A MADAME CAROLINE A
POUR cet exil sans terme où l'Humanité souffre Deux poètes sont nés ; Tun qu'attire le gouffre Cherche l'abime , l'autre interroge le ciel ; L'un est fils de Caïn, mais l'autre est fils d'Abeh L'un terrible et pensif et dédaignant la terre, Vit seul en haut, semblable à l'aigle solitaire, A son Athos énorme, et du haut de ses tours Arrête dans ses mains la foudre et les vautours. Il se plaît à former une cadence sombre, Et, paria divin, se drape dans son ombre Sans laisser après lui d'accords ni de rayons. L'autre venu du ciel à qui nous sourions.
Est grave, chaste et doux comme la sœur des anges ; S'il se plaît quelquefois à parcourir nos fanges Où siffle incessamment un simoun meurtrier, C'est pour tout adoucir et tout purifier.
Et son divin regard embrassant notre monde, Y dessine un sillon de lumière féconde.
L'oi^eilleux est bien grand 1 Goethe, Sand ou Byron , n porte un fer poli, comme le bûcheron, Et celui qui d'ea bas l'examine et le vaiïte Baisse aussitôt ses yeux éblouis d'épouvante,
Comme s'il eût vu luire au trépas du Romain L'astre qui se leva, taché de sang humain !
Mais lautre est sympathique et laisse Tharmonie Tomber sur le croyant et sur celui qui nie, Et fait couler mes pleurs, et ravit de son chant T^ pourpre de Taurore et celle du couchant.
Le tendre luth, la voix qui console et qui pleure C'est vous, et votre part. Madame, est la meilleure.