‹ Les cariatides (volume 2)Chapitre 19 sur 101 · A VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

A VICTOR HUGO

DANS les grands triomphes de Rome, Quand la gloire étrange d'un homme S'imposait au peuple géant, Un esclave vêtu de bure Et souillé d'une fange impure Lui jetait une vile injure Pour lui rappeler son néant.

Mais il avait la folle troupe

Des nymphes, versant dans sa coupe

Les blondes larmes du nectar,

Il avait la voix souveraine .

Des lions voués à l'arène,

Et pour trophée, un corps de reine

Attaché derrière son char.

Et la foule amante du faste, Dont la clameur enthousiaste Le saluait Imperator, Et le chœur des déesses nues Faisant étinceler les nues D'acclamations inconnues Et de lyres aux cordes d'or !

vous dont la muse sublime Chante sur l'étemelle cime, Maître ! ne vous étonnez pas

Si parmi les mille louanges Dont vous caressent les phalanges Des hommes, des rois et des anges, Une injure meurt sur vos pas !

Laissez se tordre dans son ombre, Ebloui des clartés sans nombre Dont s'illuminent vos palais, Quelque pitoyable Zoïle, Quelque faiseur de vaudeville Qui va promenant par la ville Son esprit mêlé de couplets !

Sous la nue éclatante et rose, C'est vers Tauguste apothéose Que vous mène votre chemin.

Et récrivailleur qui vous brave, Le lazzarone maigre et hâve Qui veut vous salir de sa bave Est moins que Tinsulteur romain l

A lui la basse calomnie

Et la lâcheté qui renie i

A vous, maître, la grande voix

Qui du haut des trônes proteste,

La voix du peuple , voix céleste.

Et le poète, voix qui reste

Après les peuples et les rois!

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