‹ Les carbonari, -ou, Naples en 1821Chapitre 62 sur 82 · ACTE IV, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II

besoin do multiplier le nombre de nos frères, que nous répandrions le sang ! songez-y bien, mescbers cousins , ce sont les martyrs et non les oppresseurs qui font des prosélytes. Eli quoi ! enfin , nous qui combattons la tyrannie, nous serions tyrans nousmêmes ! la motion de M. Siniscalchi est donc , pour le moment du moins, inutile, dangereuse, impolitique, et en même temps contraire à nos institutions. Ce n'est pas tout , mes bons-cousins ; vous avez ici votre grand-maître, et le jeune ami qui siège à ma gauche, qui sont, l'un le beau-fils, l'autre le fils de celui dont on veut décréter la mort : ces raisons ne seront -elles pas d'un grand poids sur vos cœurs généreux? aurez-vous le courage de leur arracher la vie , en votant la mort du père de l'un, et du beau-père de l'autre? Je vote pour l'ajournement. (U s'assied).

LE GRAND-MAITRE ( frappe un coup et se lève).

Je ne veux pas , quant à moi , qu'on ait le moindre égard à ma position. Je prouverai au contraire, malgré la chaleureuse allocution que nous venons d'entendre , qu'il est de l'intérêt de notre propre existence d'efi'rayer les traîtres qui sortent de notre sein, qui sont en possession de nos secrets.

CHARLES ( à pari ).

Qu'entends-je? Cellini contre mon père !

LE GRAND-MAITRE

Je parle à des carbonari ; et aucun de vous , j'en suis certain , ne sera étonné de ce que moi , le beau-fils de Nefasto ^ je prenne la parole contre le père de ma femme , lorsque j'ai acquis la certitude,

par les faits irréfragables qu'on vient de mettre sous vos yeux , que ce père est un monstre d'iniquité , un persécuteur infame de nous tous , mes bons-cousins, dont il était le frère, de notre ordì e respectable, dont il était un des membres. Vous le savez, mes bons-cousins, c'est dans le but de conquérir la liberté, que notre ordre a été institué ; et c'est exclusivement à l'impénétrable secret que nous avons religieusement observé dans nos travaux, que nous devons notre régénération politique. Eh! que deviendrions-nous tous, mes bonscousins , que deviendraient cet ordre et cette sainte liberté, si, assurés de l'impunité, nous allions, vous ou moi, en divulguant les secrets de nos ventes, travailler à détruire aujourd'hui , l'indépendance qu'hier nous avions conquise? C'est pourlantd'un crime, beaucoup plus odieux que celui que je viens de désigner, que Nefasto s'est rendu coupable: je le répète donc avec la plus profonde conviction de mon cœur, la mort de cet homme est indispensable au salut de la liberté et conséquemment à celui de notre existence; il faut, s'il y a encore un traître parmi nous, qu'il sache que toutes les cuirasses, que la protection de tous les puissans de la terre, ne l'euipêcheront pas de tomber victime de notre juste vengeance. Non, nies bons-cousins, ce n'est pas le ministre de la police, notre ennemi, que je trouve criminel; c'est ce minisi re ex-carbonaro qui mérite d'être puni. Nefasto payen et ministre de la police . je l'aurais absous ; Nefasto eX'Carbonaro, persécuteur de nos frères, je le condaiijnc., (iiserassicu.)

Page 1