‹ Les cariatides (volume 2)Chapitre 37 sur 101 · CHANSON D'AMOUR · texte numérisé non relu

CHANSON D'AMOUR

QUI veut , avant le point du jour, Vers le bien-aimé de mon âme » — Parce que je languis d'amour, Porter le secret de ma flamme ?

mon cœur, à quel cœur discret Peux-tu te confier encore ? — Si l'alouette a mon secret , Elle ira le dire à l'Aurore.

Le désir de son javelot A percé mon cœur qui se brise. — Si je dis mon secret au flot , Le flot l'ira dire à la brise.

Un frisson glisse sur mon col , Et glace ma lèvre déclose. — Si je le dis au rossignol, Il ira le dire à la rose.

Qui donc saura le supplier De finir mes peines mortelles ? — Si je le dis au blanc ramier, Il rira dire aux tourterelles.

Je me ploie ainsi qu'un roseau Et ma beauté penche flétrie. — Si je le dis au bleu ruisseau U rira dire à la prairie.

Vous qui voyez mon désespoir, Flots, ailes, brises des montagnes 1 — Si je le dis à mon miroir, Il rira dire à mes compagnes.

Parce que je languis d'amour.

Vous qui voyez que je me pâme , — Allez , allez de ce séjour Vers le bien-aimé de mon âme !

/Camille, quand la Nuit t'endort sous ses grands voiles VJEt qu'un rêve céleste emplit tes yeux d'étoiles , Quand tes regards, lassés des fatigues du jour, Se reposent partout sur des routes fleuries Dans le pays charmant des molles rêveries , Camille , que vois-tu dans tes songes d'amour V

Nous vois-tu , revenant par les noires allées , Tous deux , donner des pleurs aux choses envolées Que l'oubli dédaigneux couvre de flots dormants , Ou dans le vieux manoir, au fond des parcs superbes ,

Pousser de l*éperon parmi les hautes herbes Les pas précipités de nos chevaux fumants?

Dans les moires de l'eau dont Tazur étincelle ,

Nous vois-tu laissant fuir une frêle nacelle

Sur le lac amoureux et frémissant d'accords ,

Où, sur le flot bordé par des coteaux de vignes ,

Glisse aux vagues lointains la blancheur des beaux cygnes,

Aux accents mariés des harpes et des cors?

Moi , je vois rayonner tes yeux dans la nuit sombre , Et je songe à ce jour où je sentis dans l'ombre , Pour la première fois , de ton col renversé S'échappant à longs flots en boucles, ruisselantes ; Tes cheveux déroulés emplir mes mains tremblantes , Et ta lèvre de feu baiser mon front glacé.

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