‹ Les cariatides (volume 2)Chapitre 42 sur 101 · L'ARBRE DE JUDÉE · texte numérisé non relu

L'ARBRE DE JUDÉE

QUAND vient Mai rougissant rasséréner les cœurs, Et que sourit à tous la terre fécondée , Quand sur les verts gazons Ghloris mène des chœurs , Il fleurit dans le parc un arbre de Judée.

C'est un arbre tout rose , et sans feuilles d'abord, Un tout harmonieux que rien autre n'égale.

Ses longs rameaux , groupés dans un parfait accord , Ont l'air de supporter des roses du Bengale.

Quand la feuille leur met son beau satin ouvert , Ils sont plus doux encore aux re^rds de l'artiste ; La pourpre s'adoucit près du feuillage vert , Et la tendre émeraude encadre l'améthyste.

Puisque c'est à présent que mon arbre fleurit, Je veux , couché sur l'herbe , oubliant toutes choses , Dans ses vivants écrins. égarer mon esprit , Et pendant un moment faire des songes roses. ~

Voyez comme l'azur est calme et reposé ,

Gomme on se sent heureux sans en savoir les causes »

Gomme l'herbe frémit sur le sol arrosé ,

Comme le ciel couchant est riche en fleiîrs écloses !

Sous ces bosquets charmants, épanouis pour eux, Pleins d'ombrages secrets et de faibles murmures , Voyez ces beaux enfants , ces couples amoureux Qui vont en écartant les épaisses ramures.

C'est toi , belle Rosine ! Hélas ! le vert rideau

Nous dérobe tes pieds, les plus charmants du monde.

C'est toi, folle Rosette avec ton Orlando!

Pauvre morte amoureuse', est-ce toi, Rosemonde?

Quel est ce bruit de cor qui passe dans les bois ? C'est la chasse qui vient : salut blanches marquises I Mettez les coeurs en flamme et le cerf aux abois » Vos paniers de satin ont des laçons exquises.

Près de ce rocher blanc ,' taillé comme un autel , L'eau , comme un lévrier, folâtre et puis se dresse. Pardieu ! c'est la marquise , ineffable pastel , Qui se baigne là-bas en nymphe chasseresse.

n manque un Actéon , ce sera le mari :

H ^a tout ce qu'il faut , et pourrait en revendre.

Abbé ! votre musique est un charivari 1

Vous soupirez, Eglé! Que vous a fait Sylvandre?

C'est ainsi que je rêve aux temps des Pompadours. Et lorsqu'un bruit aigu , comme un cri de ^cigale, Fait envoler le rêve , il me reste toujours Mon arbre de Judée aux roses du Bengale.

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