‹ Les caressesChapitre 59 sur 85 · SOURIRE POLI · texte numérisé non relu

SOURIRE POLI

Je regrette le temps où nos deux cœurs jumeaux Se querellaient. Un rien vous mettait en colère. Vos caprices, changeants comme un spectre solaire, Boudaient, criaient, mordaient ainsi que des marmots.

Aujourd'hui, dans vos yeux plus durs que des émaux, L'orgueil^calme fleurit tel qu'une fleur polaire. Indiff'érente à tout, votre humeur me tolère Et ne se cabre plus sous l'éperon des mots.

Ah ! qu'un éclair de rage en tes regards s'allume! Fâche-tei ! frappe-moi ! prends mon front pour enclume ! Déchire-moi le cœur en lambeaux I manges-en!

Uéveilie-toi, terrible, en tigresse des jungles! Mais ne me jette pas, avec l'air méprisant. Ce sourire poli, poli comme tes ongles.

Mon cœur fut un fruit dans une haie, Un beau fruit sanglant comme une plaie.

Chantez! l'automne s'en va.

Le petit oiseau Sans grain et sans eau

Un beau matin se trouva.

Pour voir s'il est mûr, toutes les filles Ont piqué le fruit de leurs aiguilles.

Chantez ! l'automne s'en va.

Le petit oiseau

Au bout d'un roseau Ferma son aile et rêva.

Une mit le fruit entre ses lèvres.

Or le fruit gâté donnait les fièvres.

Chantez ! l'automne s'en va.

Sans grain et sans eau,

Au pied du roseau Le petit oiseau creva.

Pourquoi me mords-tu ? Mais la cruelle Mange tout le fruit. Tant pis pour elle !

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