‹ Les cariatides (volume 2)Chapitre 72 sur 101 · CHOEUR DES NYMPHES ET DES NAÏADES · texte numérisé non relu

CHOEUR DES NYMPHES ET DES NAÏADES

Sommeille, ô bel enfant, et que le dieu voilé

Egare tes yeux bleus dans un rèv^ étoile !

Vêtu d'un sombre azur, comme le ciel nocturne,

Qu'il verse autour de toi les trésors de son urne,

Et te £asse entrevoir sur ces coteaux penchants

L'Olympe , débordé de lumière et de chants.

Dors, car pour contempler ton sommeil au front pâle,

J'ai quitté les fraîcheurs de mon onde natale,

Et renoncé, tandis que le jour brille encor,

A tresser mes cheveux pareils au sable d'or.

Car la nymphe du fleuve et des grottes profondes

T'aime avant les grands bois et la fraîcheur des ondes.

Lorsque ta mère Hécube , avec un doux espoir, Te portait dans son sein, un songe lui fit voir Un flambeau sortir d'elle et mettre en fëu l'Asie. Et, sitôt que du jour tu goûtas l'ambroisie.

Tu fus dans ces grands bois, par tes frères jaloux. Exposé sans défense aux morsures des loups.

Mais moi, dans ma pitié, sur des tapis de mousse J'ai recueilli d'abord ton enfance humble et douce,

Et plus tard, quand cherchant l'ombre pleine d'appas, Tu menas en ce lieu tes troupeaux, sur tes pas J*ai, la robe flottante et le front ceint de lierre, Conduit sous ces grands bois ma danse régiflière.

Puisque je veille ainsi, comme sur des trésors, Sur ta calme beauté, dors, ô-bel enfant! dors, Que le vague Morphée en songe t'émerveille!

Mais sa paupière s'ouvre, ô mes sœurs ! il s'éveille : Gomme au sortir d'un rêve, il pâlit, et ses yeux Levés languissamment vers Tabîme des cieux, Semblent y contempler des formes inconnues. . . Quels chars éblouissants sortent du sein des nues? Quelles divinités quittent le ciel serein?

C'est Taltière Junon, Pallas au cœur d'airain, Dont le lourd bouclier brille parmi les ombres, Et Cypris aux yeux noirs, amante des nuits sombres.

PARIS

Mes sœurs, vous qui dansez au fond des bois épais, Ou qui cherchez dans l'ombre une amoureuse paix, Cependant que les flots que votre voix étonne. Se plaignent aux rochers dans un chant monotone, Fuyez au bois ! fuyez sous les ruisseaux d'argent ! Moi, sur le bord du fleuve, en bei^er diligent, J'assemble les troupeaux de brebis et de chèvres Charmés par les doux chants qui coulent de vos lèvres Parmi l'herbe des prés où je les ai conduits. Car les dieux n'aiment pas que nos regards, séduits Par les rayons brûlants dont leur couronne est ceinte, Affrontent leurs regards et leur majesté sainte 1

MERCURE

Pasteur aimé de Pan,, ô Paris, fils de roi !

Laisse là tes brebis et calme ton efiRroi.

De l'Olympe neigeux trois déesses sui3limes

Ont pour ton jugement quitté les hautes cimes.

Pèse en tes mains les flots de leurs cheveux tremblants;

Vois quel bras est plus pur et quels pieds sont plus blancs,

Et quel sein régulier tord avec plus de grâce

La tunique aux longs plis que le vent embarrasse.

Compare la blancheur des dents, et la façon

Dont les sourcils égaux, plantés à Tunisson,

S'arrondissent en arc, puis offre à la plus belle

Ce fruit d'or, qu'elle estime un prix bien doux pour elle.

JUNON,

Fils de Priam, approche et viens à mon côté.

Si tu m'offres le prix qu'on garde à la beauté, Avec tous les trésors dont l'homme s'extasie Je puis mettre à tes pieds les trônes de l'Asie. Règne. Après les grands dieux on adore les rois, Car, affranchis comme eux de la pudeur des lois, Ils savei^t le secret des plus humbles i:etraites. Et trouvent pour leurs vœux toutes les amours prêtes. La pourpre sur l'épaule et la couronne au front Dérobent aux regards le sang comme l'affront. Et les mortels troublés ne contemplent qu'en rêve .Ceux dont le sceptre d'or commande au fer du glaive!

PALLAS

Fou qui pouvant prétendre à de riches butins. S'endormirait stupide au milieu des festins !

Mais moi, loin de l'offrir la pourpre, à' tort vantée.

Qu'un ennemi mourant n*a pas ensanglantée.

Vain eflh» dn vulgaire et des jeunes taureaux,

Je te rendrai Téga) des plus vaillants héros.

Dans lès champs de bataîBe» horreur des pâles veuves,

Où le sang débordé teint de rouge tes fleuves,

Sur les fronts les plus hauts j'alourdirai ton bras,'

J'endurcirai ton cœur, et tu t'enivreras

Des clairons pleins de cris, des poudreuses mêlées

Et du tressaillement des foules écroulées !

cvrais.

Tombez, voiles jaloux. ! Vois les trésors épars Dont j'ose sans rougir enivrer tes regards.

Admire mes cheveux d'or pur, mon corps d'ivoire Où parmi les blancheurs tressaille une ombre noire. Qu'ai-je à faire du sceptre et des lourds boucliers? Ces charmes tant chéris, si souvent suppliés, Sont des boucliers sûrs et de paisibles armes. En échange du prix qui cause tant d'alarmes, La fille que Léda conçut près des flots bleus Dans les embrassements d'un cygne harmonieux. Livrera sans colère à ton amour fidèle ' Son corps charmant, semblable au mien.

Paris laisse tomber la pomme aux pieds de Cypris.

PARIS

À la plus belle!

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