EN HABIT ZINZOLIN
1^ NTRE les plis de votre robe close J L'œil entrevoit les contours d'un sein rose, Des bras mignons , un beau corps potelé, Trésors divins dont nous avons la clé.
Mais dont, hélas ! un avare dispose.
Un vieux sceptique à la bile morose Médit de vous et blasphème, et suppose Qu'à la nature un peu d'art s'est mêlé Entre les plis.
Moi, qu'éblouit votre fraîcheur éclose, Je ne crois pas à la métamorphose ; Je vois que tout, sous ce voile gonflé, Est authentique; et pourtant, cœur troublé, Je voudrais bien ajouter quelque chose Entre les plis.
Si j'étais le Zéphyr ailé, J'irais mourir sur votre bouche.
Ces voiles j'en aurais la clé Si j'étais le Zéphyr ailé.
Près des seins pour qui je brûlai Je me glisserais dans la couche.
Si j'étais le Zéphyr ailé J'irais mourir sur votre bouche.
Si je pouvais vous dépeindre, ô Clymène !
Le mal si doux qui me brûle et m'enchaîne , Si j'exprimais en magiques accents Le feu caché qui transporte mes sens^ Plus ne ririez, cruelle, de ma peine.
Par ce tableau, Taventure est certaine, Je changerais en amour votre haine, Votre froideur en désirs bien pressants, Si je pouvais.
Echevelée alors, ma blonde reine.
De vos deux bras me feriez une chaîne ; Fol abandon et baisers agaçants M'enivreraient de leurs charmes puissants ; Vous veilleriez avec moi la nuit pleine , Si je pouvais.
Je vais mourir de désespoir Si vous n'y trouvez un remède.
Exilé de votre boudoir, Je vais mourir de dése^ir.
Pour votre toilette du soir Heureuse la main qui vous aide !
Je vais mourir de désespoir Si vous n'y trouvez un remède.
Je veux vous peindre, ô douce enchanteresse, Dans un fauteuil ouvrant ses bras dorés,- €omme Diane, en jeune chasseresse.
L'arc à la main et les cheveux poudrés.
Sur un sourire aux rayons éthérés
Passe souvent un voile de tristesse,
Et c'est pourquoi, lorsque vous sourirezf
Je veux vous peindre, ô douce enchanteresse !
J'encadrerai votre aimable paresse Dans ce boudoir aux replis adorés, Où quelquefois on jette la caresse Dans un fauteuil ouvrant ses bras dorés.
Dans ce tableau, Madame , vous aurez Le lévrier qui folâtre et se dresse , Et le carquois plein de traits acérés, Comme Diane en jeune chasseresse.
Mais n'allez pas, comme fit la déesse, Courir pieds nus par les bois et les prés Pour sommeiller près d'un berger de Grèce, L'arc à la main et les cheveux poudrés.
Heureusement le cadre d'or qui blesse Vous retiendra dans ses bâtons carrés, Et sauvera votre antique noblesse D'enlèvements trop inconsidérés.
Je veux vous peindre.
Quoi donc ! vous voir et vous aimer Est un crime à vos yeux, Clymène,
âOO LIVRE TROISIÈME
Et rien ne saurait désarmer (^tte rigueur plus quMnhumaine * Puisque la Mort de tout regret Et de tout souci nous délivre, J'accepte de-bon cœur Tarrêt Qui m'ordonne de ne plus vivre.
Quand vous venez, ô jeune beauté blonde D'un seul regard allumer mille feux, On pense voir Cypris, fille de TOnde , Épanouir et les Ris et les Jeux.
Chacun, épris d'un désir langoureux, Met à vos pieds une amour sans seconde , Et devant lui voit s'entr ouvrir les cieux Quand vous venez, ô jeune beauté blonde î
Mais s'il ne faut que votre chant réponde .Un mot d'amour à nos chants amoureux, Pourquoi, déesse, en passant sur le monde D'un seul regard allumer mille feux ?
Laissez au vent flotter ces doux cheveux Et découvrez cette gorge si ronde, Si jusqu'au bout vous voulez qu'en ces lieux On pense voir Cypris, fille de l'Onde.
Car chacun boit à sa coupe féconde Lorsqu'elle vient à l'Olympe neigeux.
Sur les lits d'or que le plaisir inonde Épanouir et les Ris et les Jeux.
Reine, allégez ma souffrance profonde Si, dans Teffroi d'un destin rigoureux, Point ne voulez que mon cœur ne se fonde A ces rayons qui partent de vos yeux Quand vous venez !
Pour vos glaçons qui font ma flamme, Pour votre sourire Inconstant, Que je vous haïrais, Madame, Si je ne vous aimais pas tant !
Vous ne m'avez, jusqu'à ce jour, Donné qu'une amitié sévère.
Pourquoi si mal traiter l'Amour?
Ah ! vous êtes mauvaise mère !