‹ Les cariatides (volume 2)Chapitre 20 sur 101 · MADAME ELISABETH -ZÉLIE DE BANVILLE · texte numérisé non relu

MADAME ELISABETH -ZÉLIE DE BANVILLE

MÈRE, si peu qu'il soit, Taudacieux rêveur Qui poursuit sa chimère, Toute sa poésie, ô céleste faveur !

Appartient à sa mère.

L'artiste , le héros amoureux des dangers

Et des luttes fécondes, Et ceux qui, se fiant aux navires légers.

S'en vont chercher des mondes,

L'apôtre qui parfois peut comme un séraphin

Epeler dans la nue , Le savant qui dévoile Isis, et peut enfin

L'entrevoir demi-nue,

Tous ces hommes sacrés, élus mystérieux

Que l'univers écoute , Dans les siècles anciens ont de divins aïeux

Qui leur tracent la route.

Mais nous qui pour donner l'impérissable amour

Aux âmes étouffées, Devons être ingénus comme à leur premier jour

Les antiques Orphées,

Nous qui, sans nous lasser, dans nos coeurs même ouvrant

Comme une source vive, Devons désaltérer le faible et Tignorant

Pleins d'une foi naïve ,

Nous qui devons garder sur nos fronts éclatants, Pour convaincre les âmes, *

Le sourire immortel et fleuri du printems Et la douceur des femmes.

N'est-ce pas, n'est-ce pas, dis-le, toi qui me vois

Rire aux peines amères.

Que le souffle attendri qui passe dans nos voix

Est celui de nos mères?

Petits, leurs mains calmaient nos plus vives douleurs,

Patientes et sûres :

Elles nous ont donné des mains comme les leurs

Pour toucher aux blessures.

Notre mère enchantait notre calme sommeil ,

Et comme elle, sans trêve , Quand la foule s'endort dans un espoir vermeil,

Nous enchantons son rêve.

Notre mère berçait d'un refrain triomphant

Notre enfance humble et frêle , Et nous, c'est pour bercer l'homme toujours enfant

Que nous chantons comme elle.

Tout poète, ébloui par le but solennel

Pour lequel il conspire , Est un homme qui porte un amour maternel

A tout ce qui respire.

Et ce martyr, qui porte une blessure au flanc

Et qui n'a pas de haines, Doit cette extase immense à celle dont le sang

Ruisselle dans ses veines.

toi dont les baisers, sublime et pur lien !

A défaut de génie M'ont donné le désir ineffable du bien ,

Ma mère, sois bénie.

Et , puisque celle enfin qui l'a reçu des cieux

Et qui longtemps l'embrasse Sait encore se faire un joyau précieux

D^un pauvre enfant sans grâce,

Va, tu peux te parer de l'objet de tes soins

Au gré de ton envie , Car ce peu que je vaux est bien à toi du moins,

moitié de ma vie !

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