‹ Les caressesChapitre 22 sur 85 · VIEILLES AMOURETTES · texte numérisé non relu

VIEILLES AMOURETTES

Aux prés de l'enfance on cueille Les petites amourettes, Qu'on jette au vent feuille à feuille Ainsi que des pâquerettes.

On cueille dans ces prairies Les voisines, les cousines, Les amourettes fleuries Et qui n'ont pas de racines.

0 douce gerbe liée

Avec des rubans d'aurore,

Fraîche rosée oubliée,

Me parfumez-vous encore ?

Hélas ! bouquets éphémères, Depuis celte heure lointaine Combien de larmes amères Ont coulé dans ma fontaine !

Des choses se sont passées Qui m'ont changé ma jeunesse Beaucoup trop, ô trépassées, Pour que je vous reconnaisse.

Le dur amour qui ravage Dans mon cœur a pris racines, Gomme un grand rosier sauvage Aux épines assassines.

Qu'ètes-vous près de ces roses Sanglantes, éblouissantes, 0 pâquerettes écloses Dans les prés aux vertes sentes ?

Qu'est votre parfum qui rôde Évaporé dans la brise.

Près de l'odeur Acre et chaude Qui me pénètre et me grise ?

0 mignonnes marguerites, Enfantines amourettes, Hélas! mes pauvres petites.

Je ne sais plus qui vous êtes.

Dans de vagues mausolées, Enfants blondes, rousses, brunes, Pour moi vous dormez voilées Au pays des vieilles lunes.

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