‹ Les carburants de remplacementChapitre 31 sur 56 · CONSIDERATIONS DE GEOGRAPHIE ECONOMIQUE · texte numérisé non relu

CONSIDERATIONS DE GEOGRAPHIE ECONOMIQUE

Une classification des carburants de remplacement pourrait être établie selon le coût croissant de fabrication. Mais dans la limite où il n’est pas prohibitif, le prix de revient est presque accessoire. L’aptitude à être produit sur le territoire est l’essentiel; le carburant de remplacement est avant tout un carburant national et l’attitude de chaque pays à l’égard du problème des carburants est inspirée par la nature de leur matière première et le développement de leur industrie. La richesse en houille partout où elle existe assure la prééminence sur les autres sortes de carburants, des essences synthétiques et du gaz comprimé. L’Angleterre et l'Allemagne ont adopté cette politique en raison de la richesse de leur sous-sol. La production houillère est pour l’une de 190.000.000 tonnes et pour l’autre de

Loue

$ 1. Angleterre.

En Angleterre le charbon converti en essence atteint maintenant une quantité de 654.000 tonnes. Le traitement des houilles par la carbonisation à basse température porte sur 364.000 tonnes et les installations d’hydrogénation concentrées à Billingham transforment 600.000 tonnes de houïlle en 120.000 tonnes d’essence.

Enfin la production de l'essence par la distillation de la houille à basse température est pratiquée par la Low Temperature Carbonisation, qui expédie sur l’usine d’hydrogénation de Billingham la plus grande partie des goudrons primaires qu’elle produit. Toutefois, elle est sur le point de mettre en route dans son usine de Bolsover une usine de traitement direct de ces goudrons primaires, ce traitement consistant en un simple fractionnement qui sépare une fraction légère à employer comme essence, puis une fraction plus lourde qui, après lavage à la soude, fractionnement et rectification, fournira de l’huile Diesel. Le résidu est constitué par du brai qui sert pour l’agglomération de combustibles solides. Cette usine sera capable de traiter 100 tonnes par jour de goudrons primaires.

A Note

$ 2. Allemagne.

Encore mieux qu’à l'Angleterre, la production des essences synthétiques convient à l’Allemagne. En effet, à l'extraction de 165.000.000 de tonnes de houille, elle ajoute une production de 175.000.000 de tonnes de lignite, médiocre combustible, mais excellente matière première pour les carburants de synthèse. Aussi l'Allemagne produit dès maintenant le tiers du carburant qu’elle consomme.

Un tableau comparatif pour 1937 met en relief l’impor-

tance des carburants produits en Allemagne par rapport à ceux importés de l’étranger :

Importé Produit Pourcentage ESSeN COM eme not 2.345 1.250 Han GAZ OR ER ES 1.385 120 sa MazOn te RE Rte re 791 320 40,5 Pétroleslampant 7.0... 89 40 k4 ATOS SA ESS sente sua 540 14 25 Toile ie 5.150 1.870 35,9

D’après une publication récente, la première tranche d’un programme supplémentaire mise en œuvre dès maintenant devrait donner les résultats suivants :

Hydrogenaton dunlignite 2 eco deepeetee 350.000 >» Hvdrogépation de Ta-houille ,:.....,52 444402 150.000 >»

Carbonisation du lignite (nouvelles installations et RVARO LENOIR M tee see t as Dale es 400.000 > Synibése PisSChertshr hOoutler 22/2005 «eee 44 100.000 >» Synthèse Fischer sur lignite ....... enserese esse 150.000 >» Polymérisation de gaz d’hydrogénation craqués .... 50.000 » Total TR ES ee 1.200.000 >»

Il se peut, au surplus, que cette production synthétique soit volontairement sous-évaluée par le Gouvernement allemand, désireux de se constituer des stocks de guerre. Avant le régime hitlérien, lorsqu'il était possible d’étudier librement l’industrie allemande, il était avéré que les usines de Leuna, si elles produisaient effectivement 100.000 tonnes

d’essence, étaient capables d’en fabriquer le double ou le triple.

Une comparaison entre les capitaux employés dans l’usine Leuna, et ceux investis dans les usines nouvellement créées, permettent de penser que dans l’industrie allemande de synthèse, l'excédent de la production effective sur la production officiellement déclarée peut atteindre le triple.

A l’est de l’Allemagne, 100 millions de marks, puis 151 millions étaient consacrés à la production des essences synthétiques par la Braunkohlen-Borsig. A l’ouest, 151 millions ont été aussi affectés en 1937 à la production d’essence synthétique dans le bassin de la Rhür.

Au total 7 milliards de francs ont été investis. Il semble que de telles réalisations devraient permettre aux essences extraites de la houille de satisfaire à la majeure partie des besoins allemands.

La houille devient ainsi la matière première presque exclusive par laquelle l’Allemagne cherche à se passer entièrement d’essence.

Aux carburants liquides, tous issus du charbon, il faut ajouter des carburants gazeux : gaz d’éclairage, propane et butane, sous-produits de l’hydrogénation et qui équipent au total 50.000 véhicules. Enfin, 2.000 véhicules à gazogène sont pour la plupart alimentés en charbon, et 6.000 véhicules électriques sont eux-mêmes alimentés le plus souvent par un courant électrique obtenu dans les centrales thermiques.

$ 3. France.

La France est empêchée d’imiter entièrement l’Angleterre et l'Allemagne par sa pénurie de charbon. Toutefois, la production de carburants, à partir de la houille, pourrait y être justifiée par le souci même d’utiliser plus complètement des charbons, car les dépenses importantes effectuées pour leur achat à l’étranger leur confèrent le « caractère de produits précieux.

L’importation d’anthracite (2.712.167 tonnes), de coke de chauffage domestique (1.250.000 tonnes), de briquettes de lignite (384.328 tonnes), d’agglomérés (616.801 tonnes) nous coûtent annuellement 5 milliards environ. Or, c’est un véritable gaspillage de combustible que de brûler du charbon dans un foyer ordinaire. On perd sous forme de fumée une quantité importante de calories et de produits chimiques. La distillation du charbon évite ce gâchis; elle utilise la houille dans sa totalité.

Les 8 à 9/10 des houiïlles mises en œuvre subsistent à l’état de carbone purifié : les semi-cokes, et ceux-ci sont des combustibles excellents. Ils peuvent se substituer dans la plupart des cas au charbon le plus cher : l’anthracite.

Leur faible densité et leur grand pourcentage de cendres qui atteint couramment 8 à 11 % contraignent seulement à un nettoyage et à un chargement plus fréquent du foyer. Leur usage dans les fours industriels à la place de l’anthracite oblige au surplus à perfectionner la ventilation de la cheminée. Ces légères incommodités et ces légères transformations dédommageables au surplus par l'Etat sont la faible contre-partie des avantages considérables que procurerait la distillation de la houille. Et il serait pour le moins surprenant que des considérations de commodités sensibles à des particuliers suffisent pour empêcher un enrichissement général de la nation. À une importation d’anthracite très onéreux, on substitue celle de charbon ordinaire bien meilleur marché que l’on trans-

forme ultérieurement en semi-coke. Aussi, bien qu'il faille 1 kg. 3 de charbon pour équivaloir à 1 kg. d’anthracite et 6.000.000 tonnes pour remplacer 4 millions et demi de tonnes d’anthracite, la seule substitution dans les importations d’un anthracite à 54/CIF par des fines de houille à 22/CIF se manifesterait pour la balance commerciale par un gain de 84 millions. L’amélioration serait plus sensible encore à la rubrique des combustibles liquides qu’à celle des combustibles solides. Une tonne de houille produit par sa distillation 10 g. d’essence répartis entre les gaz et les goudrons. En outre, on peut obtenir 80 à 90 kg. par l’hydrogénation des goudrons dont le rendement est de 80 %, soit au total près de 1.000 kg. d’essence.

Ainsi les 6 millions de tonnes de houille distillées à basse température procureraient près de 600.000 tonnes d’essence, soit le quart de la consommation française. Ils donneraient en même temps 606.000.000 de mètres cubes de gaz à pouvoir calorifique élevé (6 à 7.000 calories) dont l’usage dans les moteurs à gaz comprimé équivaudrait aussi à l'emploi de 600.000 tonnes d’essence. Ainsi, la suppression des importations françaises en anthracite libèrerait du même coup la France de la moitié de ses importations en essence. Le bénéfice annuel de cette opération. se manifesterait sur la balance commerciale par un gain de 3 milliards et demi. Le coût des installations des distillations à basse température envisagées pour ce programme et répartie sur tout le territoire peut être évalué à 600 millions — somme à laquelle il conviendrait d’ajouter le coût des installations d’hydrogénation des goudrons.

Le gain pour le pays pourrait être plus sensible encore si l’on substituait à l’anthracite non pas des « fines étrangères », mais des charbons français. Or, le sous-sol de la France, relativement pauvre en charbons maigres, est beaucoup mieux pourvu en charbons gras. On peut dire, à cet égard, que toutes ses ressources ne sont pas encore complètement utilisées et que, provisoirement au moins,

quelques-uns des gîtes houillers nationaux ne sont pas exploités à l’allure que l’on pourrait atteindre si l’on trouvait, pour les charbons gras, des débouchés plus aisés. (Voir notamment Etude de M. Desrousseaux sur les gîtes houilliers français, Min. des Trav. Pub. juillet 1938.)

La distillation de la houille à basse température pourrait mettre un terme à ce paradoxe économique en permettant d'accroître la production française de 10 millions de tonnes environ, chiffre tout à fait possible pourvu que des débouchés certains soient assurés à nos charbons riches en matières volatiles.

Certains fours, comme, par exemple, celui d’'Hydrocarb ont été conçus pour réaliser la distillation à basse température des charbons gras. Ils séparent les gaz et les goudrons et ils brûlent immédiatement dans des chaudières contiguës les semi-cokes qui offrent la particularité d’être pulvérulents. Ils conviennent plus particulièrement à certaines industries qui consomment des quantités importantes de combustibles. (Leur emploi est imposé dès maintenant, en Allemagne, aux Centrales thermiques d’électricité.)

Une politique nationale de distillation de la houille permettrait de tirer tout le profit possible des charbons nationaux et valoriserait au maximum les quantités que l’on serait encore contraint d'importer. En effet, la fabrication du coke procure des carburants de remplacement aussi bien que celle des semi-cokes. Une tonne de charbon cokéfié dans une cokerie chauffée au gaz riche donne 30 kg. de goudron, 10 à 12 kg. de sulfate d’ammoniaque, 6 à 10 kg. de benzol et 165 mètres cubes de gaz ayant un pouvoir calorifique de 4.300 calories. Les 2 millions 800.000 tonnes de coke actuellement importés, s’ils étaient fabriqués en France, dans des usines modernes, à partir de 3.650.000 T. de fines, correspondraient à 33.000 tonnes de benzol, 600 millions de mètres cubes de gaz à 4.300 calories, utilisables par exemple dans les moteurs à gaz et 55.000 tonnes d’essence par hydrogénation des goudrons,

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