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II. — Constance héréditaire des types physiques

Lorsqu'on se livre à l'étude des races humaines, la première question qui doit se poser est la suivante :

« Existe-t-il pour les hommes, comme cela se passe chez 1-es animaux, des races pures ? »

Pour un certain nombre de races, la réponse n'est pas douteuse. Placées par leur situation géographique et par les conditions de leur existence à l'abri des invasions ou des pénétrations pacifiques, elles n'ont été l'objet

(1) Gustave Le Bijn : Les premières civilisations, 1889.

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d'aucun mélange. La transmission des caractères ethniques qui les distiniiuent s'est effectuée, depuis leur origine, par transmission héréditaire ininterrompue.

Cette constance, à travers les temps, des caractères spécifiques "des races est démontrée, non seulement par les observations anthropologiques, les reconstitutions ethnographiques, mais aussi par les représentations figurées où les artistes ont reproduit les traits de leurs contemporains. Après d'autres auteurs, Broca, en 1898, le mentionnait dans les termes suivants :

« Si l'on mettait en doute l'identité des types anciens avec certains types modernes, il suffirait pour faire cesser toute hésitation, de renvoyer aux sculptures et aux dessins qui ont été retrouvés sur les monuments de lEgypte, et (]ui remontent aux époques les plus reculées.

)) Dans plusieurs scènes qui y sont figurées, on aperçoit parmi les hommes blancs des diverses races caucasiques, des nègres exactement semblables aux Ethiopiens modernes.

» Je citerai en particulier la grande procession de Thotmès IV, qui date de 1700 avant Jésus-Christ, et les sujets représentés sur les monuments d'Aménophis 111, de Horus, de Ramsés II, de Ramsés 111, etc.... » A l'époque des Pharaons, le nombre des races différentes que l'on peut reconnaître distinctement à leurs caractères physiques ne s'élève pas à moins de six. {Fig. /.)

L'opinion de Broca sur la fixité des difïérents types humains se trouve accentuée dans les passages suivants :

« Malgré les alternatives de splendeur et de décadence, malgré le changement radical des institutions et des mœurs, des connaissances et des croyances, l'étude des peintures et des sculptures antiques, celle des momies et des ossements épars dans le sein de la terre, prouvent que les anciens types se sont conservés sans altération.

« Les crânes de nos barbares ancêtres n'étaient ni plus ni moins caucasiques que les nôtres, quoique près de vingt siècles se soient écoulés depuis que les légions de César disséminèrent sur notre sol fécond les premières semences de la civilisation. Il suffit de jeter les yeux sur les magnifiques planches de l'ouvrage publié à Londres sous le titre de Crania Britannica, pour reconnaître que les anciens Bretons, les aborigènes antérieurs à l'occupation romaine, avaient le crâne aussi beau, aussi vaste, aussi caucasique que celui des Anglais modernes.

» D'un autre côté, les paysans de la vallée du Nil désignés aujourd'hui sous le nom de Fellahs, ont exactement conservé le type des anciens Egyptiens, chose d'autant plus remarquable que, depuis la conquête arabe, ils ont fréquemment croisé leur race avec celle des vainqueurs. L'identité des Fellahs actuels et des Egyptiens de l'époque pharaonique a été établie par le savant Morton, d'après la comparaison des crânes, et elle n'a pas paru moins évidente à M. Jomard, qui l'a exprimée énergiquement dans la phrase suivante : « A l'aspect des hommes du territoire d'Esneh, d'Ombos,

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OU (lEdfou, ou des environs de Selselé, il. semblerait, dit-il, que les figures des monuments de Lalopolis, d'Ombos, ou d'Apollinop()lis-Majj;iia, se sont détachées des murailles et sont descendues dans la campagne. »

A ces exemples, tirés de l'archéologie égyptienne on pourrait en ajouter beaucoup d'autres, empruntés au liénie des artistes de la Grèce et de l'Italie. Des liguriues eu bronze et des médailles de l'époque galloromaine nous apportent également la preuve que le type actuel de nos populations du Centre de la France est absolument identique à celui des Gaulois.

FiG. 2. — Paysan gallo-romain.

Le paysan gaulois chevauchant sur un petit cheval du pays, tel que nous le représente une statuette de bronze de l'époque gallo-romaine nous montre que le type des habitants des montagnes du centre de la France n'a pas plus changé que celui de leurs chevaux. (Fi//. 2.)

Il en est de même du moissonneur dont la silhouette apparaît dans un des médaillons de la cathédrale d'Amiens. Par sa taille bien découplée, sa robusticité, ses attaches fines, le rythme énergique de son travail, ce paysan du moyen âge est bien en ligne directe, l'ancêtre de notre cultivateur français. (Fig. 3.)

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Hans Buriiinair et les graveurs allemands du \v^' et du xvi^ siècle nous permettent la comparaison des reîtres et des lansquenets avec les boches d'aujourd'hui, Leur raideur, leur lourdeur, leur grossièreté, leur aspect

. ^rfSWfflï!^^ Tî

FiG. 3. — Paysan IVaiiçais du moyen-âge. iCathédrale d'Amiens.)

général de brutalité et de férocité prouvent que la race allemande n'a pas changé. (Fig. 4 et 5.)

M. Eulard, directeur du musée de sculpture comparée du Trocadéro, a remarqué que le type ethnique apparaîtclairement dans les représentations de personnages sur les monuments des dillerents pays. Les artistes tendent à représenter le type de la race à laquelle ils appartiennent euxmêmes. Cela est encore plus apparent dans les compositions du xn^ au xvi^ siècle.

Il est donc évident que des races humaines se sont perpétuées en présentant d'une façon constante les caractères physiques qui les avaient distinguées depuis leur apparition sur le globe. Vivant sur le même sol, s'unissant entre congénères, animés des mêmes sentiments, il n'y a, en effet, aucune raison pour que leurs éléments constitutifs se soient modifiés.

S'il est une espèce où les croisements des races soient fréquents, c'est bien l'espèce canine. Malgré cela, le mélange des races de chiens n'a pas encore abouti à une race mixte. Il est certain que les chiens des rues ne constitueront jamais une race définitive et qu'il sera toujours possible de distinguer des mâtins, des épagneuls, des dogues, sans compter les variétés les plus diverses, depuis les lévriers jusqu'aux carlins et aux bichons.

Sil en est ainsi, c'est que la transmission des caractères spécifiques des

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races s'effectue dans toute la série animale, avec une précision si absolue que le moindre trouble apporté dans le mécanisme héréditaire réalise une cause de déchéance et de suj)pression.

Les êtres vivants ne se défendent contre les innombrables causes de mort et de destruction qui les menacent que par une complète adaptation

FiG. 4. — Reitre allemand du xv* siècle blessé et pansé par un (-hirurgien. (Gravure allemande de l'époque.)

à des conditions d'existence invariables. De là, la nécessité de reproduire indéfiniment le type le mieux adapté au milieu.

Les générations doivent donc se succéder toujours frappées à la même efligie.

Les pièces dont les reliefs sont mal imprimés ou s'effacent trop facilement n'ont pas cours sur le marché social. Elles sont promptement retirées de la circulation.

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C'est là le cas des métis qui, par le fait qu'ils ne sont que deg types atténués, ne sont appelés à jouer qu'un rôle incomplet ou négatif dans la transmission des caractères spécifiques, puisqu'ils en sont dépourvus.

FiG. 5. — Reitre allemand du xvi* siècle. (Hans Burgmair.)

L'hérédité n'arrive à son but, qui est la conservation indéfinie de la race, que par l'application rigoureuse de deux lois fondamentales : la loi de constance et la loi de reversion.

La loi de constance est caractérisée par la reproduction chez le produit des caractères spécifiques de ses ascendants. A ce point de vue l'hérédité de la taille, se poursuivant à travers d'innombrables générations, apparaît comme une de ses démonstrations les plus frappantes.

La transmission héréditaire et l'innéité des caractères anatomiques et physiologiques sont des faits si éclatants qu'il n'est jamais venu à personne l'idée de les mettre en doute. Comme le dit justement Kibot, k tout vrai caractère est inné. »

La ressemblance liénérale des entants avec les parents se trouve exprimée dans un grand nombi'O do locutions populaires. Arislote la considérait comme la condition . la plus essentielle de la j)erpétuité de la race. « Ne pas ressembler à ses parents, écrit-il, c'est une sorte de monstruosité, car dans ce cas-là la nature a dévié de l'espèce en une mesure quelconque. »

m. — La reversion au type primitif.

La loi de reversion neutralise les effets de l'infraction aux lois naturelles qui résulte des croisements des races différentes, par le retour au type ancestral ou primitif.

Dans rantagonisme, entre deux races différentes, l'hérédité prend délibérément parti pour la plus forte. On peut dire qu'elle n'hésite pas à faire pencher la balance du côté de la race qui, par son ancienneté, par son adaptation au sol, par son acclimatement, par sa résistance, par sa sobriété, par sa supériorité en un mot, l'emporte déjà en fait sur l'autre.

C'est, il faut le reconnaître, de la façon la plus implacable qu'elle justifie le mot de l'Évangile « A celui qui n'a rien, on retirera le peu qu'il a ; à celui qui possède, on lui donnera encore davantage. »

Les éleveurs et les zootechniciens connaissent la facilité avec laquelle, dans les races croisées, s'effectue le retour à l'ancêtre.

L'expérience journalière leur a

appris que, dès que la culture du

métissage cesse d'être l'objet d'une

surveillance rigoureuse, les effets de la loi de reversion ne tardent i)as à

se manifester.

C'est au profit de l'une ou de l'autre des formes parentes que s'effectue le retour. La race la mieux adaptée, c'est-à-dire la plus raçante, bénéficiera naturellement de cette réversion au type primitif.

Dans de nombreux cas, après une période de balancement i>lus ou moins 'prolongée, c'est d'une façon brusque que s'effectue la réapparition complète des traits de la race la plus vigoureuse.

La loi de la réversion s'effectue avec une constance numérique dont la démonstration a été fournie par diverses expériences se rattachant à l'application des lois de Mendel.

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FiG. 7.

Mendel, moine tchèque, en croisant des variétés de pois de fleurs de couleurs ditîerentes était arrivé à la conclusion que, dans les fécondations croisées, les caractères dominnuts l'emportent dans une proportion déterminée, en Unissant par aboutir au retour aux types primitifs.

En opérant sur des souris grises et des souris blanches, Cuénot a également constaté que la couleur grise (dominante) l'emportait sur la couleur blanche (dominée) dans la proportion des trois quarts; c est-à-dire que trois '; quarts retournent au type primitif t gris, tandis que le type blanc se trouve réduit à un quart, sans fusion des couleurs comme l'indique la représentation schématique devenue classique {fig. 7 .)

Une expérience analogue portant sur des croisements de poules bantams noires et avec des bantams blanches, s'est traduite, après quelques fluctuations, par le retour des produits, soit au type blanc, soit au type noir {fig. 7.)

Dans une nation, pour peu qu'une des races composantes prenne le dessus, très rapidement, par une progression géométrique, elle arrivera à l'emporter sur toutes les autres et à les absorber.. Un calcul élémentaire suffit pour le démontrer.

San son, auquel on doit les études les plus approfondies sur les conséquences du métissage, est arrivé à la conclusion que, quelles que soient les influences mises en jeu pour faire varier les produits des croisements, les caractères typiques de la race persistent indéfiniment.

« Dans les cas d'accouplement entre individus de types difl'érents, disait-il, les produits qui en résultent n'ont point acquis un type qui leur serait propre et qu'ils puissent transmettre indéfiniment à leurs descendants. Au bout d'un très petit nombre de générations, c'est le type fixé ou naturel de l'un ou de l'autre des premiers ascendants qui est transmis. » 11 a présenté à l'Académie des preuves expérimentales qui ont été considérées comme péremptoires.

Le Professeur Dechambre, de l'École d'Alfort, pose en principe que la reproduction des métis en état de liberté fera toujours disparaître dans un délai rapproché le faciès composite au profit du retour aux formes primitives.

La conservation des races se trouve protégée contre les altérations résultant des croisements par la rigueur inéluctable de la « loi de réversion ».

Les effets de cette loi pourraient être comparés à ceux qui résultent du mélange de l'huile et du vin. L'association des deux éléments ne peut être

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maintenue que par une intervention active et continue. La liberté laissée au mélange a pour effet immédiat de réaliser la séparation complète de de l'huile et du vin.

De la connaissance de cette loi, il résulte que la conception de races humaines métissées est en contradiction avec les lois de la biologie. Ajirès quelques générations, toute trace de métissage a disparu et les individus peuvent tous être envisagés comme étant de race pure ou tout au moins en voie de retour vers l'état de pureté. Ce n'est qu'une question de quelques générations.

Pour les races humaines, la loi biologique de retour à un type pur se trouve encore accentuée par un grand nombre d'inlluences d'ordre psychologique et social. Dans cet ordre d'idées, il faut mentionner l'éloignement manifesté par le mulâtre pour la race dont il est le plus éloigné. Le mulâtre noir, dans ses fréquentations, se rapproche toujours de la race noire; tandis ([ue le mulâtre clair a des affmités pour la race blanche dans laquelle il cherche à se confondre.

Un exemple nous en est donné par la population de la République d'Haïti. Après avoir été composée de blancs et de nègres, puis de mulâtres, elle est bien près d'être revenue complètement au type absolument nègre.

Dans l'article « métis» du Dictionnaire des sciences médicales, Daily mentionne qu'à la suite de la reproduction des mulâtres, entre eux, on observe le retour des produits soit à la race blanche, soit à la race noire.

Un fait observé personnellement par le Docteur Thibault confirme cette opinion. Un traitant portugais Do de Souza, à sa mort, en 1849, laissa au Dahomey une centaine denfants issus des quatre cents femmes de son harem. Le roi du Dahomey, hostile aux métis, les parqua dans une enceinte, sans communication avec le reste de la population. En 1863, chez des enfants de la troisième génération, on constata que la couleur dela peau était revenue au noir foncé.

Au Pérou, où la majeure partie de la population fut pendant un certain temps composée de métis, on constate qu'ils se rapprochent actuellement beaucoup plus du type indien que du type espagnol. On peut en inférer que dans un temps assez rapproché les Péruviens seront revenus au type indigène. Au Brésil, le retour au type indien ou à celui du type européen s'effectue avec la même rapidité. En ce qui me concerne, j'estime que c'est à cette circonstance qu'il faut attribuer l'accroissement continu de la valeur intellectuelle et morale de ce grand pays.

Ces faits ne s'appliquent pas seulement aux croisements des races très différentes de coloration, mais à ceux des races blanches. Après ({uelques générations, la race prédominante par l'adaptation, par l'acclimatement, par la supériorité intellectuelle, a rapidement absorbé tous les produits d'importation, et le retour à la race indigène primitive est ainsi toujours assuré.

C'est donc en vain que les erreurs ou les intentions des hommes feraient des races nouvelles ou des races mélangées, puisque, selon l'expression

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de Flourens, t'ilos teiulent à se défaire, c'est-à-dire à revenir au type anlérieur.

Il faut reconnaître iiue cette race indigène n est pas seulement favorisée dans cette absorption à son profit par ses avantaiies biologiques, mais par de nombreux adjuvants psycboloiiiques.

L'opinion que les races les plus pures n'ont pas manqué d'être métissées par l'effet des invasions dont elles ont été les victimes serait exacte sans l'existence de la loi de retour au type indigène primitif.

L'influence exercée par les invasions sur les races est essentiellement transitoire.

Michel .Mebznier qui a étudié avec l)eaucoup de persévérance et de sagacité le rôle des croisements chez les oiseaux est même arrivé à des conclusions encore plus formelles. Il pense que la tendance de deux espèces à se croiser, quelles qu'en soient les causes, peut contribuer à ce qu'une espèce soit complètement absorbée par l'autre. Il suffirait pour arriver à ce résultat que Fune d'elles soit plus nombreuse que l'autre. Si l'on considère que les lois biologiques s'appliquent avec la même rigueur à l'homme (}u'aux autres animaux, il ne faudra pas s'étonner de la rapide absorption par une race adaptée et vigoureuse de tous les éléments étrangers qui s'en approchent.

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