‹ Les cariatides (volume 2)Chapitre 71 sur 101 · CHOEUR DES FEMMES · texte numérisé non relu

CHOEUR DES FEMMES

Quand Sémélé portait Bacchus dans ses entrailles,

Furieuse, et rêvant de promptes représailles,

Jiinon sentit la rage emplir son cœur jaloux .

Sur son lit solitaire elle versa des larmes,

Et par ces mots amers exhala son courroux :

« Quoi ! ce n'est point assez d'avDir vu tous mes charmes

Haïs et dédaignés pour des baisers mortels !

Non contente à la fin d'outrager mes autels,

Et d'attirer à soi dans la nuit taciturne

L'amour de Jupiter qui fuit mes bras tremblants,

Ma rivale en reçoit un gage dans ses flancs!

Ne suis-je plus ta fille , implacable Saturne ? »

Elle dit. Aussitôt elle ride son front Comme s'il eût des ans subi le rude affront.

De rares dieveux gris elle ombrage sa tempe, Et fuit vers Sémélé dans un nuage d'or.

Sérieuse, courbée, et portant une lampe.

Parlant à mots comptés d'une voix ferme encor, Elle avait tout l'aspect de la sage nourrice Qui porta dans ses bras la fille de Gadmus.

a Hélas ! dit-elle, enfant, redoute un aptifice. Ton âme sans détour en croit tes sens émus.

Bien souvent un mortel, le mensonge à la bouche, Est monté comme dieu sur une chaste couche.

Si l'amant de tes nuits est le dieu des humains,

Qu'il vienne à toi, brillant des clartés qu'il étale

Aux genoux dédaigneux de Junon ta rivale.

Ceint d'éclairs et terrible, avec la foudre aux mains. »

Ce discours éveilla l'orgueil de la Thébaine.

En flattant de la main ses longs cheveux d'ébèné,

Jupiter se lia par un fatal serment.

Et quand, rouge d'éclairs, il vint, céleste amant,

Adorer, comme aux deux, les genoux d'une femme,

La mortelle, livrée à ses destins écrits.

Sentit son fol espoir expirer dans les flammes

Et sa vie à l'Orcus fuir avec de grands cris.<

GTPaiS.

Au-dessus des mers et des syrtes, De Cypre bien-aimée, où fleurissent les myrtes, Venez, et fendez l'air de votre vol tremblant, colombes d'amour dont le plumage est blanc !

Et vous aussi, venez, mes fils aux blondes ailes. Que le cœur, cherche en se troublant !

Pour le berger qui vaut tous les amants rebelles Rendez-moi belle entre les belles !

CHOeUB DES HOMMES.

Le cœur saignant encor des mépris d'Ëpaphus, L'oi^eilleux Phaëton, sans crainte d'un refus, Alla, par les conseils de Clymène sa mère, Jusques aux palais d'or de Phébus- Apollon. Le dieu lui confia, malgré sa crainte amère, Son char, et ses coursiers qu'envierait l'aquilon. Et, dès qu'à l'Orient s'enfuirent les étoiles, Que, dans les vastes deux, de sa beauté surpris , L'Aurore, rougissant de paraître sans voiles, Montra son front semblable à des rosiers fleuris , Le mortel, ignorant où l'entraînaient ses fraudes, Monta le char divin constellé d'émeraudes.

Bientôt, habitués à de plus fortes mains.

Les coursiers du soleil s'écartent de la route. Phaëton, étranger aux célestes chemins, Tressaille, et de terreur son âme s'emplit toute. Il voit les monts s'ouvrir, les fleuves se sécher. Les forêts devenir un immense bOcher, Et comme des flambeaux se consumer les astres. Alors, la Terre énorme, en proie à ces désastres, Supplia Jupiter dans les cieux étoiles, Déplorable, et montrant sa tête flamboyante, Son vaste sein tari, ses grands cheveux brûlés, Et ses oâ de rocher fondus en lave ardente.

Sa plainte désolée indigna Jupiter

Et la foudre tomba des sommets de l'éther.

Laissant derrière lui des sillons de lumière, Phaëton s'abima dans le vaste Eridan.

Telle du vaste azur tombe au gouffre océan Une étoile, ravie à sa splendeur première.

Sur un lit de roseaux le cadavre meurtri Fut lavé par les mains des tristes Héliades Avec les eaux du ciel et les pleurs des Hyades. Phébus en fut ému ; de leur front tout flétri Des rameaux verdoyants jaillirent avec force Et leur sein virginal s*environna d'écorce.

MERCURE

. Déesses, pressez vos coursiers I Gomme la flamme des trépieds Que le vent torde leur crinière 1 Laissez fuir vos chars de lumière !

Qu'ils soient comme les feux ardents, Frères des foudres vengeresses.

Pressez vos coursiers ô déesses.

Comme la flamme aux mille dents Laissez fuir vos chars éclatants !

LE GHdSUR.

D'unQ goutte de lait un chœur dansant d'étoiles. Est-il sorti superbe et la couronne au front, . Comme lorsque Junon, secouant ses grands voiles, Argenta ce chemin que tous les dieux suivront, Et fit, en épanchant ses mamelles sacrées.

Des mers de diamant dans les mers azurées ?

On dirait que Içs dieux, retirés dans leurs camps, Se sont fait un rempart avec mille volcans.

Pourtant sur leurs autels Ceints de fleurs et de lierre, Le sang versé ruisselle avec des vers pieux.

Quelle clarté nouvelle illumine les deux Et force les enfants à baisser la paupière?

Les nymphes et les naïades du fleuve entourent Paris endormi sur

le mont Ida.

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