale, des pays balkaniques et de l'Asie Mineure, où les races les plus opposées ne cessent de se côtoyer sans se pénétrer ni se comprendre.
Dans la Grande Armée où Napoléon avait groupé des contingents de races différentes, les mêmes antagonismes ancestraux s'étaient maintenus. « Pas un Allemand, dit un témoin, n'aurait osé venir se chauffer près d'un feu allumé par des Français et semblablement nos hommes n'auraient pas manqué d'assommer un Français qui se serait approché de leurs propres feux. »
Les antagonismes des races ont été mis fortement en relief par Elisée Reclus. Dans le volume de l'Europe Centrale, il nous révèle les sentiments intimes des peuples. « Entre eux, écrit-il, c'est plus que de l'antipathie, c'est presque de la haine. Aux yeux du Tchèque, l'Allemand est un « lourdaud, une brute, une punaise » ; pour le Germain, le Bohémien est « un menteur, un reptile ». L'historien Mommsen ne disait-il pas: « La raison n'entre pas dans un crâne tchèque, mais il est sensible aux coups. »
A l'égard de l'Allemand, le mépris du Hongrois est encore plus accentué. Eb a nemet Kutya Nelkill, « Où il y a un Allemand, il y a un chien », est la formule la plus couramment exprimée. Le dédain du Hongrois à l'égard de ses voisins du sud se traduit par ce proverbe insultant : Tôt ember mm ember, « l'homme slave n'est pas un homme. »
D ailleurs l'observation si juste d'Onésime Reclus que « les Hongrois ont conservé de leurs instincts nomades tout ce que la civilisation en peut souffrir » ne vient-elle pas d'être vérifiée une fois de plus par les événements actuels ?
Nulle part les antipathies de race n'ont dépassé le degré d'intensité qu'elles présentent en Bulgarie.
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La chansini qui se trouve sur les lèvres de tous les enfants bulgares dépeint clairement les sentiments de toute la nation : En voici les principales strophes : « Le Grec est un chien, le Serbe est un âne, l'Albanais est un loup, le Turc est un pourceau, mais le Bulgare est un homme. Homme, lève-toi ! Prends les poignards que tu tiens de tes vaillants ancêtres, empoigne aussi un solide bâton. Et en avant! Assomme le chien, étripe l'àne, fracasse la gueule du loup, larde de coups le pourceau et laisse-les en pâture aux aigles du Hhodope et de l'Olympe. »
Il n'est pas possible, dans cet ordre d'idées, de passer sous silence la lutte qui, depuis tant d'années n'a cessé d'exister entre l'Irlande et l'Angleterre.
Depuis l'époque où le Saxon Cromwell, obéissant aux instincts de sa race, faisait vendre les jeunes Irlandaises comme esclaves, brûlait les Irlandais dans leurs maisons et ordonnait le massacre des garnisons prisonnières, les dispositions réciproques n'ont pas changé. On sait avec quelle tranquillité d'àme il fit mettre le feu à l'église Saint-Pierre, de Drogheda, où s'étaient réfugiés les défenseurs de la ville. Le proverbe de son temps : // is not f'elony to kiU an Irîshman, « ce n'est pas violer la loi que de tuer un Irlandais » porte la marque prédominante de l'esprit saxon, lorsqu'il l'emportait encore en Angleterre.
La cruelle devise des purs Flamingants, dont l'origine germanique n'est contestée par personne : Wat Walsh dat is falsch, sla dod !, « ce qui est wallon est faux, tue-le! » n'est qu'une des multiples expressions de la cruauté allemande.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que les Allemands ont contracté l'habitude d'opposer le mot Deutsch, synonyme de tout ce qui est pur et vrai, aux mots Français et Welche, résumant d'après eux tout ce qui est vicieux et faux.
Les termes de Walch, de Welch, devenus celui de Welche avaient, il y a dix siècles la même intention malveillante et méprisante que ce dernier a encore de nos jours.
Cette désignation étendue à tous les peuples répartis de ce côté-ci du Rhin, a été déformée sous les noms de Wallons, Helvètes, Wakes ; sous toutes ces différences elle conserve, pour l'Allemand, son sens haineux.
Les injures exprimées en latin par les écrivains bavarois du moyen âge à l'égard des Welches, correspondent textuellement aux termes de mépris employés couramment par les littérateurs et les pédagogues allemands d'aujourd'hui : les Français ont toujours constitué et constitueront toujours, aux yeux de l'Allemand, l'ennemi héréditaire, la race abhorrée, « le peuple pourri ».
En Alsace, le nom de Schwob (souabe) était appliqué indistinctement à tous les Allemands, accompagné toujours d'une épithète telle que misérable schwob, schwob imbécile, schwob madfé, schwob intrus [Hergeloffener Schivob). Ces épilhètes, nous dit M. Barth, représentent les vertus cardinales que l'humeur populaire attribue, en Alsace, aux Allemands.
LES CARACTÈKHS NATIONAUX 55
Elle implique d'ailleurs, encore plus de mépris que de liaine. Le refrain le plus poj)ulaire de Strasbouri; se termine par ces mots : ne laissons pas entrer d'Allemands dans la maison. (Lasst mer nur kein Sc/iwowe ins haus].
Alexandre Dumas, dans la Terreur prussienne, paru après la i;uerre de l'Allemajine contre l'Autriche en 1806, écrivait : « Quiconque n^a pas voyagé en Prusse ne peut se faire une idée de la haine que les Prussiens professent à notre égard. Olte haine contre la France, haine profonde, invétérée, indestructible, et inhérente au sol, on la sent flotter dans l'air. Plus tard, dans les Souvenirs d'un voyar/e scolaire en Allemagne, en 1883, M. Lavisse nous re[)résente le même sentiment d antipathie cultivé systématiquement à tous les degrés de l'enseignement allemand et pour ainsi dire organisé et réglementé.
On a cherché à expliquer la cause de ces antagonismes irréductibles par des conflits d'intérêt, par des oi)positions de caractère. En réalité il ne s'agit que de répulsions spécifiques d'ordre instinctif.
C'est ce qui faisait dire à M. Clemenceau, en parlant du différent qui a abouti à la séparation de la Suède et de la Norvège : « Haine violente du côté norvégieji, d'autant plus implacable qu'il n'y avait pas d'explication à en donner. »
En eflel, ce qui indique qu'il s'agit bien d'une opposition instinctive, c'est que, ni la communauté de langage, de religion, d'intérêts immédiats ne saurait en triompher.
Un exenq)le frappant s'est passé sous nos yeux, pendant la guerre, à la poudrerie de Sevran.
Les Kabyles, de race berbère et les Marocains, de race arabe n'ont pu, sans provoquer de graves incidents, être associés dans leur travail, ils étaient cependant déjà rapprochés par une communauté de mœurs el de religion. Leur ressemblance qui n'aurait pas i)ei'niis à un observateur vulgaire de les discerner n'était cependant pas suflisante pour qu'ils puissent fraterniser.
C'est que l'incompréhension d'où résultent le défaut d'affinités, l'incompatibilité et par suite l'antipathie ne tire son origine que de différences biologiques et psychologiques de l'organisme et de la mentalité.
J'ai, dans des publications antérieures, démontré le rôle prédominant joué par les dégoûts sensoriels dans l'antagonisme des races. Je me bornerai à les signaler en i)assant (1).
Comme l'écrivait si justement M. Henry de Varigny, dans un article sur le problème des races : « Du moment où la différence dépasse certaines limites, c'est Tantagonisme, et les formules creuses que l'on jette au vent pour le nier ne servent de rien. »
(Ij BÉRiLLON : Les odeurs animales et V antagonisme des races [Société de Pathologie comparée]^ Juin 1915.
— La bromidrose fétide de la race allemande, 1915.
— La psychologie de la race allemande. Brochure in-8°, 1917, 40 pages.
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56 EDGAIl BÉKILLON