LE PRESSOIR
A Auguste Vitu
SANS doute elles vivaient, ces grappes mutilées Qu'une aveugle machine a sans pitié foulées ! Ne soufifraientrelles pas lorsque le dur pressoir A déchiré leur cliair du matin jusqu'au soir, Et lorsque de leur sein , meurtri de flétrissures , Leur pauvre âme a coulé par ces mille blessures V Les ceps luxuriants et le raisin vermeil Des coteaux, ces beaux fruits que baisait le soleil , Sur le sol à présent gisent , cadavre infâme D'où se sont retirés le sourire et la flamme !
Mais, ô vigne , qu'importe ! à la clarté des cieux Nous nous enivrerons de ton sang précieux !
Que le cœur du poète et la grappe qu'on souille Ne soient plus qu'une triste et honteuse dépouille , Qu'importe , si pour tous, au bruit d'un chant divin , Ruisselle éblouissant le flot sacré du vin !