‹ Les carburants de remplacementChapitre 52 sur 56 · CES · texte numérisé non relu

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Une sélection entre les divers produits de remplacement est nécessaire pour permettre à l’Etat de concentrer au profit des carburants les plus dignes d’intérêt, un ensemble de mesures cohérentes. L’éparpillement des interventions officielles entraîne leur affaiblissement. Le soutien financier de l'Etat lorsqu'il est accordé simultanément aux usines d’hydrogénation, au cracking des schistes, au débenzolage des houïles, aux distileries d’alcoo!l, à l’installation de gazogènes, à la compression du gaz d'éclairage, devient trop faible pour chacun d’eux. Il revient à n’en favoriser véritablement, aucun. Par suite, les intérêts particuliers restent indifférents à des avantages matériels que l’insuffisance de la propagande leur fait apparaître comme problématiques : et l'opinion publique est divisée à l’égard de mesures qui s’avèrent multiples et divergentes.

Aucun mouvement ne se manifeste dans le pays en faveur des carburants de remplacement et c’est la routine qui maintient les usages de l’essence. Pour y porter remède les Pouvoirs Publics doivent procéder à un choix préalable entre les divers carburants. Parmi les sources d’éner-

gie produites à bon marché, il faut choisir celles qui ont véritablement le double caractère, d’être nationales et d’être susceptibles d’un certain développement.

Aïnsi, des pays riches en charbon comme l’Angleterre et l'Allemagne peuvent marquer et marquent, en effet, une indifférence presque complète pour la question des gazogènes à bois et pour celle des plantes acooligènes. Les mêmes considérations, qui les conduisent à pratiquer l’hydrogénation des houilles, doivent inciter la France à s’en abstenir. La nation française ne saurait consacrer plus longtemps des centaines de millions à substituer en définitive à l’importation de une tonne d’essence, l'importation de huit tonnes de houille. Dans notre pays, les sommes consacrées à l’hydrogénation du charbon sont véritablement soustraites à une politique de carburant national. Si même elles permettent des recherches scientifiques, il est permis de dire qu’elles font payer bien cher cette satisfaction de l’orgueil national et, en cas de réussite, ce serait un avantage gracieusement offert à des pays comme l’Allemagne, plus aptes que la France à fabriquer des produits de synthèse. Certains carburants de remplacement peuvent être qualifiés d’antinationaux; ils doivent être opposés aux carburants véritablement nationaux. Ceux-là éliminés et ceux-ci retenus, il faut pousser encore plus loin Ja sélection : Parmi les carburants retenus pour leur aptitude à être produits sur le sol français à partir de ressources françaises, l’Etat doit réserver exclusivement ses faveurs aux carburants capables de l’essor le plus vaste.

Lorsqu'il accorde son soutien à des productions sans avenir, il se paralyse lui-même et se condamne à l’impuis- ‘sance. Ce principe, qui ne peut manquer, par son évidence, de frapper les hommes de gouvernement, a été fréquemment enfreint : c’est ainsi que l'Italie s’est engagée dans une politique spectaculaire de gazogène et d’alcool carburant, alors que ses maigres ressources, végétales et forestières, lui permettent seulement d’alimenter de la sorte quelques milliers de véhicules. La France, de son côté,

a engagé des sommes considérabes dans la prospection pétrolifère du territoire national qui, de l’avis de ses partisans, ne pourra jamais satisfaire aux besoins de la consommation française que dans une proportion très restreinte. Le souci d’assurer aux productions nationales un développement rapide et puissant ne doit pas seulement conduire à modifier l’attitude adoptée jusqu’à présent, il doit aussi inspirer la politique de l’avenir. Le gaz des forêts est insuffisant. Son utilisation, qui laisserait subsister, après l’exploitation totale des ressources forestières, la moitié ou les trois-quarts des importations d’essence, ne permet pas de le considérer comme une solution unique. Il faut donc songer à associer au charbon de bois d’autres combustibles nationaux, comme les tourbes, les cokes de charbon et surtout les anthracites indochinoïs. Et dans un plan d'ensemble on pourrait envisager d’accorder les faveurs gouvernementales dans des proportions définies aux installations de gazogènes mixtes, à l’hydrogénation des lignites landais, dans la mesure où ils sont exploitables, et enfin à la distillation de la houille à basse température, qui n’augmente pas sensiblement les importations de charbon. Le programme des hydrocarbures nationaux, bien défini dans son but, il serait facile de bien le réaliser dans ses modalités.

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