LA MORT DE L'AUTOMNE
Au vent du nord Qui le bâtonne, Le pauvre Automne Fuit sans remord.
Le vent le mord.
Lui, dans sa tonne Se pelotonne.
L'Automne est mort.
Et son glas tinte Comme une plainte Dans les derniers
Refrains de fête.
Adieu, paniers !
Vendange est faite.
Le cadavre est lourd Qu'en mes bras je porte, Car ma pauvre amour Est morte.
Loin, bien loin d'ici Que la mer m'emporte!
Qu'elle emporte aussi La morte !
Loin ! il faut m'enfuir.
Au diable ! n'importe !
Je veux enfouir Ma morte.
Ah ! c'est en vain que je m'en vais ! Je pourrais fuir dans les étoiles, J'emporte, figé dans mes moelles, Ton souvenir doux et mauvais.
Dans les labeurs et les paresses Ton souvenir me hante seul.
Tu m'as cousu dans un linceul Fait de baisers et de caresses.
Partout ton souvenir me suit, Femme, car ton souvenir pue, Odeur suave et corrompue, La chair, la mer, le rut, la nuit.