Paracelse. Opera medico-chimico-chirurgica, Genève
sième groupe enfin dont la description fait songer à celle d’une crise d’épilepsie. Puis le silence se fit de nouveau, et il fauten venir aux écrits de Sydenham, de Richard Mead et de Cullen pour trouver trace de descriptions qui se séparent encore davantage de toutes ces choréomanies, pour dégager peu à peu un type de maladie voisin de notre chorée actuelle, Mais ces travaux restèrent inconnus en France, où ce fut seulement en 1810 que Bouteille de Manosque décrivit la chorée « essentielle »,en la séparant nettement de toutes les autres formes : hémichorées post-hémiplégiques, chorée hystérique, chorée rythmique ou arythmique, choréé rotatoire ou oscillatoire. Pour lui, cette chorée essentielle était une maladie nerveuse, que la puberté avait le privilège de faire disparaître, maladie bénigne et, dit-il, « jamais mortelle >». Ce mémoire suscita de nombreux imitateurs ; Desains, Barenton, Coste (qui tenta de ressusciter le vieux terme de myoiyrbie) adoptèrent dans leurs thèses les conclusions de Bouteille et firent de la chorée une névropathie légère, sans complications. « Plus désagréable que grave », dit Barenton. « Fâcheuse à cause de ses récidives », dit Coste et les observations qu'ils publient donnent une description détaillée des mouvements choréiques, mais sont muettes au sujet d'un examen quelconque du cœur de leurs malades. Dans la thèse de Jeanjaquet, résumé de toutes les recherches antérieures à 1835, et où sont relatés les résultats d’autopsies pratiquées par Dugès, Olivier d’Angers, Rufz, Gerhardt de Philadelphie, Hache, Rostan, : Monod, Guersant, on ne trouve non plus nulle trace
d'examen néeropsique du cœur. Toutes les investigations se bomnent à l'examen des centres nerveux, dans lesquels sont reievées les lésionsles plus variées, et jusqu'à la présence de petites concrétions calcaires (Brown).
Pour la première fois, dans la thèse de Gendron, en 1835 : également, où se trouve consignée une relation d'autopsie irès complète ayant suivi un cas de chorée mortelle, il est parlé d’un examen du cœur, « mais, dit-il, il a son volume normal, il est ferme, dur, et contient peu de sang. Le ventricule gauche, coupé par son milieu, a des parois un peu épaisses (4 lignes environ). Sa cavité est petite et permet à peine l'introduction de l’extrémité de l'indicateur ». Il ajoute qu'il n’y avait « ni sérosité, ni liquide d’aucune sorte dans la cavité du péricarde ».
En 1849, Thoumas, parlant de l’étiologie de la chorée, place au premier rang des causes déterminantes : la frayeur, les grandes colères, les grandes contrariétés, la masturbation, la suppression des règles, et il ajoute : « Nous admettons encore certains cas pathologiques précédents ou actuels tels que : une fièvre typhoïde (Blache), la suppression d’un ulcère (Elliotson), les fièvres éruptives, la pleurésie, l’érysipèle, le rhumatisme, l’épilepsie, l’hystérie, l’éclampsie, etc... (Bouteille, Rufz). » Plus loin encore il écrit : « Quant au rhumatisme, on a nié qu’il pût occasionner l’état morbide qui nous occupe. Il se trouve cependant encore, n° 1, salle Sainte-Anne, à l'hôpital des Enfants-Malades, un cas de chorée survenu dans la convalescence d'un
rhumatisme articulaire aigu. »
AO
Enfin, parmi les symptômes, il cite en premier, au milieu des « troubles de la sensibilité générale » : la céphalalgie et les palpitations du cœur, « accident qui s’observe assez fréquemment chez les choréiques. Sur 20 malades de M. Dufossé, 6 avaient des palpitations ». Mais ce sont là, d’après lui « des altérations pathologiques distinctes de la chorée ».
Voici donc où en étaient, en 1849, l’histoire de la chorée, celle de ses rapports vaguement entrevus avec quelques maladies infectieuses, celle enfin des cardiopathies qui l’accompagnent si fréquemment, alors presque inconnues, et dont l'importance allait être mise en lumière par le célèbre mémoire de Germain Sée.
Celui-ci parut en 1850. « Parmi les conditions morbides qui contribuent à la production de la chorée, écrit textuellement Germain Sée, il faut citer en premier lieu le rhumatisme, qu’il soit apyrétique ou combiné avec le mouvement fébrile. » Il distingue, au point de vue anatomique, trois catégories différentes de caractères morbides. La plus importante comprend « les phlegmasies pseudo-membraneuses ou purulentes des membranes séreuses, surtout du péricarde ou de l’arachnoïde ». Une statistique portant sur 84 autopsies relève 3% fois des inflammations isolées ou réunies des membranes séreuses. Pour lui, ces localisations sont sous la dépendance directe de la diathèse.-rhumatismale. « Dans l'immense majorité des cas, précise-t-il, 5 fois sur 7, c’est le rhumalisme externe qui commence »; etil conclut que lésions cardiaques, chorée, manifestations articulaires ne sont que l'expression d’un facteur unique :
le rhumatisme. Puis, s'étendant plus longuement sur les cardiopathies, il les divise en deux groupes ; l’un comprend ce qu'il appelle des lésions extra-cardiaques, et se caractérise par les frottements de la péricardite ; l’autre, plus nombreux, englobe les lésions intra-cardièques, c’est-à-dire les endocardites, suivies de lésions organiques des valvules et pouvant aboutir à l'insuffisance mitrale constituée.
Une série de travaux vinrent confirmer les observations de Germain Sée. Bourdier (Th. Paris, 1852), Neir et Aitken (The Glasgow Med. J., n° 1, avril 1853), Pelay (7% Paris, 1854), Moynier (Th. Paris,1856) apportèrent de multiples exemples de chorées coïncidant avec le rhumatisme articulaire aigu et compliquées de cardiopathies diverses, quelquefois mortelles,
Cadet de Gassicouri, dans une de ses leçons cliniques,
insiste encore sur l'importance du rhumatisme dans -létiologie de la chorée. « Je la considère, disait-il, au moins dans un grand nombre de cas, comme une affection de nature rhumatismale » et, rapportant de nombreuses observations de malades chez lesquels la chorée, le rhumatisme articulaire, les lésions cardiaques, la pleurésie se mêlent et senchevêtrent dans un lacis presque inextricable. « Tout, explique-t-il, devient facile à comprendre si nous admettons qu'une seule et même maladie, le rhumatisme, domine ces diverses manifestations morbides. »
En 1866, Henri Roger, dans les Archives générales de Médecine, reprenant l'étude des complications car.
diaques dans la chorée employa le terme de « chorée
cardiaque » pour désigner toutes ces complications, quelles qu'elles fussent, isolées ou associées. Etendant démesurément la théorie de Germain Sée, soutenant que les cardiopathies surviennent surtout dans les eas de rhumatisme poly-articulaire très aigu, accompagné de chorée, il finit par conclure à la nature toujours rhumatismale des lésions du cœur. Rhumatisme articulaire, chorée, maladie du cœur devinrent pour lui, comme le dit Triboulet, les trois termes d’une même phrase pathologique, l'affection au complet s’appelant la chorée rhumato-cardiaque. Et il affirmait qu'aucune endocardite ne pouvait se faire chez un choréique en dehors du rhumatisme.
Entre temps cependant, en Angleterre, les résultats de nombreuses autopsies avaient amené leurs auteurs à penser que l’endocardite n’était pas la conséquence de la chorée, mais bien sa cause. Fuller en 1862, Rus sel, Tuckwell, Thore en 1865, Tuckwell encore en 1867, Buchanan-Baxter en 1879, avaient trouvé constamment après des chorées mortelles des lésions d’encocardite ulcéreuse et végétante. Broadbent, puis Sturges, réunissant ces observations, firent de l’endocardite rhumatismale le premier en date de tous les accidents, et l’accusèrent d’avoir donné naissance à des “embolies capillaires dont les localisations cérébrales créaient la chorée. « Ainsi donc, dit Triboulet, pour les auteurs anglais il semblerait qu'un choréique dut avoir toujours en réserve une affection cardiaque, à savoir même une endocardite végétante, non seulement pour expliquer la formation de lésions engendrant la
chorée, mais encore pour servir par les complications qui s’ensuivent, à rendre compte de la mort-{ramollissement, hémorragies), »
Une théorie semblable n'eut en France aucun écho, bien que la nature infectieuse de la chorée y trouvat des contradicteurs illustres. Charcot entre autres refusait de la considérer autrement que comme une névrose, analogue à l'hystérie et à l’épilepsie. En 1888, M. Comby s'élevait fortement contre la nature rhumatismale de la chorée et publiant, dans le Progrès médical, 17 observalions personnelles, il niait la présence même de complications cardiaques au cours de cette maladie. Pour lui, chorée et rhumatisme s'ils se trouvaient ensemble ne le devaient qu’à une coïncidence, la première restant une pure névrose, et les antécédents personnels ou héréditaires de ses 17 malades ne portant trace ni de rhumatisme ni de souffles cardiaques, mais bien de convulsions dans l'enfance ou de névropathies diverses. :
En 1890, M. Leroux, à l’appui de cette théorie, publie les statistiques suivantes:
Hughes sur 108 chorées, en trouve 14 avec rhumatisme, soit 12,9 °/, S. Kirkes — 36 — — 83 — — 91,6 °)
Steiner — 254 — — 4 — — 1,50 Saric — 18 — — 4 s— 22,2% Prior — 92 — — 5 — — 6,4°/ Comby — 11 — 0 — — 0