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L'IDÉAL

La poésie est non pas Un idéal qu'il faut suivre Bien haut, bien loin, tout là-bas; Mais c'est d'aimer et de vivre.

En cherchant la toison d'or Les héros perdent la rive.

En aimant, pendant qu'on dort La fortune vous arrive.

Sans écorcher du hoyau Une terre racornie, On découvre maint joyau Dans notre Californie.

0 chercheurs, vous descendrez Aux puits où l'or met son trône.

Moi, dans des cheveux cendrés Je prends des mèches d'or jaune.

Lorsque le désir rougit Le satin de sa peau pâle, Je baise l'endroit où gît Cette chatoyante opale.

Sous quel roc en soupirail.

Dans quel flot, mer qui déferles, Sas gencives de corail Ont-elles mordu leurs perles ?

Et quel diamant phénix Venu du pays des jungles Vaut le clair et dur onyx De ses roses petits ongles?

Et ses yeux bleus, dont le ton Est changeant, chez quels artistes, Chez quels rois les trouve-ton.

Ces saphirs pleins d'améthystes ?

Et ses rires, ses chansons, Quel grand cristal de Bohême Est plus pur, plus riche en sons, Plus vihrant, que ce poème?

Ah ! son espoir triomphant Est une verte émeraude.

Dans ses colères d'enfant L'éclair d'une gemme rôde.

Et mon sang sur ses habits Fait une mer purpurine De grenats et de rubis Ruisselant de ma poitrine.

0 rêveurs que l'idéal Dans les nuages enrôle Pour le vaisseau boréal Qui cherche à trouver le pôle,

Mineurs qui vers le nadir Vous enterrez dans le sombre Peur voir enfin resplendir Un filon qui fuit sous l'ombre,

Que sont vos pierres, vos ors, Vos richesses à vous autres ?

Pauvres fous, tous vos trésors Ne valent pas un des nôtres.

Puisqu'à mon fauve amour tu voulus te soumettre, Il faudra désormais le nourrir comme un maître; Et tu sais qu'il est plein d'appétits exigeants. Un féroce mangeur ! Il n'est pas de ces gens Qu'un morceau de pain sec rassasie et contente. Ce^qu'il demande, lui, c'est ta chair palpitante, C'est ton corps tout entier, c'est ton être absolu; Et tout le nécessaire et tout le superflu Seront à peine assez pour notre convoitise. Madame, il faut nourrir le feu, quand on l'attise.

REPAS CHAMPETRE

Sous la branche de houx vert, Attendant que tu paraisses, Je fais mettre le couvert Des baisers et des paresses.

Pour nous donner l'air frugal N'ayons que des fruits, ma chère.

Mais tu verras quel régal Et comme on fait bonne chère !

Pour fraises nous cueillerons Tes deux lèvres que tu fronces.

Je trouverai des meurons Sur tes caprices pour ronces.

Le bigarreau se promet D'être à ton oreille un lobe.

La framboise est au sommet De tes blancs tétins en globe.

des fruits qu'Avril adulait, Mangeons-les sans défaillance En les mêlant à du lait Au fond des plats de faïence.

A l'ombre des frais noyers Buvons le vin délectable.

Puis à midi, soûls, noyés, Nous dormirons sous la table.

Et lorsque viendra le soir Solennel qui nous assomme, Balancer son encensoir Sous le nez de notre somme,

Lors, sans vouloir écouter Quoi que ce soit, quoi qu'on dise, Recommençons un goûter D'amoureuse gourmandise.

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