‹ Les carbonari, -ou, Naples en 1821Chapitre 23 sur 82 · ACTE I, SCEiNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCEiNE VI

les ordres du roi ; les carbonari sont ses ennemis, et le temps des ménagemens est fini.

MADAME NEFASTO.

Mais les carbonari sont encore tout-puissans ; et....

NEFASTO.

Ils sont perdus, mon amie ; il ne leur reste aucune chance de salut. La discorde et la confusion les plus complètes régnent dans leur armée , et je dis exprès leur armée, car je n'oserais plus maintenant appeler armée du roi la troupe qui s'est parjurée en masse, en devenant un ramassis de carbonari : il n'y a plus ni discipline , ni subordination dans cette armée; tous veulent commander, personne ne consent à obéir; on se débande , on ne s'entend plus; et c'est ce qui devait arriver dans cette fameuse conception de nos modernes Brutus, dans cette institution aussi ridicule que révoltante de nos législateurs à la mode, où le caporal, et quelquefois même le simple soldat, prétendent donner des ordres à leurs supérieurs. Il y a plus encore , la plus grande partie de cette armée est repentante, elle revient à nous ; et si , comme je le pense, et comme j'ai raison de le croire, les Autrichiens ont déjà dépassé la frontière, ils n'auront affaire qu'à une poignée de forcenés, qu'ils disperseront en un clin d'œil; ils marcheront, pour ainsi dire, par étapes; et, dans cinq ou six jours, j'espère voir à Naples nos alliés triomphans.

MADAME NEFASTO.

Vous me faites mal , monsieur Nefasto ; et moi j'espère ne jamais les voir ici. Mon cœur italien

23 LES CARBOiNAlU,

bondit , il se brise à la vue de ces odieux esclaves qui viennent ici en maîtres nous dicter la loi; ils seront, je l'espère, exterminés , anéantis. El vous , monsieur Nefasto! vous, Italien comme moi, vous seriez enchanté , dites-vous , de voir arriver ces hordes barbares, qui se nourrissent du plus pur de notre sang , ces ennemis naturels de notre belle patrie, doit ils dévorent une partie, et dont ils dévoreraient le reste en venant ici ! Serait-ce parce qu'ils se présentent sons le prétexte de raffermir l'autorité de ces princes, image de Dieu, selon vous? Mais ces princes, qui sont-ils?Qaoi! vous osez parler de parjures en les nommant? Et qu'ont-ils fait autre chose, ces augustes personnages, que de se parjurer dix, vingt fois, ici, en Sicile, partout! Ifs se parjureraient aujourd'hui, demain, tous les jours une fois, s'il le fallait, pourvu que cela convînt à leursintérôts! Quoi! le parjure d'un simple soldat, d'un homme obscur, qui ne saurait entraîner personne à l'imiter, serait à vos yeux plus criminel que le serment faussé par un souverain qui fixe les regards de tous ses sujets, par un souverain dont l'exemple a le plus grand retentissement, et dont le parjure assurément a été cause de celui que ces mêmes soldats, que vous blâmez, ont accompli sans scrupule ! Souvenez-vous de ce mot, mon ami : « Lorsque Auguste buvait , la Pologne était ivre. » Ce mot est profond, monsieur Nefasto: il enseigne que c'est aux rois qui gouvernent les peuples qu'il faut attribuer les vices ou les vertus qui caractérisent ceux-ci. Ferdinand a été longtemps roi dans Naples; regardez ce peuple, indolent.

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