POLITIQUE ECONOMIQUE
$ 1. Er temps de pair.
$ 2. En cas de guerre.
$ 1. Considérations de politique économique en temp de pair.
Ainsi des conditions naturelles fixent les aptitudes des nations à produire des carburants de remplacement. Des conditions sociales et politiques règlent leur tendance à s’y convertir : Selon qu’elles sont désireuses de libre échange ou éprises d’autarchie, les nations ont recours aux carburants de remplacement ou y restent indifférentes. Encore actuellement, des Pays comme la Hollande n’ont aucune politique de succédanés à l’essence. D’autre part, l’aptitude des Etats à intervenir dans le domaine économique règle la politique des carburants. En Allemagne, la satisfaction totale des besoins par l’essence synthétique exigerait 4 milliards de marks de capitaux et un million pour la Trésorerie. Les seuls tubes d’hydrogénation coûteraient chacun 3 millions. Le procédé de synthèse qui transforme la houille en essence ou le bois en alcool ne peut exister que dans les pays où il se trouve une main-d'œuvre abondante et spécialisée, des traditions techniques et une organisation enfin de l’économie, sous la direction de quelques entreprises ou de l'Etat.
La transformation de la houille en gaz d'éclairage et du bois en gaz pauvre s’imposent inversement dans les seules nations où il subsiste un régime de petite entreprise et de libéralisme économique.
L'application du gazogène à des véhicules, comme l’utilisation du gaz d'éclairage, doit se faire par le jeu d’initiative individuelle à condition qu’elle bénéficie de faveurs, telles que la protection douanière et les primes que les Etats libéraux ont coutume d’appliquer pour la Défense Nationale. La France, selon qu’elle restera fidèle à ses traditions nationales ou qu’elle aura recours aux méthodes étrangères, adoptera plus facilement l’une ou l’autre de ces politiques. En se procurant par des artifices les sommes qu’une saine gestion de ses finances publiques ne peut lui assurer, elle financerait aussi aisément que d’autres pays
les installations d’essence ou d'alcool synthétique. Au contraire, si elle est conduite, par la multitude de ses petits épargnants à n’assurer le financement de ses entreprises que par l'octroi d’avantages fiscaux, l’évolution de ses industries de synthèse demeurera stationnaire et le progrès du gazogène, comme sans doute celui du gaz d’éclairage sera plus rapide. Dès maintenant, avec le seul avantage des exemptions fiscales, des véhicules à gazogène sont construits à raison de 15 par jour, soit 300 par mois. Il suffirait que l’opinion se répande dans le public que les véhicules à gazogène ou à gaz d’éclairage sont bien au point, tout en conservant leurs qualités d'économie, pour que se manifeste en même temps le développement de ces deux carburants de remplacement.
Une intervention décisive et générale des Pouvoirs publics en faveur du gaz d'éclairage et du gaz des forêts ouvrirait aux carburants de remplacement un premier stade de développement qui ne serait que l’annonce d’un plus complet essor.
$ 2. En cas de guerre.
La situation actuelle en temps de paix préoccupe sans doute moins les Pouvoirs Publics que la situation éventuelle en cas de guerre. Une politique nationale de combustibles liquides a été dans la plupart des pays une des premières manifestations d’un ensemble de mesures qui étend l’organisation de la défense nationale à l’ensemble de l'Economie. Les leçons de la dernière guerre faisaient apparaître par des images concrètes les dangers auxquels s’exposent les Grands Etats Européens en important les combustibles liquides de l'Etranger. Et ce péril manifeste en cas de guerre pouvait même porter atteinte à la fermeté de leur politique extérieure en temps de paix. Des sanctions économiques étaient envisagées comme des armes efficaces. Et dans le même temps où leurs échanges extérieurs paraissaient plus compromis par d’éventuelles hostilités, les besoins de carburants devenaient plus nécessaires avec la motorisation de l’armée moderne. Aussi le problème des carburants en cas de guerre a préoccupé toutes les Grandes Puissances. Elles l’ont résolu bien diversement selon leur aptitude à la maitrise des mers et selon le: degré de militarisation auquel est déjà parvenue leur économie. L’Angleterre aspire moins à la création de nouveaux carburants qu’à la certitude d’être alimentée em pétrole naturel. Elle dispose sur les terres de son Empire de nombreux pétroliers, et elle est assurée, grâce à la: puissance de sa marine, de commander les grands courants commerciaux. Une flotte pétrolière, assez importante pour que le torpillage de plusieurs de ses unités ne puisse pas sensiblement l’affecter, lui apporterait, en cas de conflit, la certitude de son approvisionnement en combustibles liquides. A l’inverse, l'Allemagne doit envisager en cas de conflit un bloc effectif; au point de militarisation économique auquel elle est parvenue, des dispositions ont été prises pour faire entièrement face à une aussi grave éventualité. À la mise en œuvre de combus-
tibles synthétiques capables de satisfaire, dès maintenant, à une portion importante de ses besoins, se sont ajoutées d’autres dispositions spécialement destinées à équiper rapidement en carburant national, tous les véhicules actuels dans le cas d’un conflit. Un gazogène à charbon de terre a été rigoureusement mis au point. D’un type unique, il permet une production en grande série. D’autre part, les camions ont reçu sur leur moteur des dispositifs qui permettent leur adaptation instantanée au gaz d'éclairage et un réseau de postes de compression a été organisé sur tout le territoire. L'Italie paraît destinée à imiter l’Allemagne.
Pour que sa puissance militaire soit au niveau de ses ambitions, il lui faut faire disparaître dans une large mesure la dépendance où ses importations de combustibles liquides la place vis-à-vis des peuples Anglo- Saxons. Les visées politiques qui justifient cette politique d’ersatz y rendent accessoires les considérations sur les prix de revient et toutes les maigres ressources sont mises à contribution. Les broussailles sont utilisées dans les gazogènes. Les déchets végétaux sont transportés des points les plus éloignés du territoire dans quelques usines où ils sont transformés en alcool.
Enfin, des schistes et des lignites de qualité médiocre sont systématiquement convertis en essence de synthèse.
Entre ces deux types de pays, les uns, importateurs résolus d’essences naturelles, les autres, producteurs résolus de carburant national, la France occupe une position intermédiaire. Par elle-même, elle est üne puissance continentale, au même titre que l’Allemagne et l'Italie, par ses alliances, elle peut espérer, en cas de conflit, la maïitrîse des mers.
Jusqu’en 1934, les encouragements aux constructeurs de gazogènes ont consisté pour le Département de la Guerre :
. — à allouer des primes aux acheteurs de véhicules des types primés à la suite des concours d'endurance (prime
d'achat la première année et primes d’entretien pendant chacune des trois années suivantes):
— À acheter tous les ans un certain nombre de véhicules à gazogènes.
Le dernier concours d'endurance a eu lieu en 1931.
Les primes ont été supprimées pour les véhicules livrés par les constructeurs postérieurement au 31 décembre
Ces mesures, qui ont entraîné des dépenses d’environ 45 millions au total, ne se sont pas montrées suffisamment efficaces.
Depuis, le Ministre de la Guerre est intervenu en faveur du gaz des forêts en accordant des subventions à des chercheurs.
Il a également imposé aux Sociétés qui demandent d’effectuer des transports militaires, l’utilisation d’un certain pourcentage de véhicules à gazogènes.
Enfin, pour sa propre motorisation, l’armée a acquis des gazogènes.
Les quantités totales achetées sont :
Gazogènes isolés . . . ........ 200 environ Voitures à gazogène ......... 700 —
Les gazogènes achetés séparément ont été montés pour la plus grande part sur des camions des marques suivantes :
— Berliet C B A;
— Pierce R8 et R9;
— Saurer B.
Des gazogènes ont été pour la plupart répartis entre les formations motorisées :
— pour l'instruction : des exemplaires sont affectés à chacune des formations automobiles de toutes armes;
— pour le service des établissements : des exemplaires en.nombre limité, car le travail qui incombe aux établissements se prête mal à l’utilisation des gazogènes.
ROME Liv. Ji
Et une formation a reçu un équipement complet en gazogène, le 126° Escadron du Train à Toul (camions
Panhard).
Outre le gaz des forêts, l’Etat-Major s’est intéressé à d’autres carburants :
Liquides :
Alcool éthylique; Benzol; Huile ou essence de schiste; Alcool méthylique; Essence synthétique. Gazeur :
Gaz comprimé.
Ainsi la France n’a pas encore adopté une attitude définitive. Sa politique des carburants dépend de ses vues d’ensemble de politique extérieure. Et selon qu’elle recouvrera l’indépendance ou persévérera dans son rôle de brillant second, elle sera fondée à adopter l’une ou l’autre de ces politiques.
Toutefois, avant de pencher dans la dernière alternative, elle devrait s’assurer que la production mondiale du pétrole est à même de satisfaire aux besoins de plusieurs armées motorisées. Les besoins de l’Allemagne se chiffrent en cas de conflit à 12 millions de tonnes. Et des études faites en Allemagne font ressortir que le débit des pipes-lines serait insuffisant pour alimenter les armées en guerre de 4 grands pays.
C’est pour l’essence d’aviation que cette question d’approvisionnement se poserait avec la plus grande acuité, même dans le cas d’une certaine maitrise des mers. L’essence ordinaire est inutilisable dans les moteurs d’aviation
modernes. Elle en détériorerait rapidement les cylindres en y déposant des gommes. Elle en diminuerait la puis-