‹ Les cariatides (volume 2)Chapitre 49 sur 101 · A OLYMPIO · texte numérisé non relu

A OLYMPIO

poète ! courbé sur mon œuvre lyrique, Ambitieux du ciel, Je veux savoir par moi la hauteur chimérique Où peut monter Babel.

Je ferai fourmiller dans mes architectures,

Tenace en mon dessein, Le chœur éblouissant des mille créatures

Qui vivent dans mon sein.

Je veux voir de mes yeux l'Olympe dont la neige

Blanchit le front chenu, Et les Grâces que suit Eros, riant cortège,

Folâtrer le sein nu !

Comme dans les combats du superbe Encelade,

Ardent comme un~ lion, Si ce n'est point assez d'Ossa pour l'escalade^

J'y mettrai Pélion.

J'irai jusques au^ ciel, dans les voûtes profondes,

Dérober pour mes vers Le rhythme qu'en dansant chantent en chœur les mondes

Qui forment l'univers.

Je boirai le nectar de la force première,

Et dans la main du dieu, Impassible titan, chercheur de la lumière,

J'irai voler le feu.

Alors, vous que j'ai faits et d'une fange vile

Et de ce. qui m'est cher, Vous vivrez de ma vie, ô colosses d'aiple ,

Et vous vous ferez chair I

Vous vivrez , ô mes fils ! et comme d'un jeune arbre

On secouerait les fleurs.

Moi je ferai couler avec mon doigt de marbre

Votre sang et vos pleurs.

Comme une floraison par le printemps hâtée ,

Par Teffort de mon bras Tu sortiras du bloc, ô jeune Galatée !

Et tu me souriras !

Moi-même dans tes yeux j'allumerai l'étoile

D'or et de diamant, Et, père enorgueilli, je te tiendrai sans voile

Sous mes lèvres d'amant !

Car je me sens élu pour ton amour étrange

Qui me cherche et me fuit.

J'ai le cœur de Jacob , et je puis aVeç l^nge

Lutter toute une nuit.

La Muse me sait fort, et m'est souvent prodigue

De ses âpres baisers, Qui font que l'impuissant décroise de fatigue

Ses bras martyrisés.

Toi qu'elle aimç, ô poète, à qui la voix de l'Ode

Dès le berceau parlait !

Toi que, petit enfant, la fille d'Hésiode

A nourri de son lait !

Victorieux lutteur, qui tiens en main la palme.

Qui, déjà radieux, I^ front ceint de laurier, trônes dans le bleu calme,

Pareil aux demi-dieux l

Si je te parle ainsi de la déesse, ô maître !

C'est que dans ce moment, A la face du ciel, toi seul et moi peut-être

L'aimons sincèrement.

SCULPTEUR, cherche avec soin, en attendant l'extase, Un marbre sans défaut pour en faire un beau vase ; Cherche longtemps sa forme, et n'y retrace pas D'amours mystérieux ni de divins combats.

Ite d'Akide vainqueur du monstre de Nemée, Ni de Cypris naissant sur la mer embaumée ; Pas de Titans vaincus dans loqiB râtellions, Ni de riant Bacchus attelant les lions Avec un frein tressé de pampres et de vignes ; Pas de Léda jouant dans la troupe des cygnes. De naïades aux fronts couronnés de roseaux Ou de blanche Phœbé suiprise au sein des eaux.

Qu'autour du vase pur, trop beau pour la bacchante^ La verveine se mêle à des feuilles d'acanthe ; Et plus bas, lentement, que des vierges d'Argos S'avancent d'un pas sûr en deux choeurs in^ux. Les bras pendants le long de leurs tuniques droites Et les cheveux tressés sur leurs têtes étroites.

ODELETTES

IJAN gardait, tout ce mois d'avril, . De la glace jusqu'au nombril :

Le printemps était eif péril.

Enfin , tout se métamorphose !

Mai , comme un jeune sein, arrose De pourpre le bouton de rose.

Le vieil Hiver est aux abois.

Lauriers, c'est à vous que je bois :

Si, nous irons encore au bois !

Les pommiers sont couverts de neige.

Avec tout son riant cortège, Le nouveau soleil nous assiège,

Enfants blonds comme les épis , Ebattez-vous, Amours, tapis Sur mes divans et mes tapis !

Veiei les jourg où tout me presse De chercher ta molle caresse , Poétique et sage Paresse !

L'utile est enfin négligé.

Depuis ce beau temps enragé, Chacun prend un petit congé.

Chacun , dans le niols de la sève , A son dur labeur donne trêve, Pour dorloter un peu son rêve.

L'homme grave songe aux houris :

On le voit quêter les souris De mesdemoiselles Souris.

On a du répit , même au. bagne.

Le feuilletoniste en campagne Va revoir la Grèce ou l'Espagne:

Plutus dédaigne son trésor, Et, pour six semaines encor, Défend qu'on lui montre de l'or.

Nous, par les mêmes théories , Nous fuyons les imprimeries, Le mélodrame et les féeries.

Le soir on ne boit plus de thé , Et notre journal endetté Entame les romans d'été.

Les théâtres n'ont plus de queues :

Scapin court pendant quatre lieues Après les petites fleurs bleues.

L'artiste, affolé de rayons, -• S'en va regarder les Tréyong Que le bon Dieu fait sans crayons.

Rose sort à pied, sans berline, Sans fard , sans diamants. Céline Met- sa robe de mousseline.

Le savant au cœur plein de foi Bouquine avec un tendre émoi Pour trouver un Estienne. Et moi.

Cependant que les violettes Ouvrent leurs fraîches cassolettes, Je rimerai des Odelettes.

A AR^sKNE HOUSSAYE.

rpi' le sais , hélas !

X Les plus grands sont las

De gloire.

Et , comme un hochet , Ont jeté l'archet

D'ivoire !

Au rhythme ailé d'or 11 fallait encor

Un maître Fou de volupté, Alors j'ai dompté

Le Mètre !

J'ai repris mon luth , Et, suivant le but

Féerique , Je m'en vais cherchant \je secret du chant

Lyrique.

OËil épanoui, Je peins, ébloui

Ou triste , I^ ciel radieux , Et, mélodieux

Artiste ,

Près du fleuve grec Murmurant avec

Les cygnes Fiers de leur candeur, Je dis la splendeur

Des lignes.

Mon vin triomphant , Sais-tu quelle enfant

Le verse?

Viens , et tu verras , Poète , quel bras

Me berce l

- chasseur altier, Qui fuis le sentier

Profane ,^ Songeur qu'autrefois Rencontrait au bois

Diane 1

LIVBE €1NQU1BMR

Comme toi , qui vins Si jeune aux divins

Rivages , Ami^ j'ai toujours Voulu des amours

Sauvages. '

Ah ! quand Mai sourit Aux prés où fleurit

La menthe , Trouveurs de loisir, Sachons y choisir

L'amante !

Nymphe au regard bleu , Si sa lèvre en feu '

Caresse Nos fronts sans témoins, Qu'elle soit au moins

Déesse !

Toi, tu suis, tremblant, Quand paraît son blanc

Cortège Autour du bassin , La dame au beau sein

De neige!

Moi , parmi nos jeux , Mon plus orageux

Délire Toujours s'en revient.

Vers celle qui tient

La lyre 1

268 LIVRE GINQUièfifE

Sans doute elle a pris La foule en mépris,

Et porte Un peu trop souvent Sa crinière au vent.

Qu'importe !

J'aime sa pâleur,

Et sa bouche en fleur

Est saine !

Son sang et «a chair \je9 voilà , mon cher

Arsène.

sens embrasés !

Maîtresse aux baisert»

Savante 1 Tendre et chère voix Ici tu la vois

Vivante.

Dos flexible et nu !

Sourire ingénu

Qui m'aime!

L'or de ses cheveux M'enivre, et je veux,

De même

Dans mon sang qui bout Gardant jusqu'au bout

Ma fièvre Tout comme à présent , Mourir en baisant Sa lèvre !

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