‹ Les cariatides (volume 2)Chapitre 26 sur 101 · AUX AMIS DE PAUL · texte numérisé non relu

AUX AMIS DE PAUL

SEIGNEUR ! que fais -tu donc des voix et des yeux d'ombré .^ Et des pleurs à genoux?

Hélàs ! c'était hier ! à peine une nuit sombre Vient de passer sur nous.

Hier, nous étions tous réunis, jeunes hommes

Aux rêves palpitants.

Tous faisant rayonner sur la route où nous sommes

La foi de nos vingt ans.

Tous, gais bohémiens aux sourires frivoles.

Aimant au jour le jour.

Et n'ayant entre nous que de douces paroles

D'espérance ou d'amour.

Et cependant, au lieu d'échanger sans mystère

Mille riants propos, Nous avions tous le firent incliné vers la terre

Dans un morne repos.

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C'est que la terre, hélas ! cet asile et ce havre

De plaines et de monts, Venait, hier encor, d'engloutir un cadavre

De ceux que nous aimons;

C'est qu'il faut ici-bas que l'homme arrive et naisse

Pour s'en aller demain, Et qu'il dort maintenant, l'ami plein de jeunesse

Qui nous serrait la main !

Il dort conune autrefois, mais c'est sous une pierre

Que fouleront nos pas, Mais son cœur ne bat plus, et sa jeune paupière

Ne se rouvrira pas !

Et quand les fleurs de Mai fleuriront sous la glace

Pour une autre saison.

Sur la terre foulée et sur la même place

Renaîtra le gazon.

Alors tout sera dit. Parmi les rameaux d'arbre

Et les toufies de fleurs Les regards du passant verront à peine un marbre

Taché de quelques pleurs.

Alors, sans y penser davantage, la foule

Aux regards effrayés Suivra docilement le ruisseau qui s'écoule

Dans les chemins frayés.

iMais nous qui savons tous combien son cher sourire

Fut charmant et vainqueur, Et qui dans son r^ard avons toujours vu luire

Un reflet de son cœur ,

Soit que la joie à flots verse dans nos poitrines

Ses trésors épanchés, Ou que la Douleur sombre et les tristes ruines

Courbent nos fronts penchés,

Nous dirons à la Mort .Pourquoi donc sous ton aile

As-tu mis le meilleur De ceux qui nous prenaient une part fraternelle

De joie et de douleur?

Lui qui sentait jadis de chauds baisers de femme

Sur son front jeune et beau, N'a pour le caresser à présent, corps sans âme,

Que le ver du tombeau.

Oh ! n'éprouve-t-il pas dans un terrible songe

Mille frissons nerveux, Quand Tinsecte tordu dans son orbite^ ronge

Son crâne sans cheveux !

Et pensant à sa vie^ à l'aurore si brève

Qui sur son front a lui.

Nous baisserons la télé, et comme dans un rêve

Nous pleurerons sur lui.

Car il était de ceux pour qui la vie est douce

Et sur qui cette mer Qu'un ouragan sur nous incessamment repousse,

N'a rien laissé d'amer.

Eh bien-! en regardant ceux qui vivent ou meurent,

Ces destins répartis, Dieu sait ceux qu'il faut plaindre, ou bien ceux qui demeurent

Ou ceux qui sont partis I

Car tandis qu'ici-bas des mains impérieuses

Bâillonnent tous nos chants, Et qu'il nous fauU lutter contre les voix neuses

Et les hommes méchants;

Quand nous cueillons la fleur ou l'amante profane

Avec un doux serment, Et que sur notre cœur la fleur rose se fane

Et que la lèvre ment ;

Quand versant les trésors dont notre âme est si pleine,

L'œil troublé, le sein nu.

Nous marchons, à travers une sinistre plaine.

Vers un but inconnu ,

Lui que nous regardons dans notre rêverie

D'un œil épouvanté, Goûte éternellement, sans que rien le varie,

Le repos si vanté.

Les bruits que font ici les hommes et les choses

Battus par leurs destins, Ne parviennent là-bas qu'à travers mille roses.

Comme des chants lointains.

Et l'Ame immaculée, auguste sœur des vierges,

Être immatériel, Vole, blanche, à travers les draps noirs et les cierges.

Vers les palais du ciel 1

Certe, ils avaient raison, ces sages aux longs jeûnes

- Qui disaient pour adieu :

Ici tout est néant, et ceux qui meurent jeunes Sont les aimés de Dieu 1

A NIOBE N.

NioBÉ, VOUS étiez la Lyre Amoureuse de son trésor, Qui tient l'ineflfable dé4ire Et la chanson dans ses flancs d'or.

Tendre lueur, vous étiez l'Astre Mystique et providentiel Qui plane sur notre désastre, Voilé, mais dans l'azur du ciel !

Fantôme adoré, dans l'espace Où volent nos illusions, Vous étiez le Rêve qui passe Avec un manteau de rayons !

Vous étiez la prière douce Où le divin souffle est tombé, El la fleur rose que la mousse (iarde et caresse, ôNiobél

Chant gracieux, astre d'opale, O mon rayon caché pour tous !

Mon ciel bleu, ma fleur douce et pâle, Mon âme! quand reviendrez-vous ?

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