‹ Les carburants de remplacementChapitre 12 sur 56 · NU FRS · texte numérisé non relu

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8 3. L'’Alcool.

L'alcool, imposé pour des raisons économiques, a révélé à l'usage des qualités techniques; en regard de l'essence, il présente des avantages qui balancent dans une large mesure ses inconvénients.

Son défaut essentiel tient à l'insuffisance de son pouvoir calorique. Il produit 6.000 calories par kg. quand une même quantité d’essence en fournit 11.000. La puissance du moteur est affaiblie d’autant par l'emploi de l'alcool. Cette insuffisance de calories contrarie par surcroît l’évaporation du carburant et la formation du mélange gazeux détonnant reste imparfaite. Le résultat tangible de cette pénurie en calories est pour l’automobile une consommation accrue en quantité pour compenser l'insuffisance du mélange détonnant en qualité; l’affaiblissement des reprises motrices du véhicule dans les côtes et dans les démarrages, et surtout une mise en marche souvent difficile. C’est pendant l'hiver, lorsque le métal du moteur est refroidi, que l’évaporation de l’alcool est lente et par suite la mise en marche du moteur difficile et capricieuse. A ces défauts, qui tiennent tous à la pauvreté calorique de l’alcoo!, s’ajoutent ceux qui résultent de son pouvoir corrosif.

Les vernis et les peintures sont dissous; les soupapes et les joints sont attaqués; l’huile assurant la lubrification des pistons et des cylindres est desséchée; les impuretés solides qui se trouvent dans le réservoir sont même fréquemment dissoutes, elles passent dans le carburateur et provoquent des pannes de moteur. Cette action dissolvante s’exerce surtout dans les citernes des commerçants, où elle décape les parois; et les impuretés qui en résultent passent ensuite dans les réservoirs des voitures. Les inconvénients de l’alcool sont graves et nombreux. Mais aussi multiples et aussi désagréables qu’ils puissent être, il n’en est pas qui ne comportent de remède.

L'action dissolvante de l’alcool oblige seulement à cer-

OUAYES

faines précautions. Et depuis que l’usage d’un carburant poids lourd comprenant un fort pourcentage d’alcool est entré dans les mœurs, les distributeurs d’essence procèdent au nettoyage de leurs citernes et les constructeurs des véhicules évitent de mettre le carburant au contact de peintures ou de vernis. Enfin, des huiles spéciales sont employées au graissage des cylindres. Tandis que l’action corrosive de l’alcool ne contraint qu’à des mesures de protection, la pauvreté calorique de l’alcool oblige au contraire à des modifications du moteur.

Celui-ci reçoit une avance à l’allumage plus grande et une compression de gaz plus forte qui compensent utilement la pauvreté du mélange. Le carburateur, lui aussi, recoit un réglage approprié par une modification du diamètre de la buse et des gicleurs et par l’allégeement du flotteur, de façon à palier aux différences de densité qui existent entre l’alcool et l’essence. Ces modifications qui ont été appliquées permettent, dès maintenant, à la fois d’apprécier pleinement les avantages de l’alcool carburant et de diminuer considérablement sa consommation. Les deux vertus essentielles tiennent à son pouvoir décalaminant et à sa qualité d’être antidétonnant. Son action dissolvante empêche la formation de calamine qui se dépose sur les parois des culasses et le bas des pistons. Cette calamine disparaît même par l’emploi continu de l'alcool; d’autre : part, l'explosion de l’alcool, moins violente que celle de l'essence, supprime le cliquetis et la détonation.

Une amélioration s'ensuit dans le rendement du moteur. Elle assure au carburant essence-alcool un rendement effectif qui est bien supérieur à celui que son pouvoir calorifique indique d’une façon théorique. D'ailleurs, le Commandant Krebs, directeur des Etablissements Panhard et Levassor, disait en 1907 : (déposition devant la Commission Ribot) : « 1 kg. d'alcool donne moins de calories que 1 kg. d'essence. Il faut 7 m° 400 pour l'alcool, 12 m° 320 pour l’essence. De sorte que, finalement, 1 m° de mélange d’alcool ou d’essence donne à peu près la même quantité de calo-

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ries. Ainsi un même moteur donne la même puissance qu’il brûle à l’alcool ou à l'essence. »

Aussi, sur une automobile qui est bien adaptée à l’emploi de l’alcoo!, un mélange de 30 ou 50 % n’entraîne pas un excès de consommation supérieur à 8 ou 10 %. Et une Commission de l’Institut de Technologie de Copenhague affirme même que sur un moteur bien adapté, le mélange 80 % alcool et 20 % essence a, comparativement à l’essence, un excédent de consommation qui est nul.

C’est ainsi de façons bien diverses qu’à partir de quelques corps simples, il est possible de produire diverses sortes de carburants. Les descriptions précédentes n’envisagent que les procédés principaux. D’autres préconisent aussi la synthèse de l’essence à partir du caoutchouc, celle de l’hydrocarbure à partir des phénols. Cette diversité dans les procédés de fabrication suscite dans la plupart des pays des installations expérimentales et parfois même des installations industrielles. Les possibilités techniques des carburants de synthèse autorise la conception de programmes économiques, et ces programmes accélèrent à leur tour la création de succédanés à l’essence.

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