‹ Les Cardiopathies au cours de la Chorée de SydenhamChapitre 8 sur 20 · LES CARDIOPATHIES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LES CARDIOPATHIES EN GÉNÉRAL

« La preuve vraiment décisive, celle qui affirme direcitement l’état infectieux de la maladie de Sydenham, écrit Triboulet dans sa thèse, c'est l'empreinte laissée par l’agent pathogène quel qu'il soit dans l'appareil circulatoire central, nous voulons dire l’endocardite. »

Mais la fréquence de ces cardiopathies a fait l’objet de discussions aussi vives, et de statistiques aussi discordantes que l’étiologie infectieuse de la chorée. Cette fréquence varie suivant les auteurs de 2 à 100 °. Si nous prenons la statistique de Thayer, qui date de1906, et dans laquelle il a étudié 808 cas de chorée, nous trouvons les chiffres suivants : aucuns phénomènes d'aucune sorte du côté du cœur dans 59,4 °/, des cas; présence de bruits anormaux 40,5 °/.. Ferraris-Wyss, en 1907, sur 51 observations, notait 33 fois des troubles cardiaques, ou 64,7 °/,. Hutinel (1909), sur 40 cas de chorée, constate l'absence de troubles cardiaques dans 15 cas, c’est-à-dire 37,5 °/., et la présence de ces troubles dans 25 eas, c'est-à-dire 62,5 */.. Nous avons personnellement relevé, dans le service du professeur Nobécourt à l'hôpital des Enfants-Malades, les observations de chorée de - Sydenham depuis le début de 1919 jusqu'à fin octobre

1922. Sur 55 cas de chorée nous avons trouvé 21 fois le cœur absolument normal, c’est-à-dire dans 38,18 °/, des cas, et noté la présence de phénomènes anormaux divers dans 34 cas, c’est-à-dire 61,82 c/,, chiffres, extrémement voisins de ceux rapportés par le professeur Hutinel. | Mais les chiffres précédents comprennent tous les phénomènes pathologiques que peut présenter le cœur d’un choréique. Or, et comme nous le verrons plus loin,un grand nombre de ces phénomènes n'est point l'indice de lésions organiques. En envisageant seulement la présence de celles-ci, ces statistiques se modifient de la manière suivante : Thayer ne trouve plus que 25,4 °/,; Hutinel, 42,5 °/,, et nojre relevé d'observations, sur 99 cas, note 27 fois des lésions organiques, où 49,09 o/., « La vérité, dit M. Nobécourt, est entre les nombres extrèmes... dans l’ensemble on peut admettre que la moitié des chorées se complique de cardiopathies. » Quant à la fréquence de l’origine rhumatismale de ces cardiopathies, elle fait l'objet de statistiques plus concordantes. Marfan l’a trouvée dans 50 + des cas ; Hutinel, dans 64,7 *.; Thayer, dans 66 °/, ; nous-même dans 59,6 °/4. Ajoutons que Thayer n’a constaté de lésions organiques chez les choréiques non rhumatisants que dans 16,9°/, des cas ; Weill (de Lyon) trouve 80 »/, d'endocardites chez les chortiques rhumatisants, et moins de 10 °/, chez les autres.

Il est à noter que les récidives de la chorée augmentent rapidement les pourcentages que nous venons de citer ; et que la fréquence des complications cardiaques,

devient fonction du nombre des récidives. La statistique de Thayer est instructive à cet égard. Sur 808 chorées qu'il à étudiées, il a pu réunir des renseignements

dans 799 cas, qui se répartissent ainsi :

499 fois, ou 62,4 °/,, une seule attaque, avec 85 cardiopathies, 163 = ou 20,4 °/,, deux attaques — 42 = 137 — ou 17,1 °,, trois attaqueset plus — 43 = ce qui donne le tableau suivant :

NOMBRE DES ATTAQUES 1 2 3 et plus 1.9 Se LENS LOT ESS Se VE RS TRE PRES Nombre des cas. .., 499 163 137 Cardiopathies. . . .|: 85 ou 17 °/, . | 42 ou 25,7°/, | 43 où 84,8 5}

Il est également intéressant d'étudier les rapports

qu'affectent ces cardiopathies avec la courbe de tempé- ‘rature. Là encore, les avis sont partagés. Thayer, établissant des tableaux comparatifs en utilisant les feuilles de température de 48 cas de chorée simple et de 59 cas compliqués de lésions du cœur, arrive aux résul-

tats suivants :

PAS DE FIÈVREÏ 37°5 à 38°5 | 385 à 39°5 | 39°5 et plus ne LS TS me LES À, ee A,

PAP ONE Nombre| Pour- Nombre | Pour- INombre| Pour- [Nombre| Pourde cen- de cen- de cen- de cencas tage cas tage cas tage cas tage

Sans compli-

cations cargaques , .| 1 2 19 39,5 24 50 4 8,3

Avec complications car- < 0 9 45,2 19 32,2 31 52,9

diaques .

ce qui peut encore s'exprimer ainsi :

ep

TEMPÉRATURE [PAS DE FIÈVRE] 3705 à 385 | 38°5 à 39°5 | 39°5 et plus

Nombre de S CASA. Rs 1 28 43 35

Complications cardiaques .| © (0°) | 9 (32,1°j.) | 10 (4410) | 31 (88,8 oh.)

Ainsi donc, il n’y aurait jamais, au cours de la chorée, apparition de complications du côté du cœur, sans retentissement, et retentissement important sur la tempépérature ? On pourrait, comme le suppose Thayer, tirer argument de l'apparition de la fièvre pour diagnostiquer le début d’une infection de l’'endocarde ; toutes les fois que la température tendrait vers 38°5,onaurait32,1 chances sur 100 de penser juste — ces chancess s’élèveraient à 44,1 °/. lorsque la courbe monterait vers 39°5 — et au-dessus de 39°5, on trouverait 88,8 °/. de complications cardiaques ? Ceci est peut-êire vrai en partie pour ce dernier chiffre ; la chorée seule donne rarement de te'les élévations thermiques (encore constate-t-on bien souvent qu'il s’agit d’une poussée de rhumatisme articulaire aigu ou d’une infection nouvelle, angine par exemple). Mais en ce qui concerne les autres chiffres, toutes les observations que nous avons établies ou feuilletées les démentent formellement. Le professeur Nobécourt est d’ailleurs catégorique à cet égard. « Il n’y a guère de symptômes généraux, dit-il. On note toutefois assez souvent une légère élévation thermique, une température de 37°8, 38° pendant quelques jours. Ce sont les signes physiques qui seuls permettent de reconnaître l'endocardite. » |

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