ABDICATION
Vous êtes le Seigneur, vous êtes la Madone. Rien ne me semble mal si votre voix l'ordonne.
Les douze stations de ce corps sans défaut Sont mon chemin de croix jusques à l'échafaud.
Avec une de vos câlines attitudes
Nous obtiendrez de moi toutes les platitudes.
Je commettrai, s'il faut ces fleurs à vos autels, Sept fois dans un moment les sept péchés mortels.
Si vous désirez voir le soleil de l'orgie, Je le ferai flamber sur ma trogne rougie.
Si vous voulez d'un grand héros porter le deuil,
Je mourrai sceptre en main pour flatter votre orgueil.
Si vous ne demandez que baisers et caresses, Je vous endormirai dans un lit de paresses.
Si votre chair s'allume au désir libertin,- Je saurai dépasser Pétrone et l'Arétin.
S'il vous faut des bijoux, de l'or, de la pécune. Je volerai pour vous le soleil et la lune.
S'il vous plaît que par moi l'Art dieu soit abjuré, Aux métiers les plus vils je le prostituerai.
Si le bonheur d'une autre excite votre envie, J'aurai le mauvais œil pour lui gâter sa vie.
Si mon cœur vous distrait et vous sert de joujou, Vous pourrez le casser comme un objet d'un sou.
Si d'un cofl're-fort plein vos vœux sont en gésine, J'apprendrai sans dégoût l'usure et la lésine.
S'il vous faut un bouquet de crimes pour vos seins, Je prendrai le couteau rouge des assassins.
Simon meilleur ami vous fait dire : peut-être! Pour le perdre à jamais je serai lâche et traître.
Si de mon sang versé vous voulez boire un coup, Soyez la guillotine et coupez-moi le cou.
Dis-moi n'importe quoi! porte-moi n'importe où 1 Tout me plaira pourvu que ton désir le veuille. Pour moi, je ne sais plus vouloir et je suis fou. Tu seras l'ouragan et je serai la feuille.
Porte-moi n'importe où ! dis-moi n'importe quoi ! Quel que soit le pays, l'instant et ton caprice, Je ne verrai que toi, je n'entendrai que toi. Le monde est un théâtre où toi seule es l'actrice.
Dis-moi n'importe quoi ! porte-moi n'importe où ! Je ferai sans remords tes volontés sans cause. Tout! rien! n'importe quoi! n'importe où! Je suis fou. Je ne suis plus un homme, un moi. Je suis ta chose.
Mon cœur n'a plus de vœu. Ton désir est le sien. Tu m'as versé le vin d'amour plein ma timbale. Comme l'initié du mystère ancien, J'ai mangé du tambour et bu de la cymbale.
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