ACTE II, SCENE I
autrement, par amitié pour ton père, crois-moi, mon enfant, pour l'amour que je te porte , abandonne cette caverne de scélérats, (ii entre dans légiisc. )
CHARLES (à part).
Oh ! non , mon père ; ce n'est pas dans ce moment que je perdrais de vue ceux qui le veulent du mal.
BUONAROTI (en s'avançant).
Voici ces dames. ( Entrent la Princesse et la Duchesse voile'es ) LA PRINCESSE (à Charles et Buonaroli).
Allons obtenir l'absolution de nos peccadilles.
LA DUCHESSE
Allons gagner nos indulgences.
LA PRINCESSE
C'est cela : la messe , l'aumône , la bienfaisance d'un côté , quelques peccadilles de l'autre , la-partie est soldée, et le paradis nous est acquis.
(Elles entrent dans l'cglise suivies par Charles et Buonaroli. Les mêmes voix et les mêmes cris recommencent ; on fait cercle autour des grimaciers et des polichinelles qui s'établilsent sur la place. Entrent madame Nefasto et Julie voilées , en sortant de l'hôtel Nefasto; elles se dirigent vers l'église; Edmond, en observation sur le seuil de la porte du café, accourt auprès d'elles, de manière à ce qu'ils se trouvent, en partie, monte's sur le» marches de l'église.)
EDMOND
Rien de changé?
JULIE
Hélas , Edmond !
EDMOND
Je trancherai le nœud gordien : je^le provoquerai, et je le tuerai.
MADAME NEFASTO.
Qui? de Pietra-Catella? (Edmond se tait). Y penseslu , Edmond ! un lâche , qui te dénoncerait au
prince, au roi, à la sainte-aiJiance, s'il le fallait!
JULIE
N'ajoulepas, mon ami, de nouveaux embarras aux chagrins de tous genres qui nous tourmentent.
EDMOND
Quoi encore?
JULIE
Que sais-je , mon Dieu ! on répand mille bruits sinistres sur !e compte de mon père; et je suis obligée de trembler pour ses jours, en perdant tout espoir pour moi-même ; on dit qu'il a été carbonaro, et qu'il persécute maintenant les carbonari; on ajoute
EDMOND
C'est impossible , Julie : on prononce des sermens chez les carbonari ; ton père se parjurerait donc? il en est incapable.
JULIE
On dit pourtant qu'ils veulent sa mort; et je meurs de deux manières. (EUe pleure.)
EDMOND
O comble de malheurs!... que faire donc?
JULIE (en montrant l'église , entre le désespoir et l'abattement ).
Le bon Dieu m'inspirera.
3IADA.ME NEFASTO.
Ne VOUS désolez pas, mes enfans : nous nous expatrierons, nous irons à l'étranger, nous changerons de nom , vous serez mariés , et moi je vous suivrai.